Trucs au théâtre (Magie)


13 Feb
13Feb

Trucs

Il est assez malaisé de définir, même au point de vue général, ce que c’est qu’un truc. En fait, le truc est une chose insaisissable, et le mot qui représente cette chose semble seulement donner l’idée d’un procédé mécanique par lequel on opère, au théâtre, l’apparition, la disparition, la modification ou la transformation d’un individu ou d’un objet quelconque, sans que le spectateur, surpris par la rapidité de l’opération, puisse se rendre compte des moyens employés pour l’obtenir. Très variés et presque infini dans ses applications, le truc est simple ou compliqué, bon enfant ou rusé, presque toujours mystérieux et inexplicable pour l’œil le plus curieux et le plus attentif. Il s’applique d’ailleurs, comme je l’ai dit’ soit à des objets matériels, soit à êtres animés, soit à des décors ou fragments de décors. Dans les Pilules du Diable, il en faut toujours revenir à ce modèle des féeries, on trouvait toute une étonnante série de trucs, tous plus curieux les uns que les autres. Truc la transformation de Babylas en dindon; truc l’allongement du nez de Magloire, qui s’étirait d’un pied; truc la descente du balcon d’Isabelle, qui la rapprochait de son amant; truc la multiplication indéfinie des lanternes; truc la fourche qui, perçant le ventre de Magloire, lui ressortait par le dos; truc les chaises qui disparaissaient au moment où l’on voulait s’asseoir, pour reparaître d’un autre côté; truc les deux boutiques de l’apothicaire et du marchand de vin, qui prenaient la place l’une de l’autre; truc la maison qui se retournait, et qui paraissait reposer sur son toit; truc l’enflure phénoménale de Seringuinos et, un peu plus tard, le ‘raccommodage’ du personnage dont on rapportait les membres épars et qui, à mesure qu’on rassemblait ceux-ci, s’animait, reprenait vie et se mettait à marcher devant le public. Tout cela, et bien d’autres choses encore, c’est le suc, c’est le fond même de toute féerie, qui, comme l’indique cette qualification, repose sur un élément fantastique et merveilleux qu’il faut faire en sorte de rendre réel aux yeux du public. Il fut un temps où il existait à Paris ce qu’on pourrait appeler des fabricants de trucs, c’est-à-dire des gens qui passaient leur temps à inventer, à imaginer des trucs nouveaux, ingénieux et inconnus, à en construire les maquettes, et qui s’en allaient ensuite chez un producteur, j’allais dire chez un auteur de renom, pour lui soumettre et faire fonctionner devant lui leurs petits chefs-d’œuvre. L’écrivain (?) faisait son choix dans tout cela, achetait la propriété de quelques-unes de ces inventions vraiment curieuses, et fabriquait lui-même ensuite une féerie dans laquelle il faisait entrer ces trucs, qu’on n’avait plus qu’à construire en grand d’après les maquettes. ...

13Feb
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