13 Feb
13Feb

Argot théâtral

Comme toutes les professions, le théâtre a son langage spécial, son argot, qui jadis n’était compris que des initiés et qui aujourd’hui n’a presque plus de mystères pour le public, à l’exception pourtant de certains mots, de certains tours de phrase, dont le vulgaire ne connaît ni la valeur ni la signification. Si l’on sait généralement ce que c’est qu’une panne, une cascade, un cabotin, tout le monde ne serait pas à même d’expliquer ce que veut dire ‘Marier Justine’, ‘Brûler une ville’, Marcher sur sa longe’. Toutefois, ceci fait partie du langage technique. Mais jadis, les comédiens employaient entre eux une sorte de véritable langue verte, dont seuls ils avaient la clef et qu’eux seuls pouvaient comprendre. Voici ce qu’in lit à ce propos dans les Mémoires de Mlle Dumesnil, l’élève et la rivale peu reconnaissante de Mlle Clairon : « De mon temps, les comédiens avaient un argot qui leur était particulier. Pour demander : Combien paie-t-on pour entrer à la comédie ? On disait : Combien refile-t-on de logagne pour allumer la boulevetade ? La troupe s’appelait la banque. Pour demander : Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ? On faisait ainsi la question : Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque ? Si l’interrogé voulait répondre négativement, il disait : Non, il est lof comme un roboin, ce qui signifiait : il est profane comme le diable. Ce dialecte était très abondant, il comprenait à peu près tout ce qui peut se dire en français. Préville le jargonnais à merveille.


À l’orchestre, messieurs, s’il vous plait !

C'est la phrase que le régisseur chargé de ce service adresse aux artistes musiciens d’un théâtre, réunis dans leur foyer, pour leur indiquer qu’on n’attend plus que leur présence à l’orchestre pour commencer l’acte qui va se jouer. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Léon Louis Fleuret (18..-19.. ). Graveur. Théâtre national de l'opéra. Une répétition d'orchestre de la montagne noire, sous la direction de l'auteur, Mme Augusta Holmès : M. Mangin, chef du chant. M. Gaillard. Madame Holmès. M. Lapissida. M. Taffanel, chef d'orchestre : dessin de M. Paul Destez ; Fleuret. 1895. Source gallica.bnf.fr / BnF


A nous les bergères

C’était le cri d’Auguste Veyron, le régisseur des Variétés, pour faire entrer les choristes sur la scène. Il le tenait de son prédécesseur, le père Guibert. Voici comment ce cri de ralliement lui fut transmis : M. Guibert, à son lit de mort, fit appeler Auguste et lui dit ceci : ” C’est vous, monsieur, qui allez me remplacer dans l’emploi de régisseur ; permettez à un mourant de vous donner quelques conseils : soyez indulgent pour les femmes, pour les choristes surtout. Les seuls moments heureux de ma vie, je les ai passés avec elles. “J’ai encore une recommandation expresse à vous faire : “ Ne ralliez jamais vos choristes femmes qu’avec ces mots : à nous les bergères ! elles y sont faites depuis trente ans. Je vous lègue cette tradition, c’est tout ce que je puis vous léguer.” Auguste tint parole, et pendant trente années d’exercice il n’eut jamais d’autre cri que celui de : à nous les bergères !’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

Paris - Les coulisses des Variétés


Abandon

Fils du naturel, et aussi difficile à atteindre que son père il demande, plus que lui, de la grâce, une grande délicatesse de nuances dans le geste et dans la voix. On ne le trouve guère que chez les grands comédiens ; les autres s'abandonnent volontiers, mais n'ont pas d'abandon. La langue théâtrale Vocabulaire historique, descriptif et anecdotique des termes et des choses du théâtre Alfred Bouchard - Paris – Arnaud et Labat, libraires éditeurs - 1878

Nadar (1820-1910). 1850. Source gallica.bnf.fr / BnF


Amuser l’entr'acte(s)

Distraire le public pendant un entr'acte, ce qui n'a lieu qu'aux théâtres du boulevard. Les démons du paradis sont ordinairement chargés de ce soin.

‘Petite comédie qui se joue dans la salle, quelquefois par la volonté et avec la participation du directeur, qui trouve ainsi moyen de dissimuler la longueur des entr’actes. Exemples : si un monsieur s’approche trop près d’une dame pour causer avec elle, aussitôt un loustic de crier : il l’embrassera ! et un autre de répondre : il ne l’embrassera pas ! cela amuse l’entr’acte(s). Un spectateur des loges ou des galeries se tourne-t-il pour parler derrière lui : face au parterre ! face au parterre ! crie une voix d’en bas, bientôt accompagné d’un formidable chorus. On amuse l’entr’acte(s). Un enfant, qu’une mère a eu malheureusement idée d’amener avec elle, vient-il à crier, aussitôt on entend de tous les coins de la salle : donnez-lui à téter ! asseyez-vous dessus ! au vestiaire ! on amuse l’entr’acte(s), et le public ne s’est pas aperçu de sa longueur quand le rideau se relève. Cette pratique théâtrale s’est introduite dans la politique : à la Chambre, on amuse la séance.’

La langue théâtrale. Alfred Bouchard.1878


Appeler Azor / Appeler Tarquin

Appeler Azor : Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des comédiens. Deux hypothèses pour l’origine de cette phrase, mais deux belles histoires. ‘ C’est une périphrase pour dire siffler. En voici l’origine : Un mauvais acteur du nom de Fleury, (ne pas confondre avec le grand Fleury) jouait le rôle d’Achille dans Iphigénie en Aulide (vers 1733, 1736) ; il avait coutume d’amener son chien avec lui au théâtre et le donnait en garde à son père (pas celui du chien) qui le tenait en laisse dans la coulisse. Achille entre en scène. Le public, qui reconnaît Fleury, le reçoit à coups de sifflets. Le père, furieux de l’accueil qu’on fait à son fils, laisse échapper le chien qui vient en scène caresser son maître. Sur ce, les sifflets redoublent, et le père, furieux tirait son épée pour aller embrocher les siffleurs, quand un acteur (c’était Gaussin) lui dit : “ Ne voyez-vous pas qu’on siffle le chien!...” Effectivement, il entend son fils qui lui criait de la scène : “Mon père, sifflez donc ! Mon père, appelez Azor !”. Nous devons, pour être véridique, dire que le chien se nommait Tarquin, et qu’on a substitué Azor à Tarquin. ‘Il y avait une fois un ténor qui chantait la cavatine de la Dame-Blanche, et un spectateur mécontent qui sifflait le ténor. La salle entière protestait contre le siffleur ; ce que voyant, l’acteur, sans se déconcerter, dit au public : “ Rassurez-vous, messieurs, ce sifflet n’est pas pour moi, c’est un monsieur qui appelle Azor.” Les acteurs sifflés se consolent volontiers en pensant qu’il y a un chien perdu dans la salle.’


Apporter une lettre

Terme de dédain dont les comédiens se servent entre eux pour montrer le peu d’estime qu’ils font du talent d’un des leurs : « Il est à peine capable d’apporter une lettre. » Et cela parce que, dans beaucoup de pièces, certains rôles de domestiques, ‘hommes ou femmes’, consistent en une seule entrée faite par le personnage pour apporter une lettre à son maître ou à sa maîtresse.


Appuyer - Charger

Terme de machiniste Appuyer : faire monter un élément de décor, une perche, un châssis, un rideau, etc.) souple ou rigide, dans les cintres (on dit donc adosser un châssis contre un mur pour éviter de dire "appuyer") Charger : c’est le contraire d’appuyer On peut charger à l’amoureuse, ce qui veut dire de descendre précautionneusement afin que les franges du rideau ne rebondissent pas sur le plancher de scène, ou bien à la parisienne autrement dit en vitesse


Attraper le lustre

On disait d'un acteur qu'il attrapait le lustre quand celui-ci exagérait son jeu, poussait sur ses effets. On disait aussi : cracher sur les quinquets. Attraper : Siffler. (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883)


Avoir de l’agrément

Être applaudi, pour exprimer les applaudissements reçus par un acteur, soit dès son entrée en scène soit après tirade à effet

‘Signifie, en termes de coulisses, obtenir des applaudissements, bis, rappels, quelle qu’en soit la source. Nous connaissons des acteurs qui se procurent de l’agrément à leurs frais... ça fait toujours plaisir.’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard.1878)

Agrément (Avoir de 1’) — Terme de coulisses pour signifier l’action d’être applaudi. Il est des artistes qui ont couru toute leur carrière avec de l’agrément. D’autres n’ont eu qu’un agrément passager : d’autres encore n’ont pas eu d'agrément.
Notre Talma n’a pas toujours eu de l’agrément dans la Partie de chasse d’Henri II. le silence le plus obstiné traduisait l’arrêt du public. Mlle Mars n’a pas eu d’agrément, en voulant s’initier prêtresse de la muse tragique. Les vaudevillistes qui font des feuilletons, ont toujours de l’agrément dans les journaux.
Les marchands d’onguent (médicament), de pilules et de cosmétiques ont aussi à prix fixe de l’agrément dans les journaux. Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Avoir de quoi

Une actrice a de quoi lorsqu'elle est ancienne et possède un protecteur. Marty est un homme qui a de quoi, Madame Carmouche a de quoi, M. Thiers le grand homme est une capacité qui a de quoi. Quant à M. Viennet, l'homme à l'épître aux mules (de Don Miguel expulsé du trône), l'ami des chiffonniers, il a la prétention de faire croire qu'il n'a pas de quoi.


Terme de conversation familière qui formule l’état de fortune dans lequel se trouve une actrice, une danseuse, ou une figurante qui a des revenus périodiques et éventuels indépendamment de ses appointements au théâtre. Nos danseuses, en règle générale, ont de
quoi en revenant de leurs voyages à Londres.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Avoir des côtelettes

Terme d’argot théâtral qui signifie :  faire de l’effet, être applaudi.  « J’ai eu ma petite côtelette ! » disait en rentrant dans la coulisse, tout fier de lui, un modeste comédien habitué à ne jouer que de mauvais rôles, et qui avait trouvé l’occasion de se faire applaudir une fois en sa vie.  On ne se sert plus guère aujourd’hui de cette expression Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Côtelettes (applaudissements) ‘Un pauvre artiste de province débutait devant les sévères Rouennais, qui ont été regardés de tout temps comme des mangeurs de comédiens. Le malheureux n’avait du directeur qu’un engagement conditionnel : “ Si vous réussissez ce soir, je vous engage, avait-il dit ; si vous tombez, ce sera à vos risques et périls, je ne donne point d’avances.” Son existence de toute une année était en question ce soir-là, il la jouait dans un rôle de cent lignes. Le parterre était de bonne humeur, le comédien fut applaudi. En rentrant dans les coulisses, il dit à ses camarades, en parlant du public qui l’avait bien accueilli : “ Il ne se doute pas qu’il vient de me donner des côtelettes pour demain”.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.) 

Avoir sa côtelette : Être chaleureusement applaudi, dans l’argot des comédiens. (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883) 

Manger sa côtelette :
Avoir un succès éclatant, un triomphe complet

Atelier Nadar. Charvet, Lauret, Scipion. Nouveautés. Roi de carreau. 1883. Source gallica.bnf.fr / BnF


Avoir des entrailles

Expression qu’on emploie pour caractériser un comédien doué de l’admirable faculté d’exprimer la passion, la tendresse, tous les nobles mouvements de l’âme, de façon à faire illusion et à donner l’idée qu’il les éprouve lui-même.  Certains acteurs vous arrachent des larmes, vous attachent, pour ainsi dire, à leurs lèvres par la manière dont ils rendent les situations les plus pathétiques et les plus touchantes.  Ceux-là ont des entrailles et sont véritablement les maîtres du public. Au siècle dernier, à l’époque de la grande rivalité à l’Opéra de deux chanteuses célèbres, Mlle Pélissier et Mlle Lemaure, chacune avait ses partisans, et Mlle Aïssé écrivait dans une de ses lettres : « Les partis sur Mlle Lemaure et Mlle Pélissier deviennent tous les jours plus vifs...  La Lemaure a beaucoup d’entrailles, et la Pélissier beaucoup d’art.… »  Cette réflexion suffit à faire juger les deux actrices, et Mlle Lemaure était évidemment supérieure à Mlle Pélissier. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. Georges, Scipion. Nouveautés. Fatinitza. 1879 Source gallica.bnf.fr / BnF


Avoir des planches

Avoir des planches Expression dont se servent les comédiens pour caractériser un artiste expérimenté, sûr de lui, qui connaît son métier, en un mot à qui les planches du théâtre sont familières.  Cela ne veut pas dire que cet artiste ait une valeur exceptionnelle, ni qu’il soit en possession de facultés supérieures ; cela indique seulement qu’il a de l’acquis, de l’expérience et des qualités pratiques. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar Groupe Poucet : Albert, Duhamel, Christian, Scipion. Gaîté. Petit Poucet. 1885. Source gallica.bnf.fr / BnF


Avoir du chien

En argot de théâtre, on dit d’un artiste qu’il a du chien lorsqu'il possède cette faculté innomée que Voltaire appelait, le diable au corps.  A du chien, tout artiste qui n’est pas toujours le même, qui est dévoré d’une flamme intérieure, qui se laisse emporter par les élans d’une passion soudaine et qui entraîne avec lui le public dans les régions du plus noble idéal.  L'expression n’est pas relevée, étant donné surtout ce qu’elle est appelée à qualifier et à faire comprendre ; mais nous la rapportons parce qu’elle est caractéristique dans le langage du théâtre. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. Mesmacker. Gaîté. Le voyage de Suzette. 1890. Source gallica.bnf.fr / BnF


Avoir du zing

Expression d’argot théâtral ‘a du zinc’ tout comédien, tout chanteur doué d’un organe sonore, d’une voix solide, robuste et d’un caractère en quelque sorte métallique. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Atelier Nadar. Paul Reynet. Porte Saint-Martin. Théodora. 1884.                 Source gallica.bnf.fr / BnF


Avoir le trac, le taff, le taffetas

Locutions d’argot théâtral qui signifient :  éprouver une grande peur.  Certains artistes, et non des moins méritants, ne sauraient entrer en scène et se présenter devant le public sans ressentir comme une sorte d’effroi ; d’autres, plus calmes d’ordinaire, éprouvent ce sentiment les jours de première représentation, d’autres encore lorsqu’il s’agit pour eux de paraître dans un rôle qui a été pour un de leurs confrères l’occasion d’un grand succès et pour lequel ils redoutent la comparaison. Tous ces artistes ont le trac, le taff, le taffetas. « J’ai eu un rude trac en entrant ! »  Dira l’un. « Mâtin !  Quel taffetas ! »  S’écrira l’autre en sortant de scène. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.


Avoir son entrée

Quand un acteur est applaudi avant même d'avoir parlé ; 

les quelques mesures que l'orchestre joue, lorsqu'un personnage arrive sur la scène

Atelier Nadar. Scipion. Nouveautés. "Roi de Carreau". 1883. Source gallica.bnf.fr / BnF


Bafouiller

Bafouiller C’est un terme d’argot théâtral. D’un artiste qui parle trop vite et de façon à ne se plus faire comprendre, ou qui manque de mémoire et, pour ne pas rester court, articule des mots sans suite, sans liaison, et dont le sens est incompréhensible, on dit qu’il bafouille. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. M. Landrin. Gaîté. Bicyclistes en voyage. 1893. Source gallica.bnf.fr / BnF


Bâiller au tableau

Se dit d'un artiste qui n'a qu'un bout de rôle dans une pièce

Le soldat Romain : Quinze sous par jour pas d’avantage et payer la dessus la soupe et le garm, la pipe et la blanchisseuse et faut tenir propre au théâtre faites donc la noce avec le reste


Baisser le rideau

A l’époque où l’on avait l’habitude de donner des spectacles coupés, on appliquait la qualification de baisser le rideau à la petite pièce qui terminait la soirée et sur laquelle le rideau se baissait pour la dernière fois. On faisait en sorte que cette pièce fût vive, alerte, gaie, afin de laisser le spectateur sur une impression riante et joyeuse. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Baissez le rideau, la farce est jouée. Daumier, Honoré , Dessinateur Delaunois, Nicolas Louis , Imprimeur Aubert , Editeur En 1834 Maison de Balzac


Balayer les planches

Jouer un bout de rôle dans un lever de rideau C’est une expression dont se servent les comédiens lorsqu’ils sont appelés à jouer dans une petite pièce qui commence le spectacle, et qui est destinée à faire attendre au public la pièce de résistance. Ils appellent cela ‘balayer les planches’.  Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. Daubray, Jolly, Scipion. Bouffes. "L'Étoile". 1877. Source gallica.bnf.fr / BnF


Ballon

‘Ce mot est du domaine de la chorégraphie. Le ballon consiste à s’enlever de terre avec une grande rigueur de jarrets et à retomber mollement et avec grâce sur les pointes, si c’est possible ; Madame Montessu est un des premiers ballons connus. Quand elle redescendait sur les planches, on l’aurait prise pour une montgolfière, tant sa jupe était ballonnée. Après elle, mesdemoiselles Taglioni et Thérèse Essier furent des ballons de premier ordre. Madame Ferraris est aujourd’hui un ballon distingué. Parmi les hommes, Perrot a été le sublime du ballon. Quand il quittait le sol, on ne savait jamais s’il allait redescendre.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

Atelier Nadar. Mlle Régnier (Opéra). Danseuse. 1875- 1895. Source gallica.bnf.fr


Banc

‘Les théâtres au mois d’aout. Elles rêvent que la salle est comble et qu’on se dispute les programmes et les petits bancs…, ne les réveillons pas !...’ 

Les théâtres au mois d'août. Daumier, Honoré, Dessinateur-lithographe. Destouches, Pierre Louis Hippolyte, Imprimeur-lithographe. Martinet (imprimeur-libraire), Éditeur. En 1856. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.


Banquiste

C’est la qualification qu’on applique à certains directeurs de théâtres de province qui font ‘de la banque’, c’est à dire une réclame effrénée et grossière qui les fait plus ressembler à un chef de saltimbanques qu’à un entrepreneur sérieux et à un artiste. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Agence de presse Meurisse. M. Habrekorn, directeur de théatre. 1914. Source gallica.bnf.fr / BnF


Boire du lait

On dit qu’un artiste boit du lait, lorsqu’il est en scène et que son jeu excite d’une façon ininterrompue les applaudissements ou les rires approbatifs des spectateurs. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. M. Dacheux. 1875-1895. Source gallica.bnf.fr / BnF


Boire une goutte

Être sifflé, se dit d'un acteur dont le public se moque discrètement pour son inexpérience, un geste maladroit, un mot mal dit.

Atelier Nadar. MM. Rouvière, Véret et Nomo. Folies-Dramatiques. Amour et Compagnie. 1906. Source gallica.bnf.fr / BnF


Bouche trou

C’est le nom qu’on donne à certains rôles d’une infime importance, et qui rentrent dans la catégorie des accessoires. On dit de l’artiste appelé à remplir ces rôles qu’il joue ‘l’emploi des bouche-trou’. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. Groupe d'acteurs. Folies- Dramatiques. Miss Robinson. 1892. Source gallica.bnf.fr / BnF


Bouleur

Acteur qui a hâte d'arriver au bout de son rôle et qui se soucie surtout d'avoir fini !

D’un comédien qui, sans posséder de qualités particulières et sans avoir d’originalité, connaît cependant bien son métier et, sans rien faire ressortir, ne gâte rien et tient convenablement sa place dans l’ensemble, on dit que c’est un bon bouleur. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Atelier Nadar. Mesmacker. Gaîté. Le voyage de Suzette. 1890. Source gallica.bnf.fr / BnF


Allumer la boulevétade

Allumer la boulevétade (allumer la boulevetade) ‘J'avais appris, en fréquentant partout avec beaucoup d'assiduité la comédie, quelques mots de ce jargon. Pour demander : combien paye-t-on pour entrer à la comédie, on disait : combien rafile-t-on de logagne pour allumer la boulevétade ?’ 1799. Mémoires de Marie-Françoise Dumesnil.

Le comédien masqué jouant de la guitare Jacques Callot (1592-1635)          Source gallica.bnf.fr / BnF


Bour de rôle

Expression significative, employée pour désigner non pas même un mauvais rôle, qui peut avoir son importance et exiger du talent, mais un rôle absolument accessoire et duquel il n’y a rien à tirer. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Portrait de Legrenay, (acteur). Billon (Alfred Francois Cordier, dit) , Photographe. Entre 1860 et 1890 Musée Carnavalet.


Bourrer

Mot dont se sert un acteur pour reprocher au souffleur de lui envoyer trop vite les répliques.

Maurice Lourdey (1860-1934). Dessinateur. Scène de théâtre : souffleur. 1900-1913. Source gallica.bnf.fr / BnF


Brigadier

Bâton enveloppé de velours rouge maintenu par des clous dorés, appelé aussi « bâton de régisseur » utilisé par le régisseur pour frapper les trois coups annonçant le début du spectacle, les trois coups sont précédés de douze coups sur un rythme accéléré. Les chiffres choisis entrent-ils dans le jeu de la symbolique biblique, douze renvoyant aux apôtres et trois à la trinité ? En ce qui concerne la Comédie Française, la réponse est donnée : comme elle est issue de la réunion de deux troupes, celle de l’Hôtel de Bourgogne et celle de l’Hôtel Guénégaud, on frappe six coups de brigadier, trois pour l’une et trois pour l’autre.Trois coups pour chasser le mauvais esprit ? Ils indiquent, en tout cas, que public et comédiens passent dans un autre espace et dans un autre temps. Aujourd’hui, les trois coups ne sont plus systématiques. 

Voir : Tradition - Superstition - Us et coutumes : Trois coups


Brigadier - Bâton de Régisseur

La civilisation court au galop. Les vieux usages tombent les uns sur les autres. Maintenant sur la plupart de nos scènes, le rideau se lève au bruit de la sonnette ; mais au bon temps du mélodrame à bottines rouges, de l’Opéra sans trompettes ni tamtam, c’étaient les trois coups d’un énorme gourdin, qui frappait solennellement le sol théâtral avant l’ouverture.
Comme le cœur était plein de ce son, comme l’oreille était attentive. Les profanes qui se trouvaient sur la scène fuyaient dans les coulisses, emportés par les flots de duègnes, de figurantes et de tyrans qui se mettaient à l’écart. Le gendarme lui-même était ému et perdait son équilibre, quand il arrivait que le régisseur donnait trop vigoureusement le signal d’usage. A la Gaîté on frappe encore les trois coups. Le Marais n'est pas inconstant comme la Chaussé-d ’Antin. Honneur à l’administration conservatrice des mœurs publiques d’un arrondissement. 

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835 

Le théâtre aujourd’hui. Répétition d’une revue. Régisseur d’un théâtre muni de son brigadier, devant une troupe de jeunes femmes en tutu. La République illustrée - 28 novembre 1891


Brûler les planches

Jouer la comédie, avec verve, avoir une grande habitude de la scène et se jouer des difficultés d'un rôle. ‘Se dit de certains artistes fougueux, excessifs, cherchant toujours reflet, qui semblent avoir du feu dans les veines et être prêts à le communiquer aux planches de la scène.  Brûler les planches est l’excès d’une qualité ; le comédien doit être doué d’une chaleur Traie, qui se communique facilement au public et lui donne l’illusion de la réalité ; mais il ne faut pas que cette chaleur tourne au désordre et à la furie. Un acteur célèbre naguère au boulevard, Mélingue, était un enragé brûleur de planches ; cela ne lui enlevait pas son talent d’ailleurs incontestable, mais cela lui donnait parfois une exagération de mauvais goût.’ Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Mr Mélingue, rôle d'Alphonse d'Este, dans Lucrèce Borgia, Théâtre de la Porte S.t Martin. 1870. Source gallica.bnf.fr / BnF


Brûler les planches - Se brûler à la rampe 2/2

Pour un acteur, jouer avec beaucoup de chaleur (avoir du succès). ‘Se dit principalement des comiques auxquels la véritable verve fait défaut et qui la remplace par une chaleur factice, beaucoup de mouvement, de bons poumons et une grande volubilité. ‘ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878) Se brûler / Se brûler à la rampe : S’approcher trop près de la rampe, soit dans la chaleur de l’action, soit pour tous autres motifs, tels que se faire mieux remarquer, prendre du souffleur, indiquer le moment au chef de claque, plonger un œil inquisiteur dans les baignoires d’avant-scène. (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878)

-C’est cet artiss’là, dites-vous, qui brûle les planches en jouant ? J’aurai l’œil sur lui… un malheur est si vite arrivé.


C’est un empêcheur de danser en rond

‘L’empêcheur de danser en rond est ordinairement le régisseur du théâtre qui inflige les amendes. Hors du théâtre, cela se dit d’un gêneur, d’un importun qui vient se mêler à une conversation intime ou qui s’assied à votre table ou à votre cercle sans y être convié. C’est M. Lefèvre, l’ancien acteur des Variétés, qui a fait éclore un jour cette phrase dans la bouche de Mademoiselle Juliette, une figurante laide et rousse qu’Odry, par antiphrase, appelait Joliette. On dansait des rondes campagnardes dans le vaudeville la Mariée à l’encan, et M. Lefèvre voulait toujours faire sa partie dans ces danses joyeuses et animées qui amusaient plus les danseuses que le public. Par malheur, M. Lefèvre était pied-bot, et sa présence dans la ronde retardait l’élan des jeunes filles, glaçait leur joie, et le plus souvent dérangeait la ronde. Juliette, un beau soir, prit le parti de lui dire : “Eh! restez donc sur l’avant-scène, vous êtes un empêcheur de danser en rond.” Le mot fit son chemin. Il doit bourdonner encore aux oreilles de M. Perrin, l’heureux directeur de l’Académie Impériale de musique. (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.) Empêcher de danser en rond : Gêneur, dans l’argot des coulisses. À quel propos cette expression, qui appartient à Gil Pérez ? Je l’ignore. Des acteurs sont réunis au foyer de leur théâtre où dans un coin de leur café de prédilection, causant entre eux de leurs petites affaires ; un importun survient qui trouble l’intimité, qui arrête l’expansion, qui glace le plaisir, probablement comme un étranger tombant au milieu d’enfants en train de danser une ronde : c’est l’empêcheur de danser en rond. (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883)

Atelier Nadar. Mlle Régnier. Source gallica.bnf.fr


Cabotin / Cabotinage

Cabotinage : Faire l'acteur ; épate ; jeu de séduction exagéré; action de jouer la comédie, de cabotiner; faire du mauvais théâtre; ce qui est faux, pour épater, pour se faire valoir


Cabotin : Terme de mépris qui s’adresse à l’artiste sans renom ou sans ressource. Le cabotinage est aussi la basse diplomatie de coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme Certains courtiers font des affaires de bourse : écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de l’ouvrage qu’on vient de surprendre ; mendier ou acheter des tours de faveurs, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage. L’acteur qui, aux environs de Paris, emprunte l’habit d’un sous-préfet pour jouer Mithridate, et le châle de la femme du notaire, pour draper Orosmane, est un cabotin ; un cabotin parle toujours de l’art et reste cependant l’homme de la nature ; il vit sans habit, sans chapeau et sans bottes ; son estomac doit être élastique ; comme le dromadaire il fait souvent de longues caravanes avant de prendre de la nourriture.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Camouflage

Tout ce qui concerne la transformation complète d'un acteur ; fard ; déguisement, changement d'apparence.

Mme Eleanor Wilson, fille du président, dans le rôle d'Arvia dans le "Sanctuaire" de Mr Percy Mackaye Deux comédiens en costume de théatre : Photographie de presse / Agence Rol. 1914. Source gallica.bnf.fr / BnF


Canasse

Femelle du canasson, vulgairement appelé jument. Danseuse aux jambes cagneuses ; la seule que l’on remarque dans un ensemble, quand les autres sont bien faites ; il faut bien se distinguer par quelque chose’ (Petit dictionnaire humoristique d’argot théâtral. Eugène Joullot.1933)

Atelier Nadar. Me Royer.1875-1895. Source gallica.bnf.fr / BnF


Carcassier / Charpentier

Carcassier : Habille dramaturge, dans l’argot des coulisses. On dit aussi Charpentier. Charpentier : Celui qui agence une pièce, qui en fait la carcasse, dans l’argot des dramaturges, qui se considèrent avec quelques raisons, comme des ouvriers du bâtiment.


Cascadeur(eusse)

Cascade : Charges fantasques auxquelles se livrent parfois les chanteurs d'opérette. ‘Jadis on appelait “lazzi” ce que nous nommons aujourd’hui cascade, c’est-à-dire depuis que l’abus qu’on a fait de ce genre dans quelques vaudevilles, et surtout dans les opérettes, a créé en quelque sorte l’emploi de “cascadier”.’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878) Fantaisies bouffonnes, inégalités grotesques, improvisations fantasques, dans l’argot des coulisses. (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883) Cascadeur(euse) : Cinéma : C'est un spécialiste doublant un artiste pour le tournage de scènes dangereuses ; chutes, accidents de voitures, bagarres, etc. Cirque : Comique ou acrobate qui exécute des chutes volontaires. Théâtre : Acteur qui fait des interpolations dans un rôle, bien que cela soit sévèrement défendu par un règlement de police spécial aux théâtres. Au dire de M. Joachim Duflot, Léonce, Bache et Schey sont les trois artistes qui se sont le plus distingués dans ce genre de plaisanteries, qui ont ceci d’amusant que les spectateurs croient qu’elles sont dans la pièce. Par extension, homme sans consistance, qui manque de parole volontiers, qui ne prend pas ses devoirs sociaux au sérieux. (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883)


Casser sa canne

‘L’orchestre du théâtre du Gymnase possède seul le privilège des cannes cassées. Il y a des jours, sur un seul rang, on voit une douzaine de vieillards, les mains sur le pommeau de leur canne et la tête appuyée sur les mains, dans l’immobilité la plus complète ; ils dorment tous d’un sommeil d’actionnaire. Si vous avez la patience d’observer tous ces ronfleurs, vous entendez bientôt le bruit d’une canne qui se casse sous le poids de son propriétaire, et l’un de ses voisins s’écrier :” Sapristi! M. Lambert a le sommeil lourd, il vient de casser sa canne.” ‘ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)


Casser sa pipe

Ce dicton populaire a son origine au théâtre.
L’acteur Mercier, fort estimé des titis du boulevard du Temple, jouait le rôle de Jean Bart avec un entrain et une rudesse qui étaient fort appréciés du public de la Gaîté. Jean Bart, comme on le sait, fumait la pipe, et, pour être fidèle à la vérité historique, Mercier fumait la pipe en jouant le rôle. La pièce eut une longue suite de représentations, ce qui permit à Mercier de culotter une magnifique pipe qui était devenue une curiosité. Aussi tous les titis étaient-ils en admiration devant la pipe de Jean Bart-Mercier. De son côté, l’acteur, orgueilleux de son ouvrage, ne s’en séparait jamais, même en dormant, si l’on croit les on-dit.
Mais, voilà qu’un jour la pipe tomba des lèvres de Mercier. “ quel dommage !” s’écriat-on, et on courut vers lui. L’acteur venait de s’affaisser sur lui-même, il était mort.
Le lendemain, en s’abordant, les titis se disaient, tristement :
“ Tu sais bien, Mercier, Eh bien ? Il a cassé sa pipe hier pour de bon”.’
(Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

Mercier, acteur au Théâtre des Bouffes Parisiens : [dessin]. 1827. Source gallica.bnf.fr / BnF


Chambré

Ce mot est quelquefois employé pour indiquer qu’une salle est bien garnie.  ‘Il y a ce soir une belle chambrée’ dira-t-on, ce qui signifie que la recette sera bonne. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Albert Guillaume (1873-1942) Au théâtre


Chanter le couplet au public

‘Chanter le couplet au public’ C’était autrefois d’usage de chanter le couplet au public avant de jouer la pièce. À-peu-près à l'époque des mystères on réclamait l’indulgence par cette formule :
Messieurs, silence,
Nous allons commencer,
Dans l’assurance
De bien vous contenter :
Les acteurs sont tout prêts,
Ainsi rien ne leur manque,
Messieurs, silence,
Nous allons commencer ! Du temps de Barré , Radet et Desfontaines , (XVIIe / XIXe siècle) quand le vaudeville sortit de nourrice , des couplets un peu moins prosaïques vinrent plaider d’avance la cause de l’ouvrage soumis au parterre; on vit Arlequin dire à ses juges:
Je voudrais vivre , c’est là ma faiblesse ,
Mais pour me tuer , si vous êtes d’accord,
Laissez-moi le choix de ma mort,
Permettez-moi de mourir ( ter) de vieillesse.
Depuis longtemps les auteurs dramatiques ont renoncé à la préface ; ils l’ont léguée aux
romanciers ; notre siècle sait comment les héritiers usent du legs. Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Atelier Nadar. Raiter. Gaîté. Petit Poucet. 1885. Source gallica.bnf.fr / BnF


Chanter les chœurs

Dans les petites troupes de province, dont le personnel est peu nombreux, les engagements des artistes portent qu’ils devront paraître et chanter les chœurs dans les pièces où ils ne joueront pas. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Miss Helyett, opérette de Maxime Boucheron et Edmond Audran. 1890. Source gallica.bnf.fr / BnF


Chartron

Position des acteurs vers la fin d’une pièce. Faire ou former le chartron : ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final. (Dictionnaire de la langue verte. Alfred Delvau. 1883)


Chasser l'hirondelle

Une hirondelle, au théâtre, c'est une personne qui rêve de se glisser dans les salles où elle n'est pas invitée. Les attachés de presse connaissent bien ces oiseaux passionnés et les comprennent…

Paul Gustav Fischer (1860-1934) Une soirée au Théâtre Royal, Copenhague.


Chauffer la scène

Lorsque, dans un ouvrage dramatique, une scène importante et qu’on ne saurait supprimer paraît cependant un peu froide, un peu languissante, on recommande aux acteurs qui en sont les personnages de l’animer par leur jeu, par leur mouvement, d’en serrer le dialogue et d’en presser l’action, de façon à un corriger autant que possible les défauts et à les faire disparaître aux yeux du public. C’est ce qu’on appelle ‘chauffer la scène’. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Atelier Nadar. Groupe Laporte et Alberthal. Bouffes-Parisiens. Shakspeare. 1899. Source gallica.bnf.fr / BnF


Chercher l’effet

L'expression se comprend de soi. On dit d’un comédien qu’il cherche l’effet lorsqu’il ne se contente pas de ceux qui doivent naître naturellement des situations ou du dialogue de son rôle, et qu’il s’efforce, par tous les moyens possibles et même impossibles, de provoquer dans le public des impressions factices et de faire de l’effet aux dépens du bon sens et du bon goût. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Atelier Nadar. M. Marcoux. Opéra Don Quichotte . 1911. Source gallica.bnf.fr / BnF


Chercher la petite bête

‘Un artiste qui, se défiant de l’intelligence du public, souligne chaque mot de la prose ou des vers qu’il récite, cherche la petite bête, ou, pour me servir d’une formule nouvelle, creuse son rôle. C’est au père Brunet qu’on doit cette périphrase. Cet excellent bonhomme avait la manie de réciter chaque jour tous ses rôles et de chercher le moyen d’y glisser quelque nouveau lazzi. On le voyait toujours marmottant, et il arrivait souvent qu’il répondait à un ami qui lui disait bonjour, une phrase de son rôle destinée à son interlocuteur. A quoi songes-tu, ? lui disait-on. Je cherche la petite bête, répondait-il.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

Atelier Nadar. Photographe. M. Dacheux. (Folies-Dramatiques). 1893. Source gallica.bnf.fr


Coin du Roi, Coin de la Reine (la guerre des coins)

Lorsqu’en 1752 une troupe de chanteurs bouffes italiens vint faire connaître à l’Opéra quelques-uns des jolis chefs-d’œuvre de l’école musicale italienne, l’apparition et l’exécution de ces ouvrages donnèrent lieu à des disputes passionnées, et le public se partagea en deux camps, dont l’un tenait pour la, musique française, l’autre pour la musique italienne.  Les amateurs de la première se tenaient du côté de la salle où se trouvait la loge du roi, d’où le nom de coin du roi, tandis que leurs adversaires se cantonnaient au côté opposé, au-dessous de la loge de la reine, d’où celui de coin de la reine, et la polémique ardente soutenue à ce sujet dans les journaux et dans nombre de pamphlets prit le nom de guerre des coins.  Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Représentation au théâtre du Palais Royal, gravure, XVIIe siècle.


Coin infernal

‘La province a seule le privilège du coin infernal ; c’est ordinairement l’avant-scène de gauche ou le corridor de la première galerie, que choisissent les abonnés pour venir siffler, applaudir, jeter les couronnes, les gros sous, les billets aux directeurs, les allocutions aux régisseurs. Aux jours de début, le coin infernal est encombré. Le bataillon des juges abonnés est compact, impénétrable, silencieux. Si le coin hoche la tête, le débutant à la chair de poule. Le débutant pâlit et chancelle si le coin fait la grimace en avançant la lèvre inférieure. Si le coin approuve, le débutant se rengorge, s’il siffle, le débutant tombe. Infernal coin ! On a établi ce coin pour faire pendant au coin son vis-à-vis, où se tient l’éloquence isolée de la loi, l’éloquence officielle qui prend des arrêts dans son écharpe et les jette sur la tête des rebelles. Le coin de la loi avait trop beau jeu pour l’exercer à la parole ; personne ne lui disputait le terrain ; ses arguments étaient sans réplique, le coin de la loi avait toujours raison. Comme il est dans la nature du public de faire de l’opposition à la loi (en nature de théâtre bien entendu), chaque théâtre de province eut son club dans le coin opposé au coin de la loi.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

Doré, Gustave (1832-1883). Dessinateur du modèle. Le théâtre était assiégé par une foule idolâtre : 1857. Source gallica.bnf.fr / BnF


Côté cour, côté jardin

Au point de vue de l’emplacement et de la pose des décorations, l’emploi des mots :  à droite, à gauche, donnerait lieu au théâtre à des équivoques et à des méprises incessantes, la droite et la gauche pouvant être prises indifféremment selon la situation de l’acteur ou celle du spectateur, qui sont opposées l’une à l’autre.  Pour obvier à cet inconvénient et éviter toute erreur, on avait pris l’habitude, jadis, de désigner les deux côtés de la scène par la place qu’occupaient, sur chaque flanc du théâtre, les deux loges du Roi (place impair), et de la Reine (place pair), situées l’une vis-à- vis de l’autre.  La loge du roi était à la droite de l’acteur, celle de la reine à gauche, et lorsqu’on devait placer un décor à droite, les machinistes disaient ‘Poussez au roi’, si c’était à gauche, ‘Portez à la reine’.  De cette façon, toute confusion était évitée. Mais la Révolution arriva, et bientôt il fut interdit de se servir de ces mots séditieux :  côté du roi, côté de la reine, usités jusqu’alors pour ce service.  Comment faire, on eut l’idée de se régler sur la position qu’occupait, aux Tuileries, le théâtre qui avait servi successivement à l’Opéra, à la Comédie- Française et au Théâtre de Monsieur (Théâtre des Tuileries (salle des Machines)).  Ce théâtre était situé entre le jardin et la cour du palais, et la droite de l’acteur se trouvant dans le sens du jardin, la gauche dans le sens de la cour, on adopta les nouvelles dénominations :  côté jardin, côté cour, pour indiquer la droite et la gauche, toujours prises de l’acteur.  Tous les théâtres de Paris, et bientôt tous ceux de France, se conformèrent à cet usage, et les indications côté jardin, côté cour, se sont perpétuées jusqu’à ce jour. La salle du Théâtre des Tuileries (Salle des Machines) disparut sous la commune, incendiée. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

“Theatre Scene" by Franz Xaver Simm (1853-1918).


Elévation de l'un des côtés de l'Amphithéâtre de la Salle des Machines du Château des Tuilerie à Paris.. Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Cracher sur les quinquets

Comédien qui exagère ses effets. On disait aussi attraper le lustre, ou chanter au bord de la rampe. ‘Un acteur crache sur les quinquets, quand il fait de vains efforts pour produire de l’effet et ne réussit qu’à montrer sa faiblesse ou sa nullité.’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878)

Atelier Nadar. M. Numès. Vaudeville. Le lys rouge. 1899. Source gallica.bnf.fr / BnF


Déblayer

Certains comédiens, habitués à chercher un effet plus facile que raisonné, ont coutume de sacrifier sans pitié la plus grande partie d’une tirade, sans se préoccuper aucunement d’en faire ressortir les parties saillantes pour concentrer tout leur effort sur la conclusion et arracher ainsi les applaudissements du public. 

Après avoir dit rapidement et avec négligence les huit ou neuf dixièmes du morceau ils en mettent la fin en plein relief et, accentuant les dernières phrases avec vigueur, ils obtiennent le résultat qu’ils désirent. C’est ce qu’on appelle, en argot de théâtre, déblayer une tirade. Ce procédé facile et fâcheux était souvent de mise autrefois sur nos scènes des boulevards, dans les gros mélodrames, et nous avons le regret de constater que des artistes fort estimables l’emploient parfois même à la Comédie Française. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Daubray, Scipion. Bouffes. "Les 3 Margots Atelier Nadar. 1877. Source gallica.bnf.fr / BnF


Empoigner le public

D’un artiste qui, dans une scène touchante, pathétique, dans une situation dramatique, trouve la note émue et juste, l’accent qui touche le cœur et en secouant les nerfs du spectateur pénètre jusqu’à ses entrailles au point de l’oppresser et de lui faire verser des larmes, on dit qu’il a empoigné le public, lequel, on le comprend, ne lui marchande alors ni ses applaudissements ni ses bravos. Mais le mot a sa contrepartie. Quand l’acteur chargé d’une scène importante ne se montre pas à la hauteur de la situation, quand il est froid, guindé, sans passion, qu’il reste manifestement au-dessous de la tâche qu’il est chargé de remplir et qu’il ne prouve que son insuffisance, alors il arrive que le public donne des marques non équivoques d'impatience et de mécontentement, qui se traduisent par des exclamations et des murmures significatifs.  Ceci s’appelle être empoigné, Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie


Encore un tire-bouchon

Cette expression, qui appartient au théâtre des Variétés, date du temps du père Lefèvre et de Vernet. Elle exprime la durée prolongée d’un entracte. Dans une des pièces populaires de 1825, le célèbre comédien Vernet jouait le rôle d’un garçon serrurier : costume, figure et langage, tout était copié d’après nature. Il passait une heure à composer son visage, et souvent il arrivait qu’au lever du rideau, le coiffeur était encore occupé à friser ses cheveux en petits tire-bouchons qui couvraient ses tempes et son front. - Sommes-nous prêts, Vernet ? criait Auguste. - Encore un tire-bouchon ! répondait l’artiste. - En voilà pour cinq minutes ! le public va s’impatienter. Depuis cette époque, toute les fois qu’un entracte dépasse les limites ordinaires, de cinq minutes, le régisseur ne manque pas de s’écrier : Encore un tire-bouchon ! (Les secrets des coulisses des théâtres de Paris. Joachim Duflot. 1865)

Albert Guillaume (1873-1942) Au théâtre


Enfant de la balle

Expression d'argot théâtral. On donne le nom d’enfant de la balle à tout acteur né de parents comédiens eux-mêmes, qui a été bercé au théâtre, élevé dans les coulisses, et pour qui, dès son jeune âge la profession n’avait plus de secrets. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Portrait de Hurbain, acteur. J. F Guimaraes & Cie, Photographe Entre 1860 et 1890. Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Enlever

Terme de cabale ; c’est assurer le succès d’une pièce ; c’est obtenir l’ovation pour l’acteur ou pour l’auteur ; on enlève un opéra, une tragédie, une comédie, un ballet, un vaudeville, un mélodrame : il faut deux pouvoirs réunis pour bien enlever un ouvrage. D’abord l’acteur enlève la pièce, le chef de cabale enlève l’acteur, puis vient le public qui enlève l’auteur.   Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Une cantatrice italienne : Il enfonça son poignard dans le cœur du malheureux acteur qui tomba mort sans pousser un seul cri Julien de Delaunois. 1832-1834. Source gallica.bnf.fr / BnF


Esbrouffe

‘Cette locution familière vient du verbe ébouriffer qui semble être une onomatopée. Figurez-vous l’oiseau dont le plumage se dresse et se déploie, et qui s’ébouriffe enfin. L’esbrouffeur, ou celui qui fait des esbrouffes, est ce qu’on appelle en termes vulgaires un faiseur d’embarras qui veut vous jeter de la poudre aux yeux. Au théâtre, on nomme esbrouffeurs les comédiens qui ne doutent de rien.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

Atelier Nadar. Photographe.1875-1895. Source gallica.bnf.fr


Être casquette

‘Une des variétés de l’ivresse, l’ivresse gaie. C’est le théâtre qui a mis à la mode cette bizarre expression, qui est devenue populaire. Tiercelin, un acteur célèbre du théâtre des Variétés, excellait surtout dans les rôles d’ouvriers. Il se composait un masque d’une laideur repoussante et s’affublait de costumes qu’il achetait aux ouvriers eux-mêmes. Tous les jours, sorti de chez lui dès le matin, il allait étudiait aux barrières, dans les marchés ou les ports, les types qu’il voulait représenter. Il composa un certain jour un monologue qu’il intercala dans le rôle d’un savetier ivre. Ce rétrécit était rempli d’incohérences, mais aussi plein d’idées fantasques. Il y avait un moment où, dans le paroxysme de son ivresse, Il discourait de la métempsycose, et, parlant à sa casquette, placée en face de lui, il se croyait devenu casquette et se faisait de la morale à lui-même, il divaguait pendant quelques minutes et faisait crouler la salle sous les applaudissements. Depuis ce jour, les auteurs lui confiaient volontiers des rôles d’ivrognes, et lui recommandai surtout d’être casquette.’ (Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)

M. Tiercelin, acteur du Théâtre des Variétés. 1800- 1820. Acteur au théâtre de la Cité : 1792-1807 ; et au théâtre des Variétés 1807-1825. Source gallica.bnf.fr / BnF


Être en scène

L’une des qualités les plus précieuses d’un comédien digne de ce nom. Un acteur est en scène lorsque, absolument pénétré de l’importance de la tâche qu’il est appelé à remplir, tout entier à son art, insensible à toute distraction extérieure, il parle, marche, agit, écoute, absolument comme s’il était en réalité le personnage qu’il représente. Pour lui il n’y a plus de théâtre, il n’y a plus de public ; il n’y a qu’une action, à laquelle il prend part, à laquelle il se trouve mêlé d’une façon intime, et dans laquelle tous ses efforts tendent à procurer au spectateur l’illusion la plus complète et à lui donner le sentiment de la réalité. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Portrait de Félix Galipaux, (1860-1931), dramaturge, romancier, comédien, humoriste. Palais-Royal, Vaudeville, Gymnase Otto van Bosch, Photographe Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Être en vedette

Mettre en vedette sur l’affiche le nom d’un acteur, c’est l’imprimer en caractères plus ou moins gigantesques. C’est un appât tendu à la curiosité publique. Dans les départements on outre tellement cet usage, que les noms d’un acteur en tournée tiennent ordinairement les trois quarts de l’affiche. Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Grand Succès/ FRANCIS Anonyme , Dessinateur Imprimerie Lith. F.A. Appel , Imprimeur Entre 1880 et 1900 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Faire fondre la trappe

L’action d’ouvrir et de baisser une trappe se dit : faire fondre. On place ordinairement sous la trappe anglaise, dans le premier dessous, un matelas destiné à recevoir le corps de la victime qu’on précipite. Quand c’est une déesse qui s’en retourne au séjour infernal, elle descend debout et lentement.


Faire la salle

1 / Choisir les personnes qui assisteront à la répétition générale. Dans le passé c'était le régisseur qui organisait la générale, en choisissant et en plaçant les invités dans la salle, ce rôle est maintenant plus sous la responsabilité du directeur du théâtre ou d'une attachée de presse. Une première est une grande bataille qui doit être décisive ; aussi, acteurs et directeurs veulent la gagner, et sachant, par expérience, que le public est de la race des moutons de Panurge, trouvent plus prudent de faire la salle, c’est à dire de choisir leur public ce jour-là. C’est une pluie de billets de faveur ; amis du directeur ; amis du ou des auteurs ; amis des acteurs, actrices, du concierge, des ouvreuses, des contrôleurs, du coiffeur, du costumier, etc., etc., en sont inondés. Les bureaux n’ouvrent que pour la forme. Il va sans dire que la claque occupe les deux tiers de la salle. 

2 / Attribuer des places au public de façon à garnir la salle même avec peu de monde ; remplir une salle de théâtre


Faire payer la goutte

‘Faire payer la goutte est originaire de Toulouse. Les abonnés, qui d’ordinaire font la loi, avaient pris en haine, je ne sais pour quelle raison, la direction qui régnait en 1845. Ne pouvant siffler le directeur, on s’en prenait à ses malheureux artistes, et chaque soir voyait tomber une victime. Les abonnés avaient pris à gages quarante siffleurs auxquels on payait un franc, plus un billet de parterre et la goutte dans les entr’actes. Un soir, il y avait deux débutants qui s’offraient en holocauste à la colère du public : Douvry et son camarade Vial ; le premier, assez philosophe et qui s’attendait à une réception peu courtoise, prenait d’avance la chose gaîment. Il fut outrageusement sifflé dès sa première entrée. C’est à peine s’il put chanter une mesure. Douvry fit un salut poli au public et se retira ; puis, s’adressant à son camarade Vial qui entrait en scène, il lui dit très haut : “ Ces messieurs viennent de me faire payer la goutte, c’est à ton tour.” Vial subit le sort de Douvry ; le public ne fit pas de jaloux ce soir-là ; tout le monde fut régalé de la même manière.’ Les secrets des coulisses. Joachim Duflot. 1865.)


Faire un tabac

Avoir du succès : Dans le langage maritime du XIXe siècle, on appelait "un coup de tabac" une tempête soudaine qui endommageait la coque des bateaux.
Cette expression s'est étendue au bruit provoqué par le tonnerre lors d'un orage, et par extension, au "tonnerre d'applaudissements" qui se faisait entendre lors d'une représentation théâtrale réussie. "Faire un tabac" signifie aujourd'hui encore avoir du succès. (Il faut remarquer que c’est l’artiste qui n’a pas de tabac qui fume le plus.)


Feux

Allocation par représentation accordée à l'artiste en complément de ses appointements, appointements d'un artiste lyrique ou dramatique, d'un cabotin, appointements en sus des appointements, faveur accordée à l'acteur dont le nom excite à la recette Ce que reçoit un acteur en sus de ses appointements fixes. Cet acteur a tant pour ses feux. Les acteurs qui chanteraient à ces représentations auraient sous le nom de feux une gratification particulière (Stendhal, Rossini,1823, p. 221). Si, en quatrième, on m'avait offert un engagement dans une troupe [de brigands] convenable, avec espoir d'avancement et des feux, j'aurais signé des deux mains (Vallès, Réfract.,1865, p. 100).

Haute paie accordée aux compagnies d’élite de l’armée dramatique ; les appointements d’acteur ne semblent aujourd’hui qu’une prime, un pot de vin accordé gratuitement sans que celui qui le reçoit contracte aucune obligation envers celui qui donne. Les appointements d’acteur sont les pourboire d’un cocher, et les feux, c’est à-dire les taxes surnaturelles, représentent le prix de la course dans la carrière théâtrale.
Racontez donc aujourd’hui que la fameuse Dyonisia ne recevait à Rome que quelques pièces
d’or ; dites donc que Roscius se contentait de quelques pièces d’argent pour nourrir son estomac d’homme ; rappelez donc à tous les comiques présents et à venir que Tiercelin gagnait à peine aux variétés de quoi renouveler ses guêtres de chasse. On rira de pitié au souvenir de Dyonisia, de Roscius et de Tiercelin. On a calculé que les administrations théâtrales payaient annuellement de 12 à 1,300,000 francs de feux ; en d’autres termes : les directeurs font un don gratuit de la somme totale des bénéfices qu’ils récoltent. Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Forcer l’effet

On dit d’un acteur qu’il force l’effet lorsqu’il manque aux lois du goût et de la sobriété pour exciter, par tous les moyens possibles, les applaudissements des spectateurs. Dans le drame les éclats de voix et les grands coups de talon, dans le comique les charges grotesques et les grosses pasquinades, dans le chant les coups de gosier excessifs et les fioritures de mauvais goût, parviennent souvent à forcer l’effet. Cela n’augmente en aucune façon, bien au contraire, le talent de l’acteur qui se livre à de tels écarts. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Le régisseur. ‘Voyons, mademoiselle, faites sonner les RRR…vibrrrez,…vibrrrez,… les bonnes traditions se perdent … de mon temps, au conservatoire, on était parvenu à nous faire vibrer, même en prononçant le mot navet !...’ Daumier, Honoré, Dessinateur-lithographe. Destouches, Pierre Louis Hippolyte, Imprimeur-lithographe. Martinet (imprimeur-libraire), Éditeur. En 1856. Musée Carnavalet.


Jeter des pommes cuites

Les mœurs du théâtre, en ce qui concerne les relations du public avec les acteurs, ont singulièrement changé depuis deux ou trois siècles et se sont heureusement modifiées. Il fut un temps où les spectateurs, très exigeants et peu endurants, ne laissaient passer à un comédien aucune négligence, aucune faiblesse même passagère ou involontaire. Les sifflets, les apostrophes blessantes ne tardaient pas à fondre sur le malheureux, et il arrivait qu’on lui lançait même sur le théâtre, pour lui marquer le mépris qu’on faisait de lui, des projectiles d’un genre particulier, tels que pommes cuites ou œufs pourris. De là cette locution, encore employée aujourd’hui lorsqu’on veut parler d’un comédien dont le talent est au moins médiocre : « Il est mauvais à lui jeter des pommes cuites ! ».


Les ouvriers de Paris ‘Ne jette donc pas comme çà des pommes au père noble ! tu l’embêtes ! ! Tiens, moi ! quand j'vas au spectacle ! faut que j’m’amuse ! Pruche, Clément, Dessinateur-lithographe. Aubert (Imprimeur, lithographe, éditeur), Imprimeur-lithographe. Bauger, Éditeur. Entre 1840 et 1842. Musée Carnavalet.


Jouer à l'Anglaise

Une actrice a souvent recours à ce moyen lorsqu'elle possède une jolie chute de reins.
Elle ne présente donc au public que le côté séducteur et lui dérobe presque continuellement sa figure. Les vieux libertins aiment beaucoup les actrices qui se présentent ainsi, et jouent chaque soir leurs rôles, les yeux fixés sur la toile du fond.

Atelier Nadar. Photographe. Mlle Léa Piron. Opéra. Thaïs. 1898. Source gallica.bnf.fr / BnF


Jouer devant les banquettes

Expression usitée au théâtre pour indiquer que les spectateurs sont rares dans la salle, et que l’on joue devant des banquettes qui en sont privées. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.


Jouer la comédie

Être acteur. On se sert de cette expression :  ‘Il joue la comédie,’ pour indiquer que tel ou tel a embrassé la profession de comédien. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Atelier Nadar. M. Vaurs. [Opéra-Comique]. 1890- 1920. Source gallica.bnf.fr / BnF


Marcher sur sa longe

Se disait au sujet d'un vieux comédien qui tardait à prendre sa retraite. ‘Le fameux Baron éprouva ce déboire. Il lui prit fantaisie de remonter sur la scène à l’âge de quatre-vingts ans, et de jouer Rodrique du Cid. Tout alla bien jusqu’à ces deux vers : “ Je suis jeune, il est vrai : mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années.” Le parterre se mit à rire. Baron recommença ; le parterre ri de nouveau. Alors Baron, s’adressant au public, lui dit : ”Messieurs, je vais recommencer pour la troisième fois ; mais je vous avertis que, si l’on rit encore, je quitte le théâtre et n’y remonterai de ma vie” On fit silence et il continua son rôle, mais il ne put se relever seul lorsqu’il se mit aux pieds de Chimène. N’y a-t-il pas encore aujourd’hui quelques comédiens qui marchent sur leur longe ?’ (La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878) 

Expression d’argot théâtral qui s’applique à un vieux comédien, usé par l’âge, et qui, ne sentant pas ou ne voulant pas reconnaître qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même, persiste à traîner sur la scène les restes d’un talent évanoui et dont il ne reste plus que le souvenir.  Tous les jours on voit des comédiens marchés sur leur longe ; mais le public, qui a le souvenir des jouissances passées, respecte leur faiblesse et se garderait de manquer envers eux d’égards ou de convenance. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Portrait de Lebel, (acteur). Numa Fils , Photographe. Entre 1860 et 1890. Musée Carnavalet, Histoire de Paris


'Il faut marier Justine'

Novembre 1824. ‘Il faut marier Justine’ vient de se donner en expression au monde du théâtre, et à la bonne langue en même temps, comme l’impérieuse nécessité de conclure un propos ou un acte sous peine filer un très mauvais coton. L’histoire est belle et authentique Au théâtre des Variétés ce soir, représentée pour la première fois en ce 29 novembre 1824, Thibaut et Justine, comédie-anecdotique en un acte, mêlée de couplets. Selon les critiques une pièce enjouée, plaisante, la scène représente l’entrée d’un village. À droite l’auberge de Thibaut, gilet-veste rayé rouge en laine, pantalon gris. Justine, elle, porte un bonnet rond, petit mouchoir d’indienne sur le cou. On n’en est qu’aux prémices et vous voici déjà lassés. Un peu comme les spectateurs de la première ! De ceux qui, irrités par les longueurs de la pièce s’impatientent et aimeraient assister au dénouement, savoir si enfin Justine va épouser Thibaut ! Ils piaffent, ils s’agitent et vont se mettre à huer, peut-être même à lancer des tomates. Alors le régisseur, voyant venir la fronde, crie aux comédiens qui sont bien loin de la vingtième et ultime scène : ‘il faut marier Justine’ ! Et la pièce raccourcie dans l’instant est sauvée. Ainsi consacrée soudainement, ‘il faut marier Justine’ distribuera son empressement dans de nombreux compartiments en dehors de la scène : on dira évidemment ‘qu’il faut marier Justine’ en écoutant un discours de remerciements pour une obscure récompense, on le pensera très fort lors d’un hommage posthume qui posera le défunt plus grand qu’il n’a jamais été, on l’annoncera comme une excuse étrange à telle bavarde qui insiste pour nous conter par le menu les diarrhées de son petit dernier et ses exploits pour balbutier maman.


Mettre l'habit de Fragneau

La vanité est une infirmité morale bien curieuse à étudier chez le peuple comédien. L’acteur tombé trouve toujours ses consolations dans la foi robuste qu’il a en son mérite.
Un artiste nommé Fragneau débuta dans l’emploi de Martin ; il n’obtint pas de succès, et ne tenta pas une nouvelle épreuve. Plus intrépide, un certain M. Milhès, après un premier essai malheureux, se ravisa dans le rôle de Frontin du Nouveau Seigneur ; il emprunta l’habit de son malencontreux camarade. Après son ariette : A cet air noble et plein de grâce, le débutant est accueilli par des sifflets. Rentré dans la coulisse, il s’étonna de cette sévérité. Le directeur le console et l’engage à continuer son rôle. La pièce se termine au milieu de la désapprobation générale. Milhès va se déshabiller ; une heure après, il s’approche du directeur : « Je sais maintenant, lui dit-il, pourquoi ils m’ont si outrageusement traité : ils ont reconnu l’habit de Fragneau.
Le mot est devenu proverbe, et maintenant quand on doute du succès d’un acteur, on dit :
pourvu qu’il ne mette pas l’habit de Fragneau. Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Dorien Leigh (18..-19.. ; photographe). Les astuces féminines. Chanteur non identifié.1920. Source gallica.bnf.fr / BnF


Paraitre

Dans les petites villes de province, où les ressources sont minces et ne permettent pas aux directeurs de théâtre des dépenses superflues, ceux-ci n’ont pas le moyen d’engager de choristes ou de figurants. Il faut cependant bien, ne fût-ce que dans les drames ou dans de simples vaudevilles, que les bouts de chœur qui se présentent puissent être chantés, et, lorsqu’il n’y a même rien à chanter, que ‘les flots mouvants du peuple’ soient au moins représentés par quelques personnes. Dans ce cas, les artistes qui ne jouent pas dans la pièce sont tenus de paraître, c’est le terme technique, et de chanter s’il y a lieu. Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Atelier Nadar. Garbagnatti. Opéra-Comique. Egmont. 1886. Source gallica.bnf.fr / BnF


Petits Rats

On appelle ainsi à l’Opéra les petites filles qui se destinent à être danseuses, et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses et autres situations où leur petitesse peut s’expliquer par la perspective. L’âge du rat varie de huit à quatorze ou quinze ans ; un rat de seize ans est un très-vieux rat, un rat huppé, un rat blanc ; c’est la plus haute vieillesse où il puisse arriver ; à cet âge, ses études sont à peu près terminées, il débute et danse un pas seul, son nom a été sur l’affiche en toutes lettres ; il passe tigre, et devient premier, second, troisième sujet, ou coryphée, selon ses mérites ou ses protections. D’où vient ce nom bizarre, saugrenu, presque injurieux, et qui, en apparence, a si peu de rapport avec l’objet qu’il désigne ? Les étymologistes sont fort embarrassés : les uns le font descendre du sanscrit, d’autres du cophte, ceux-là du syriaque, ceux-là du mandchou ou du haut allemand, selon les langues qu’ils ne savent pas. Nous pensons que le rat a été appelé ainsi, d’abord à cause de sa petitesse, ensuite à cause de ses instincts rongeurs et destructifs. Approchez du rat, vous le verrez brocher des babines, et faire aller son petit museau comme un écureuil qui déguste une amande ; vous ne passerez pas à côté de lui sans entendre d’imperceptibles craquements de pralines croquées, de noisettes, ou même de croûtes de pain broyé par de petites dents aiguës, qui font comme un bruit de souris dans un mur. Comme son homonyme, il aime à pratiquer des trous dans les toiles, à élargir les déchirures des décorations, sous prétexte de regarder la scène ou la salle, mais au fond pour le plaisir de faire du dégât ; il va, vient, trottine, descend les escaliers, grimpe sur les praticables, et principalement sur les impraticables, parcourt et débrouille l’écheveau inextricable des corridors, du troisième dessous jusqu’aux frises, où l’appellent fréquemment les paradis et les gloires ; lui seul peut se reconnaître dans les détours ténébreux et souterrains de cette immense ruche dont chaque alvéole est une loge, et dont le public soupçonne à peine la complication.


Rats d’Opéra Paris 1854


Prendre du souffleur

Certains comédiens, soit par paresse, soit par l’effet d’une mémoire rebelle, savent rarement leurs rôles, même ceux qu’ils jouent journellement, et sont obligés d’avoir toujours recours à l’aide du souffleur, qui est forcé de les suivre sans cesse avec attention et de leur envoyer le commencement de chaque phrase, sans quoi ils resteraient en plan à chaque instant.  C’est là ce qu’en langage de théâtre, on appelle ‘prendre du souffleur.’ Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie


Tenir l'affiche

Durer (spectacle, pièce). 

Dans le domaine du spectacle, l'expression "tenir l'affiche" s'utilise pour signifier qu'un spectacle se joue actuellement à telle salle de spectacle, est à l'affiche de tel théâtre. Le terme "affiche" fait référence au panneau publiant les principales caractéristiques du spectacle. Notons le sens extensif du verbe "tenir" signifiant ici "se maintenir à".

L'afficheur. Grandville, Dessinateur. Forest, Eugène, Dessinateur-lithographe. Imprimerie Becquet, Imprimeur. Aubert (Imprimeur, lithographe, éditeur), Éditeur. En 1833. Maison de Balzac.


Toile

Il est d’usage de ne plus redonner une pièce quand, à la première représentation, la toile
s’est baissée avant le dénouement.
Quand, à la première représentation , les acteurs ont pu parvenir jusqu’à la fin malgré les
sifflets, l’auteur a le droit d’exiger de l’administration , qu’elle joue au moins trois fois son ouvrage.
La toile ! la toile ! est le cri d’impatience du public qui s’ennuie de l’entr’acte, ou c’est l’arrêt de mort, lancé contre la pièce qui se débat sous sa faiblesse ou qui est battue en brèche par l’opposition.
La toile ! s’est-on écrié à la représentation du Coiffeur et le Perruquier, et cette joyeuse parade a diverti longtemps Paris et les départements. Depuis le Misanthrope, Phèdre et Turcaret, que de leçons les aristarques du parterre n’ont-ils pas reçues.
La toile ! la toile ! s’écriait-t-On à la première représentation de l’Ours et le Pacha, et de
puis, plus de cinq cents représentations ont protesté contre la sottise du premier jury. Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

La toile ! À bas la toile ! Appel des spectateurs pour le commencement du spectacle, appel au théâtre pour que le spectacle commence ; appel à cesser une représentation

Odry dans L'ours et le pacha. dessin. 1820. Source gallica.bnf.fr / BnF


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