Traditions, superstitions, us et coutumes


13 Feb
13Feb

Abonnés

Il n’y a pas , à proprement parler, d’abonnés aux théâtres de la capitale c’est donc à tort que M. Scribe s’est permis de chanter :
Abonnés de l’Opéra-Comique,
Abonnés du sublime Opéra ,
Abonnés de l’Opéra-Buffa , etc.
Il fallait substituer le mot habitués à la qualification d’abonnés ; la poésie du couplet eût perdu sans doute, mais la pureté du langage de coulisses eût été satisfaite dans son exigence, qu’elle pousse très loin, comme chacun sait, en matière de Vaudeville et de mélodrame.
Dans les théâtres des départements il y a désabonnés; MM. les militaires de tous grades abandonnent par mois un jour de leur paie en échange de leurs entrées à la comédie. Aussi, il n’y a pas un caporal à qui Lucrèce Borgia n’ait coûté de cinq à sept sous.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Spectateur payant ses entrées à l'avance, pour un mois ou une année. Dans beaucoup de villes de province, les abonnés font la loi aux directeurs et sont l'effroi des débutants.

La langue théâtrale Vocabulaire historique, descriptif et anecdotique des termes et des choses du théâtre Alfred Bouchard - Paris – Arnaud et Labat, libraires éditeurs - 1878


Acclamations / Applaudissements

Chez les Romains, il y avait trois sortes d’acclamations ou d’applaudissements. La première s’appelait bombi, parce qu’ils imitaient le bourdonnement des abeilles.
La seconde était appelée imbrice, parce qu’ils rendaient un son semblable au bruit que fait la pluie en tombant sur les tuiles.
Et la troisième se nommait testœ, parce qu’ils imitaient le son des coquilles et des castagnettes.
D’où il faut conclure que, pour être bon claqueur chez les peuples anciens, il fallait être un excellent ventriloque. Aujourd’hui il suffît d’être un parfait boxeur.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France                           La Comédie Française / Dessin Antoine Meunier


Actionnaire

Lisez dans le Dictionnaire de l’Académie, les mots Dupes, Jobards, Compte
de retour. Il fut un temps où l’administrateur du théâtre Saint-Martin, surchargé de frais énormes, eut l’heureuse idée de jouir du talent de Potier en intéressant l’acteur aux bénéfices de l’exploitation.
Le père Sournois devint actionnaire, mais, de compte fait, quand il vit que la participation au lieu de rapporter emportait, il déclara qu'il était las des grandeurs, et réclama le modeste titre de pensionnaire. Les directeurs n’ont pas renouvelé l’épreuve depuis ce temps.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Allocution

Voltaire s’avisa plus d’une fois, aux représentations de ses ouvrages , d’apostropher le public avec plus ou moins de succès.
Morand, auteur de Y Esprit de Divorce, ne se lit pas scrupule d’employer le même moyen.
Après la représentation de son ouvrage, il parut, et dit au parterre : « Messieurs , il me revient qu’on trouve que le principal caractère de la pièce n’est point dans la vraisemblance , tout ce que je puis avoir l’honneur de vous dire , c’est que c’est la copie très exacte , quoiqu’affaiblie , de ma belle-mère; si vous voulez vous en assurer, voici son adresse. Et il jeta dans le parterre un grand nombre de cartes. L’assemblée ne pensa plus à contrarier le succès.
Baron, âgé de 70 ans, ayant excité le lire dans le personnage de Rodrigue, du Cul, s’avance sur le bord du théâtre, et dit : « Messieurs, je m’en vais recommencer pour la troisième fois, mais je vous avertis que si l’on rit encore je quitte le théâtre, et je n’y remonte de ma vie. » Il continua son rôle, et le silence fut exactement gardé.
De nos jours, Dorvigny, auteur d’un grand nombre de parades, s’avance vers le public qui sifflait une de ses comédies, et dit avec une franchise un peu brutale. "Je vous ai fait avaler plus de vingt pièces plus mauvaises que celle-là, et il faut bien que vous la preniez ; vous vous y ferez." La pièce se releva et fut jouée cent fois,

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Annonce

‘L’annonce incombe ordinairement au régisseur, qui est tenu d’endosser l’habit noir et de mettre des gants pour venir annoncer aux spectateurs, après avoir fait les trois saluts traditionnels, que M. X , ténor, ayant attrapé un rhume en allant à la chasse au marais, réclame l’indulgence du public, ou bien que Mlle X venant d’être enlevée “subitement”, Mlle W veut bien se charger, par complaisance, et pour ne pas faire manquer la représentation, du rôle de Mlle X. On annonce encore les représentations au bénéfice d’un camarade. Au XVIIe et XVIIIe siècles, l’annonce du spectacle du lendemain était faite chaque jour, au Théâtre-Français, entre les deux pièces, par un acteur de la troupe. Il profitait de cela pour faire l’apologie de la pièce en vogue et pour indiquer celles qui étaient en répétition. Ces harangues demandaient un certain talent d’élocution ; il fallait vanter sa marchandise, sans passer les bornes, et surtout savoir tourner un compliment au public. Dans la dernière moitié du XVIIIe siècle, l’annonce continua d’être faite, non par le premier venu, mais par le dernier venu de la troupe. Cet usage fut entièrement aboli en 1793 et se réfugia dans les spectacles forains, où il subsiste encore : l’annonce s’y fait après la parade sous le nom de “boniment”.’

Faire l’annonce Vieil usage que nos mœurs ont conservé avec toute sa burlesque mise en scène, son langage emphatique, ses quatre saluts d’étiquette ; en règle générale, les régisseurs ne
doivent faire l’annonce que dans le cas de catastrophe, d’évanouissement ou de fugue, mais
après un succès, c’est à l'artiste qui a pris la plus grande part à la victoire que doit appartenir le droit de proclamer le nom du vainqueur. Avant la révolution, l’annonce du spectacle du lendemain se faisait chaque soir sur le théâtre.
Les comédiens se sont dérobés à cette servitude journalière. L’usage des compliments de clôture et d’ouverture a tenu un peu plus longtemps ; mais enfin il a disparu à son tour, et maintenant le spectateur est quitte de ces comptes rendus qui avaient toujours la modestie d’un discours de réception académique, et l’humilité d’un gérant qui demande de l’argent à ses actionnaires.              Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835              


Bal de Carnaval dans un théâtre

Scène de bal de Carnaval dans un théâtre Anonyme , Graveur Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Bal de l'Opéra


Le bal de l'Opéra. Édouard Manet. 1873

Le Bal de l'Opéra est le plus fameux de tous les bals du Carnaval de Créé par une ordonnance royale en date du 31 décembre 1715, sa première édition a lieu le 2 janvier 1716. Il se déroule durant la période du Carnaval à raison de deux bals par semaine s'ouvrant à minuit. Au début c'est donc un bal masqué. Ce bal se tient successivement à l’Opéra de la rue de (jusqu'en 1820), à la Salle Louvois, (1820-1821), à l’Opéra Le Peletier (de 1821 à 1873) et à l’Opéra Garnier (de 1875 à 1903). Il disparaît finalement dans les années 20. Le plancher amovible qui servait aux danseurs ayant atteint un état de grande décrépitude et devenant inutilisable, voire dangereux, l’administration de l'Opéra ne souhaita pas le remplacer.


Bal donné à l'opéra

Bal donné à l'opéra, au bénéfice de la caisse des pensions de retraite des artistes et employés de ce théâtre/ Exécution du Quadrille impérial par les artistes de l'Opéra. Godefroy-Durand , Graveur Anonyme , Editeur Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Transformation en salle de bal

Paris. - Transformation du théâtre du Grand-Opéra en salle de bal après la représentation du mardi-gras. Coste, Édouard , Graveur Gaildrau, Jules , Dessinateur Anonyme , Editeur Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Bals du théâtre de la Porte St Martin

Bals du théâtre de la Porte St Martin Inconnu , Dessinateur-lithographe Petit et Bertauts , Imprimeur-lithographe Catelin, Henri (le Jeune) , Editeur Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Bâton de Régisseur

La civilisation court au galop. Les vieux usages tombent les uns sur les autres. Maintenant sur la plupart de nos scènes, le rideau se lève au bruit de la sonnette ; mais au bon temps du mélodrame à bottines rouges, de l’Opéra sans trompettes ni tamtam, c’étaient les trois coups d’un énorme gourdin, qui frappait solennellement le sol théâtral avant l’ouverture.
Comme le cœur était plein de ce son, comme l’oreille était attentive. Les profanes qui se trouvaient sur la scène fuyaient dans les coulisses, emportés par les flots de duègnes, de figurantes et de tyrans qui se mettaient à l’écart. Le gendarme lui-même était ému et perdait son équilibre, quand il arrivait que le régisseur donnait trop vigoureusement le signal d’usage. A la Gaîté on frappe encore les trois coups. Le Marais n'est pas inconstant comme la Chaussé-d ’Antin. Honneur à l’administration conservatrice des mœurs publiques d’un arrondissement.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Biographie

La malignité publique a toujours été avide des anecdotes de la vie privée des comédiennes. Je ne sais qui a dit : « L’histoire de la vie privée des actrices a la publicité de l’histoire romaine. » De tous les temps, des pamphlétaires ont spéculé sur ce penchant du lecteur au scandale. La célèbre Clairon a eu, dans ses premières années, la douleur de voir ses actions les plus innocentes travesties dans un petit roman obscène, qui eut dix éditions. Pendant la révolution, la Revue des auteurs vivants, grands et petits, continua cet exemple de publicité honteuse. Dans ce libelle , Joseph Chénier était déchiré d’autant plus cruellement, que les détails qui lui étaient personnels avaient rapport à la mort de son frère , dont une faction l’accusait d’être l’auteur.
De nos jours les biographies théâtrales ont eu quelque vogue, quand elles ont été rédigées avec malignité, sans aigreur, et quand les faits faisaient sourire le lecteur, sans ulcérer le cœur des héroïnes ; mais la pudeur publique a fait justice des publications où l’obscénité des faits le disputait à la trivialité du style et à la fausseté des anecdotes.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Bis, bisser

Cri, synonyme de ‘répétez’ , poussé par le public à la suite d’une représentation. ‘L’usage de bisser un couplet, un air, un final, ne remonte qu’en 1780. C'est à mademoiselle Laguerre qu’on doit cet étrange abus. Cette célèbre chanteuse mit tant d’expression et tant d’âme à chanter l’hymne de l’amour à la première représentation d’Echo et Narcisse, de Gluck, que le parterre voulut l’entendre deux fois. La partie intelligente du public eut beau protester contre cette innovation qui entravait ou refroidissait l’action en substituant l’acteur au personnage, ce fut en vain ; le charme de la voix de mademoiselle Laguerre l’emporta, et l’usage du bis fut désormais introduit sur la scène française.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)


Cabale / Cabaleur

Réunion de claqueurs, coterie organisée dans salle de spectacle pour faire échouer pièce ou nuire à auteur


Cabale : Milice exercée au pugilat, machine à sifflet et à claques, armée offensive et défensive, levée et soldée par l’amour-propre et la sottise.
Comme les régiments suisses, elle est dévouée à qui la paie, tire avec plus ou moins de dévouement suivant le tarif.
Dans un siècle où le goût est formé, les cabales ne font de mal aux auteurs qu’un moment. Jamais un bon ouvrage n’y a succombé. La cabale en faveur des talents médiocres ne leur n’est pas plus avantageuse, elle les soutient pendant quelques jours, mais ils retombent avec elle ; et à la longue rien ne peut empêcher l’opinion publique d’être juste et de marquer à chaque chose le degré d’admiration, d’estime ou de mépris qui lui est dû.

Cabaleur : En 1814, le soldat du lustre avait pour consigne de crier quand on sifflait, « bas les bonapartistes ; pendant les cent jours, il disait à la porte les royalistes ; en 1815, à bas les fédérés, puis à bas les jésuites ; depuis juillet 1830, l’homme qui siffle est appelé gendarme, chouan, carliste, henriquinquiste ; la consigne change, les miliciens restent.

Intime : La cabale des théâtres est organisée hiérarchiquement. Ce pouvoir a ses lois et sa langue nationale ; un chef de cabale, ou si on l’aime mieux, un chef de claques, est un président absolu, avec profit de la vénalité des charges. Entendez-vous sous le lustre ces feux roulants
de bravos, ces tonnerres d’applaudissements ; deux ou trois cents Spartiates sont au poste d’honneur. Mais leur dévouement est soumis à un tarif comme celui du canut lyonnais. Tous ne sont pas rétribués selon leurs œuvres. comme dans la hiérarchie saint-simonienne. Quelques-uns de ces Léonidas reçoivent comme salaire de leur enthousiasme, un assignat de coulisses, un billet qu’ils échangent contre une contremarque, et qu’ils peuvent vendre quand le service de la pièce est fini ; ce billet négociable par permission du chef, se nomme, en style de cabale, un lavable. Un autre genre de billet est appelé l’intime ; celui-là est donné gratis parle chef au conscrit qui fait ses premières armes. Quand la pièce nouvelle est jouée. le subordonné remet son billet ou intime au chef, qui le vend à son profit.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Capitation

Au dix-huitième siècle, et jusqu’à la Révolution, on donnait chaque année à l’Opéra un certain nombre de représentations dites « de capitation », dont la recette était au profit des acteurs de ce théâtre. Voici comment s’exprimait sur ce sujet le règlement pour l’Académie Royale de musique du 1er avril 1792 : « Il y aura chaque année six représentations au bénéfice de tous les sujets de l’Opéra, représentations connues sous le nom de capitations, parce qu’en effet leur est partagé par tête, au prorata des appointements. Pour chaque capitation, les sujets désigneront les ouvrages qui devront être représentés, mais il seront tenus de les choisir parmi ceux qui ont été donnés dans le courant de l’année. »


Censeur

Il viendra un temps où l’on refusera de croire que cette famille de monstres ait existé sur la sphère dramatique. Les actes de stupidité de la défunte censure sont encore présents à la mémoire du peuple de coulisses. Un vaudevilliste avait fait servir à un voyageur une salade de barbe de capucin ; le Procuste littéraire envoyait un gendarme ordonner au directeur de changer de salade. Dans un mélodrame, un personnage disait à sa femme : tu me cherches Castilles ? C’est une allusion à l’Espagne, s’écriait le censeur, et le mot innocent était rayé.
Le gaz hydrogène, lui-même, avait été mis à l’index : le gouvernement avait pris fait et cause pour la chandelle dans cette querelle, en faveur des épiciers ; il fut fait défense expresse, au directeur de la Porte-Saint-Martin, de laisser chanter un couplet qui se terminait ainsi :
‘Et près du ciel par un coup de fortune. Si l’on peut mettre un chimique appareil, Bientôt le gaz éclipsera la lune ,
Et pour la nuit nous aurons un soleil.’ Aujourd’hui la censure se fait à l'amiable et par transaction. C’est moins brutal, et voilà
tout.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Chut

Il y a deux sortes de chut ! l’un est approbateur : c’est quand le public impose silence à quelques brouillons jaloux ou cabaleurs par un chut ! bien accentué ; il équivaut presque à des applaudissements ; l’autre qui tue net une pièce ou un acteur : c’est quand il s’adresse aux applaudissements que la claque ou quelques amis maladroits tentent pour sauver une mauvaise pièce ou pour faire plaisir à un mauvais comédien. Alors il change de sexe : ce n’est plus un chut ! c’est une chute. 

(La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878)


Claque – Claqueurs

Vielle institution. Applaudissements, rires, pleures provoqués aux bons moments. Elle remonte loin. Néron, chantant dans l’amphithéâtre, avait des claqueurs, d’où le nom de romains donné aux ‘claqueurs’. La claque s'est organisée au XVIIe siècle, à la fin du XIXe siècle elle est de moins en moins utilisée et a disparu de nos jours (à la comédie Française la claque a été supprimée en 1902 par Jules Claretie). Le responsable de la claque était appelé chef de meute, ou chef de claque, il traitait directement avec les directeurs, les auteurs et les acteurs, il recevait ‘des trois mains’. Ses troupes étaient divisées en trois classes. La première était composée des purs, des intimes : ceux-là entraient à l’œil ; la deuxième comprenait ceux qui payaient un léger droit, et était, par conséquent mieux composée : on les appelait les lavables, (en argot laver veut dire vendre) parce que quelques-uns revendaient leurs contremarques avec bénéfice : aussi, on les surveillait ; la dernière était composée des solitaires qui payaient leur billet d’entrée aussi cher qu’au bureau, quelquefois plus cher. Ils évitaient ainsi de faire la queue ; c’est tout l’avantage qu’ils en tiraient. Les claqueurs étaient toujours groupés dans le parterre, sous le lustre, ce qui leur avait valu le surnom de chevaliers du lustre. ‘La claque est fille de l’intérêt et de la vanité. Directeurs, auteurs, et acteurs s’entendent pour la soutenir ; le public la subit.’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878) ‘Le mot ignoble de claqueur a été remplacé par entrepreneur de succès dramatiques. Sans brevet ni patente, ce négociant de nouvelle espèce exerce son industrie à la face de la salle entière, sous la garantie de la direction et avec la désapprobation du public.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.). Applaudisseur : Métier du théâtre : Celui qui est payé pour applaudir, on dit aussi claqueur. Plus utilisé à notre époque. Applaudissements : Théâtre : Approbation vive, manifestée par des battements de mains en signe de félicitations. Témoignage de remerciements du spectateur envers l’acteur, pratique assez universelle. À voir la manière dont elle se dépense, on la croirait de peu de valeur. Elle devrait être d’or fin et distribuait à qui de droit. Heureusement que les comédiens acceptent facilement la fausse monnaie.’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878) Krotos : dieu Grec pour les applaudissements. Soutenir : ‘Terme de claque, synonyme de soigner, mais plus général en ce sens qu’il faut soutenir le médiocre et le mauvais, tant comme pièces que comme acteurs, les bonnes choses se soutenant toutes seules.’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878) Chevalier du lustre : Applaudisseur gagné. Argot de théâtre. On dit aussi Romain.

 (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883)


Claquer

Un auteur a dit que le battement des mains était la langue et la monnaie habituelle des Parisiens. Ils claquent pour les princes, quand ils paraissent et saluent ; ils claquent à l’apparition d’un acteur aimé; ils claquent pour un beau vers; ils claquent ironiquement quand la pièce les ennuie; ils claquent quand ils demandent impérieusement l’auteur; ils claquent pour Rossini et font plus de bruit que tous les instruments de l’orchestre ; ils claquent au tribunal, dans les séances académiques et à l’église ; enfin , le Français babille avec les mains plus qu’aucun autre peuple de la terre n’a babillé avec la langue.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Collaborateur

Associé par moitié, par tiers ou par quart, dans une branche quelconque du commerce théâtral. Il y a des collaborateurs qui paient leur mise de fonds en couplets, en calembours. D’autres, dans une association, ne fournissent que les plumes, l’encre, le papier et le fil qui attache le manuscrit. Ce dernier genre de collaborateur est reconnaissable sur l’affiche. Son nom est toujours le premier, et précède celui de ses confrères. C’est le haut pas accordé à la sottise ou à l’opulence, par la modestie ou la misère.
Il y a des collaborateurs qui achètent ce titre, d’autres le possèdent par le seul fait de leur existence ; ils naissent collaborateurs, comme on naissait naguère pair de France. Rêvez-vous un sujet d’opéra-comique, ils vous prouvent qu’ils l’ont rêvé avant vous ou avec vous. Empruntez-vous aux Mémoires du temps une anecdote que vous traduisez en couplets, vous trouvez ces goules théâtrales sous l’urne du comité de lecture. J’ai connu un vaudevilliste qui devenait collaborateur de fait, toutes les fois qu’on avait pensé à un ouvrage devant lui. Un jour, je sortais du cabinet d’une administration dramatique, convaincu que la pièce que je venais de lire était de moi seul ; l’homme en question m’aborda, me sourit, me prit la main et me dit : notre pièce est reçue à l’unanimité : Huit jours après je le trouvai chez l’agent de perception qui touchait nos droits.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Comité de lecture du théâtre Français

Le comité de lecture du théâtre Français s'adjoignant des conducteurs / d'omnibus habitués à refuser les pièces. Cham (Amédée Charles de Noé, dit) , Dessinateur-lithographe Destouches, Pierre Louis Hippolyte , Imprimeur-lithographe Arnauld de Vresse , Editeur En 1868 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Le directeur du Théâtre Français se faisant blinder pour annoncer aux / auteurs les décisions du comité de lecture. Cham (Amédée Charles de Noé, dit) , Dessinateur-lithographe Destouches, Pierre Louis Hippolyte , Imprimeur-lithographe Arnauld de Vresse , Editeur En 1868 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Conservatoire

Cage où l’on élève des canards qu’on nous vend pour des rossignols.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Corde / Fil

Les mots corde et ficelle étant bannis au théâtre à cause de la référence à la corde du pendu, c'est le mot fil ou guinde qui est utilisé.


La couleur verte

Superstition théâtrale : La couleur verte est considérée comme maléfique, dans le monde du spectacle (exception faite des clowns). Il existe plusieurs raisons à cette croyance : Cette superstition pourrait avoir pour origine les dispositifs d'éclairage de scène du XIXe siècle, qui ne mettaient pas en valeur les tons verts. On dit aussi que des comédiens ayant porté à même la peau un costume de couleur verte auraient trouvé la mort, ce qui peut s'expliquer par les effets nocifs de l'oxyde de cuivre ou cyanure utilisé pour l'élaboration de la teinture verte au début du siècle. On dit enfin que Molière serait mort dans un costume vert... Si la couleur verte est réputée maléfique en France, c'est le violet en Italie, le vert et le bleu au Royaume-Uni et le jaune en Espagne.


Coups de talon

Les coups de talon étaient fameux jadis, à l’époque où le drame et le mélodrame étaient en pleine efflorescence et passionnaient le public des théâtres de boulevards. Certains acteurs de ces théâtres avaient pris l’habitude, pour forcer l’effet et enlever les applaudissements, de donner, sur la dernière phrase d’une longue tirade, un violent coup de talon sur le plancher. Ce moyen assez singulier d’accentuer la péroraison de la tirade et de montrer qu’elle était finie manquait rarement son but, et l’acteur était effectivement couvert de bravos. Quelques comédiens, parmi lesquels il suffira de citer Raucourt et Mélingue, devinrent fameux par la fréquence et la solidité de leurs coups de talon.


Entr'acte(s)

Intervalle entre les actes d'une pièce de théâtre, entre les différentes parties d'un spectacle. C’est à tort que l’Académie et les grammairiens écrivent le mot entr’acte au singulier. Qu’est-ce qu’un entr’actes ? le temps qui s’écoule entre deux actes. Peut-il y avoir entr’actes sans cette condition absolue de deux actes ? Non. On devrait l’écrire au pluriel comme entremets. ‘Repos des artistes et travail des spectateurs, qui cassent du sucre sur la pièce et sur les interprètes. - C’est charmant !... C’est délicieux ! Dans l’espoir qu’on leur dira le contraire.’ 

Petit dictionnaire humoristique d’argot théâtral. Eugène Joullot.1933

C’est le moment de reprendre haleine, c’est le relai des acteurs et du public; pendant ce temps-là le chameau de la caravane se mouche, le tyran de mélodrame offre une prise
de tabac à sa victime , les nayades , les dryades et les nappées font le change avec les banquiers ; le chanteur file des sons; l’acrobate met du blanc à son soulier, l’amoureuse met du rouge à ses joues, l’amoureux rassure le contrefort de son mollet, le père noble ôte le tabac de sou jabot, et l’ingénue joue avec ses enfants.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Entracte d'une première à la Comédie-Française. Dantan, Édouard Joseph , Peintre 1885 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Croquis dramatiques 1 par Daumier. L'entracte au café. L'entracte au foyer. Daumier, Honoré , Dessinateur-lithographe Martinet (imprimeur-libraire) , Editeur Trinocq, Charles , Imprimeur-lithographe 31-12-1852 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Excuses au public !

Tout n’était pas rose jadis dans le métier de comédien, et la vie de théâtre, si elle avait ses avantages, elle avait aussi ses inconvénients et ses ennuis, pour ne pas dire ses douleurs. Au dix-huitième siècles, l’acteur était en quelques sorte la chose, l’esclave du public, lequel public avait ses caprices, ses boutades, ses fantaisies, ses cruautés, et ne se faisait nul souci de blesser, d’outrager, parfois d’humilier jusqu’aux artistes qui lui étaient le plus chers. Ce public était d’ailleurs très chatouilleux, très susceptible, toujours porté à croire que le comédien voulait lui manquer de respect, et dans ce cas devenait impitoyable. Le parterre de nos théâtres était nerveux au-delà de toute expression, injuste souvent dans des colères que rien ne légitimait, et toujours prêt à user du sifflet avec ou sans apparence de raison. Les mœurs théâtrales différaient alors essentiellement de celles que nous voyons aujourd’hui, et amenaient souvent les scènes les plus regrettables. Un acteur tardait-il un peu trop à faire son entrée, ou manquait-il de mémoire en scène, ou semblait-il n’être pas en possession de tous ses moyens ? vite, le sifflet faisait rage, ou il voyait pleuvoir sur lui toute une série d’interpellations plus ou moins congrues. Parfois, l’acteur répondait (car, à cette époque, des colloques fréquents s’établissaient entre la salle et la scène), et, si sa réponse déplaisait, les sifflets redoublaient, les clameurs s’accentuaient : la patience échappait-elle à celui qui était l’objet de traitements si fâcheux ? laissait-il entendre à son tour un mot un peu malsonnant ? ou bien une parole, un geste de sa part étaient-ils mal interprétés par les spectateurs ? alors c’était des vociférations, des huées, des injures, un tapage infernal ! En prison ! Au Fort ! l’évêque ! s’écriait-on de toutes parts ; mais avant tout on exigeait des excuses de la part de l’artiste qui avait manqué au public, ou qui était censé lui avoir manqué. En de telles circonstances, que pouvait faire le pauvre comédien ? Quels que fussent sa fierté, et son honnêteté, et le sentiment qu’il pouvait avoir de sa dignité, il avait affaire à plus fort que lui, et généralement il lui fallait céder, car il n’y avait pas d’autre issue à la situation dans laquelle il se trouvait engagé. Il faut remarquer en effet que cette situation n’était en rien modifiée par le fait, qui se produisait quelquefois, de son envoi en prison sur l’ordre des gentilshommes de la chambre : le public impitoyable ne manquait pas alors, quand il reparaissait à la scène après quelques jours de captivité, d’exiger de lui avant toute chose, avant qu’il pût prononcer une parole, des excuses relatives à la conduite qu’on lui reprochait. Et notez qu’il ne s’agissait pas en ce cas de paroles plus ou moins banales, mais d’excuses véritables, de regrets explicites qui devaient être exprimés à genoux, devant toute la salle assemblée. Quelques-uns s’en tiraient, et sauvaient leur fierté vis-à-vis d’eux-mêmes par un trait d’esprit audacieux, par un sous-entendu habile et hardi, dont la portée échappait à l’attention de leurs auditeurs. A la vérité, ce n’était là qu’une satisfaction en quelque sorte platonique et tout à fait personnelle, toute raison étant en apparence donnée au public ; mais n’est-ce pas déjà quelque chose en telle occurrence ? L’un des plus jolis exemples de ce genre est celui qui fut donné par un artiste à qui l’on reprochait d’avoir traité les spectateurs d’imbéciles, et de qui l’on exigeait des excuses ; il les fit en cette phrase courte, qui est un chef-d’œuvre de malice hardie, et dans laquelle, on peut le dire, le public ne vit que du feu : « Messieurs, je vous ai appelés imbéciles : c’est vrai. Je vous fais mes excuses : j’ai tort. » Un autre, c’est Quinault-Dufresne, artiste fameux pourtant et chéri du public, eut maille à partir un jour avec lui, et agit de même façon. Voici comment l’abbé de Laporte raconte l’anecdote : Dufresne, jouant dans Chidéric (tragédie de Morand) d’un ton de voix trop bas, un des spectateur cria : Plus haut ! L’acteur, qui croyait être le prince qu’il représentait, répondit sans s’émouvoir : Et vous plus bas. Le parterre indigné répondit par des huées qui firent cesser le spectacle. La police, qui prit connaissance de cette affaire, ordonna que Dufresne fasse des excuses au public. Cet acteur souscrivit à regret à ce jugement, et, s’avançant sur le bord du théâtre, il commença ainsi sa harangue : « Messieurs, je n’ai jamais mieux senti la bassesse de mon état, que par la démarche que je fais aujourd’hui. » Ce début était assurément très injurieux pour le public ; mais le parterre, plus occupé de la démarche d’un acteur qu’il adorait qu’attentif à son discours, ne voulut pas qu’il continuât, dans la crainte de l’humilier davantage, et Dufresne eut la satisfaction de vexer ceux qui cherchaient à l’abaisser.


Fleurs au théâtre

Il ne faut jamais offrir de bouquet d'œillets à une actrice, en revanche les roses sont très appréciées. L'origine de cette tradition vient de ce qu'à l'époque où les théâtres avaient encore des acteurs permanents, le directeur offrait un bouquet de roses aux comédiennes dont le contrat était renouvelé. Mais pour ne pas faire de dépenses inutiles, celles qui étaient renvoyées recevaient des œillets, fleurs qui coûtent moins cher... Au Royaume-Uni on ne donne aucune fleur avant la représentation, il faut attendre la fin de la pièce. Sarah Bernhardt (1844–1923), la plus photographiée de son époque, était très souvent entourée de roses (gratuites parce qu’elle avait un accord avec les marchands de fleurs). Le langage des fleurs peut être cruel.


Le français ou l’italien

Comment les comédiens italiens purent parler français. Les acteurs de la Comédie Française voulaient empêcher ceux de la Comédie Italienne de parler français. Cette affaire fut portée devant Louis XIV, qui entendit les avocats des deux troupes : Baron et Dominique. Lorsque Baron (Comédie Française) eut plaidé la cause de ses camarades, le roi fit signe à Dominique (Comédie Italienne) de parler à son tour. Cet acteur dit au roi : - Quelle langue Votre Majesté veut-elle que je parle ? - Parle comme tu voudras, dit le roi. - Je n’en veux pas davantage, répond Dominique ; ma cause est gagnée. Le roi, après avoir ri de l’interprétation donnée à sa parole, dit : - La parole est lâchée, je ne la retirerai pas. Anecdotes de théâtre, 1875

Louis Léopold Boilly. L’effet du mélodrame. 1830.Versailles Musée Lambinet


Les trois coups

Au théâtre, les trois coups sont frappés avec un bâton appelé brigadier sur le plancher de la scène, par le régisseur, juste avant le début d'une représentation, pour attirer l'attention du public, particulièrement quand il y a un lever de rideau. Cette tradition se perd dans la nuit des temps, alors plusieurs hypothèses : 1 / Cette tradition, plus particulièrement française, peut provenir du Moyen Âge, où trois coups, symbolisant la Trinité (le Père le Fils et le St-Esprit). Ces trois coups pouvaient être précédés de onze autres martelés (douze apôtres moins Judas) et cela probablement pour obtenir le silence du public. Le théâtre avait lieu dans la journée, en lumière naturelle. 2 / Une autre explication fait correspondre les trois coups à trois saluts que les comédiens exécutaient avant de jouer devant la Cour : le premier vers la reine (côté cour), le deuxième vers le roi (côté jardin), et le troisième pour le public. 3 / Encore une explication, dans le théâtre classique français, le régisseur martelait le sol afin d’annoncer le début de la représentation aux machinistes. Ensuite, un premier coup venu des cintres, lui répondait, un second montait du dessous de scène et un troisième des coulisses. Chaque machiniste se trouvant donc bien à son poste, le régisseur pouvait ouvrir le rideau. Pendant des années, au XVIIe siècle la Comédie-Française frappait six coups afin matérialiser la jonction des deux troupes, celle de l'Hôtel de Bourgogne et la Troupe de Molière. La tradition des trois coups existe encore en particuliers dans les théâtres "de boulevard". Dans le théâtre contemporain, où parfois la scène n'est plus aussi bien délimitée, les trois coups ont souvent disparu.

Voir : Argot des coulisses : Brigadier


Merde

Superstition théâtrale "bonne chance" : Souhaiter "beaucoup de merdes" aux artistes, avant une représentation équivalait à leur souhaiter beaucoup de spectateurs. !. Cette expression daterait de l'époque où les gens riches venaient au théâtre en calèche, les voitures à chevaux stationnaient là et une odeur pestilentielle aux abords du théâtre, pouvait signifier " salle comble ». Cette "garniture" étant directement proportionnelle au nombre de spectateurs, c'était faire preuve de bienveillance que de souhaiter "beaucoup de merdes" aux artistes. En Espagne aussi, les gens du théâtre, utilisent des pareilles expressions ("mucha mierda"), au Royaume-Uni, le sort est conjuré par Break a leg ! (casse-toi la jambe !) ; en Allemagne on dit Hals und Beinbruch ! (bris de cou et de jambe) ou bien Toï, toï, toï, répétition de la première syllabe de Teufel (diable).


Œil du rideau

Voir : Trou du rideau - Œil du rideau


Pièce de circonstance

Sous l’empire, l’argent du trésor payait une pièce de circonstance jusqu’à mille écus. La restauration réduisit à 5oo fr. la taxe due au patriotisme des vaudevillistes. Souvent Charles X n’a jeté qu’un sac de cent écus devant les goules littéraires. Louis-Philippe ne leur a pas donné de pâture. Il y a une note bibliographique que M. Beuchot a oublié de consigner dans les Annales de la Librairie; elle est relative à un vaudeville, composé pour la naissance du roi de Rome; il a été payé par Napoléon ; revenu sous la restauration , à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux , il a été payé de nouveau par la duchesse de Berry, et offert , en troisième main , à Ferdinand, roi d’Espagne, lors de la naissance de sa fille ; l’auteur a reçu sa troisième lettre de congratulation en levant sa troisième contribution,
Les hommes à couplets , comme dit lord Sun-derland-Bouffé, trouvent toujours l’ivresse et l'allégresse, pour rimer avec le peuple qui se presse... sous tous les régimes.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Représentation à Bénéfice

Le tableau du Bénéficiaire, tracé de main de maître," par Théaulon, n’a rien laissé à expliquer sur ce mot. Une représentation à bénéfice dans certains théâtres se traite de gré à gré avec l’administration.
Le directeur prend tout, il laisse le reste au bénéficiaire.

Billets gratis. (2 places)

Droits des pauvres : 2 fr.

Un petit banc, impôt d’ouvreuse : 50 c.

Un bouquet .de roses ou de violettes, impôt de galanterie : 1 fr. 50 c.

Une boîte de boules de gomme, préservatif contre les vapeurs du gaz : 75 c.

Le Journal Entr’acte, ou Vert-Vert : 15 c.

Prix d’un billet gratis :  4 f r.  90 c.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


La servante

C'est une lampe (une ampoule domestique de faible intensité) une ‘baladeuse’ posée sur un pied, placée généralement au milieu du plateau, en devant de scène, qui reste allumée quand le théâtre est plongé dans le noir, déserté entre deux représentations ou répétitions. Régulière, permanente, c’est elle qui veille lorsqu’il n’y a plus personne et assure aux acteurs et aux techniciens, l’éclairage indispensable pour ne pas se heurter aux murs et aux décors. Cette veilleuse est parfois appelée sentinelle et ne manque pas, de par son nom, d’être associée à l’idée de service rendu, de domestique fidèle et dévouée. A mon avis, son origine proviendrait de problématiques de sécurité et surtout dû aux feux de théâtres (très fréquents aux XVIII et XIX e siècle, vous pouvez d’ailleurs consulter mon blog qui traite de ce sujet, http://incendiesdetheatres.unblog.fr/ <http://incendiesdetheatres.unblog.fr/> ) , feux qui se produisaient souvent après les représentations, restes d’effets pyrotechniques mal éteint, ou dus aussi à des problèmes électriques, (ou actes mal vaillants) et pour cela on laissait dans le théâtre, la nuit après les représentations, un pompier de service (de garde), qui veillait sur scène avec un éclairage minimum, le rideau de fer baissé, afin de pouvoir détecter un éventuellement début d’incendie (plus facile dans la pénombre). Deux références à ce sujet : l’un à l’ouvrage de Georges Moynet (architecte), ‘La machinerie théâtrale’ publié sans date (vers 1893) (A la librairie illustrée), l’autre à l’ouvrage de M.J Moynet, ‘L’envers du théâtre’ publié en 1888 (Librairie Hachette et Cie) et dont voici les extraits : « Voici l’escalier, aux marches revêtues de plaques de fonte, qui donne accès aux étages de loges. Quelques degrés nous amènent à une porte de tôle qui bat en tous sens. Nous sommes sur la scène. La première impression est curieuse. Un silence lourd plane dans ce vaisseau immense, que remplit à d’autres heures l’animation, le bruit, et les chants d’une foule. Le plus souvent, une obscurité profonde jette un voile opaque sur toute choses. Devant le rideau de tôle pleine qui sépare la salle de la scène, une petite lumière éclaire d’une lueur douteuse le pompier de garde, entouré des agrès destinés à éteindre un commencement d’incendie. » « Après avoir traversé un corridor et franchi un escalier peu éclairé, nous entrons dans un grand espace, dont nous ne distinguons pas bien les extrémités à cause de l’obscurité. Une petite lanterne, placée sur une table, jette assez de lumière pour faire jaillir un point brillant sur le casque d’un pompier assis à côté. » La servante est de plus en plus remplacée par un éclairage de service appelé souvent le balayage (éclairage placé dans le gril technique de la salle ou de la scène) qui est plus utilisé pour des raisons pratiques (circuler sans encombre) que de sécurité (surveillance contre un incendie). En anglais, elle est nommée Ghost Lamp, en référence aux fantômes qui hantent le théâtre quand il se vide (notamment le lundi soir, jour de relâche, appelé Ghost Night). Olivier Py, auteur de théâtre français contemporain, a titré une de ses pièces, La Servante, histoire sans fin cycle de 5 pièces et 5 dramaticules d'une durée totale de vingt-quatre heures, hommage métaphorique à cette fragile présence dans le noir vacant de la cage de scène, en attente de vie, présentée en intégrale au Festival d'Avignon 1995 et repris à la Manufacture des Œillets à Ivry en 1996.


Sifflet

Superstition théâtrale : Ne jamais siffler sur scène ou en coulisse. On prétend que cela attire les sifflets du public. En fait cette superstition vient de ce que les régisseurs de théâtre utilisaient autrefois des sifflements codés pour communiquer entre eux les changements de décors. Un acteur sifflant pouvait alors semer la confusion dans le bon déroulement technique du spectacle. ‘ Siffler au théâtre est témoigner son mécontentement, comme applaudir est un signe de satisfaction. Ces deux manifestations sont spontanées et ont le même droit d’exister.’ ‘ Les athéniens se servaient du sifflet, ce qui lui fait une respectable ancienneté, pour signaler les mauvais passages d’une pièce ou le mauvais jeu d’un acteur ; ils avaient même pour cet usage une espèce de flûte de Pan dont chaque son, ou chaque tuyau, indiquait le degré de critique qu’ils entendaient faire. L’origine du sifflet en France est, comme beaucoup d’autres choses, assez problématique ; les uns disent qu’on l’entendit pour la première fois à propos de l’Aspar de Fontenelle, en 1680 ; d’autres au Baron de Fondrières de Thomas Corneille, en 1686. Dans l’un comme dans l’autre cas, ce serait un Rouennais qui en aurait eu l’étrenne.’(La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878)


Trou du rideau - Œil du rideau

Petit trou dans le rideau de scène permettant de voir la salle discrètement. "Et le trou du rideau, c'est un petit hublot par lequel on vient regarder si la salle n'est pas houleuse car, d'un four, on dira que la pièce a sombré.". ‘ Ces deux trous ronds, placés de chaque côté du rideau, et auxquels vous voyez souvent deux doigts et un œil apparaître, sont des observatoires qui servent au directeur pour constater le mouvement de la recette, et, à ces dames, pour faire des signaux aux amis qui se trouvent dans la salle, ou pour les épier.’ 

La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878

Œil du rideau Trou pratiqué dans la toile qui sépare la scène de la salle. C’est l’observatoire du directeur, qui questionne le plein ou le vide. De temps en temps des petits signaux qui vont à leur destination partent de là comme un fanal d’amour. Plus d’une Héro fait signe ,avec le doigt d’un gant blanc , à son Léandre , qui entendra gronder l’orage du fond de l’avant-scène. On citait, il y a quelque temps, une jeune amoureuse, qui, comme César, dictait quatre réponses en style différent. Elle changeait de gants quatre fois dans un entr’acte. Le gant blanc répondait au banquier ; le gant noir, au notaire D....; le gant jaune, à l’officier de pompiers ; le gant aventurine , au chef de cabale.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


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