01 Jan
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Aux origines de la Commedia dell’arte (Si l’on traduit Commedia dell’arte par « comédie de l’art », il faut entendre ici l’art du métier : celui des comédiens professionnels, dont le jeu, les rôles et les masques se transmettent par la pratique plus que par l’écrit.)

La Commedia dell’arte naît en Italie au milieu du XVIᵉ siècle, dans un contexte de profonds bouleversements sociaux, politiques et culturels. Contrairement au théâtre savant, fondé sur des textes écrits et destinés aux cours princières, elle s’invente sur les routes, sur les places publiques et dans les foires, portée par des troupes professionnelles itinérantes.

Son originalité tient à un principe simple : les comédiens ne jouent pas un texte figé, mais des canovacci, de courts scénarios laissant une large place à l’improvisation. Les intrigues reposent sur des personnages types, reconnaissables à leurs costumes, leurs masques et leurs caractères, que les acteurs incarnent et perfectionnent tout au long de leur carrière.

La Commedia dell’arte est avant tout un théâtre d’acteurs. Chaque rôle devient une spécialité transmise, enrichie par l’expérience du jeu, l’acrobatie, la danse, la musique et le rapport direct au public. Les masques, Pantalone, Arlecchino, Il Dottore, Il Capitano, permettent une lecture immédiate des situations et des rapports de pouvoir, tout en autorisant une grande liberté satirique.

La commedia dell’Arte sur la place San Marco (1720-1723) Face à ce jeu d’ombres, de lumières et de couleurs on est comme transporté. La réalité artistique de l’époque prend parfaitement place sur la Piazza San Marco, lieu emblématique et caractéristique de Venise

Dès la fin du XVIᵉ siècle, ce théâtre populaire connaît un succès considérable en Europe. Les troupes italiennes se produisent en France, en Espagne, en Allemagne, influençant durablement les scènes nationales. En France, la Commedia dell’arte marque profondément le théâtre de foire, la pantomime, puis l’œuvre de Molière, avant de nourrir la tradition du théâtre populaire jusqu’au XIXᵉ siècle.

Plus qu’un genre figé, la Commedia dell’arte est un langage théâtral vivant, fondé sur la transmission, l’adaptation et la rencontre avec le public. Elle constitue l’un des socles essentiels de l’histoire du théâtre occidental.


Personnages Italiens 

Les personnages: 

Les personnages de la commedia dell’arte sont présentés ici selon un ordre fondé sur leur importance historique et dramaturgique. Cet ordre reflète la place qu’ils occupent dans les intrigues, leur ancienneté et leur rôle structurant dans le jeu théâtral, plutôt qu’une hiérarchie morale ou narrative stricte. Il permet de mieux comprendre l’architecture des comédies et les relations qui lient ces figures emblématiques entre elles.

Pantalone / Pantalon (Pantalone dei Bisognosi, Magnifico) Vieux marchand vénitien, riche et avare, perpétuellement amoureux. Son nom connaît plusieurs variantes selon les régions et les troupes, liées à son origine vénitienne et à son statut social. Il porte un costume rouge, des chausses étroites, un manteau sombre et un masque brun au long nez crochu, accompagné de moustaches et parfois d’une barbe. Autoritaire et ridicule à la fois, il incarne l’argent, la vieillesse et le pouvoir. Les pantalonnades tirent leur nom de ce personnage central.


Il Dottore / Le Docteur
(Balanzone, Baloardo) Vieil érudit pédant originaire de Bologne. Ses variantes de nom soulignent tantôt son embonpoint, tantôt sa sottise prétentieuse. Vêtu d’une longue robe noire et coiffé d’une toque, il porte un demi-masque couvrant le front et le nez. Il parle sans cesse, mêlant latin approximatif, pseudo-science et raisonnements absurdes. Il représente le savoir creux et l’autorité intellectuelle caricaturée.


Arlecchino / Arlequin (Arlecchino moderno, Truffaldino) Valet agile, affamé et naïf en apparence. Ses différentes appellations reflètent son évolution progressive, du serviteur rustique des origines à une figure plus stylisée et théâtrale. Reconnaissable à son costume à losanges multicolores et à son masque noir, il improvise, saute, danse et se tire des situations les plus absurdes par sa vivacité. Issu des Zanni de Bergame, il devient l’un des personnages les plus populaires de la commedia.


Brighella / Brighella (Brighella da Bergamo) Valet rusé, manipulateur et plus sombre qu’Arlequin. Son nom reste relativement stable, soulignant son ancrage régional bergamasque. Souvent intrigant, entremetteur ou aubergiste, il organise les coups avec méthode et intérêt personnel. Son intelligence calculatrice en fait un moteur discret mais essentiel des intrigues.


Il Capitano / Le Capitan (Capitan Spavento, Capitan Spezzaferro, Capitan Matamoros, etc.) Soldat fanfaron et profondément peureux, caricature du militaire étranger. Ses nombreuses variantes de nom permettent d’exagérer ses prétendus exploits et d’adapter le personnage aux contextes nationaux ou politiques. Son discours héroïque contraste toujours avec sa lâcheté réelle, source majeure du comique.


Colombina / Colombine (Corallina, Franceschina) Servante vive, intelligente et observatrice. Ses variantes de nom correspondent souvent à des interprétations spécifiques ou à des traditions locales. Rarement masquée, elle porte une robe colorée, un tablier et une coiffe. Elle comprend tout, manœuvre habilement les situations et se montre souvent plus lucide que les hommes qui l’entourent.


Lelio / Lélio (Flavio, Ottavio selon les troupes) Jeune premier amoureux, élégant et fougueux. Les amoureux changent fréquemment de prénom, car ils représentent un type plus qu’un individu fixe. Il privilégie l’action aux discours et se laisse guider par ses passions. Comme tous les Innamorati, il ne porte pas de masque.


Florindo / Florindo (nom parfois interchangeable avec Lelio) Autre figure d’amoureux, plus réfléchi et plus mélancolique. Les noms des Innamorati sont souvent permutables, soulignant leur fonction dramaturgique plutôt qu’une identité stable. Rival sentimental, il participe aux intrigues amoureuses qui structurent les comédies.


Isabella / Isabelle (Rosaura, Vittoria) Jeune amoureuse cultivée et gracieuse. Ses variantes de prénom reflètent la liberté laissée aux actrices et l’influence des grandes interprètes. Elle ne porte pas de masque et sait chanter, danser et jouer la comédie. Isabella incarne la jeunesse, l’intelligence et l’amour sincère.


Pedrolino / Pédrolino (Pedrolin) Valet rêveur et mélancolique, vêtu de blanc et au visage enfariné. Son nom évolue légèrement selon les pays et les langues. Amoureux de Colombine sans être aimé en retour, il incarne la douceur et la tristesse. Il est l’ancêtre direct du Pierrot français.


Scapino / Scapin Valet vif, ingénieux et maître des ruses. Son nom se francise rapidement, illustrant l’adaptation de la commedia au théâtre français. Toujours en mouvement, il adore les fourberies et sait disparaître lorsque la situation devient dangereuse.


Pulcinella / Polichinelle (Punch, Kasper, Guignol – dérivés européens) Personnage grotesque originaire de Naples. Ses nombreuses variantes témoignent de sa diffusion dans toute l’Europe. Reconnaissable à son masque noir et à ses bosses, il est glouton, bagarreur et imprévisible, oscillant entre bêtise et ruse.


Pierrot (héritier direct de Pédrolino) Personnage spécifiquement français, issu de l’évolution de Pédrolino. Son identité se fixe en France, où il devient une figure autonome. Silencieux, poétique et mélancolique, vêtu de blanc, il incarne l’amour malheureux et la solitude.


Arlequin, Zanni et Pantalon

Arlequin, Zanni et Pantalon : silhouettes fondatrices de la commedia dell’arte

Les trois personnages : Harlequin. Zany Corneto. Il Segnor Pantalon.

Traduction en français moderne, en restant fidèle au ton et à l’esprit du texte :

Harlequin :
Oh, la belle chanson ! Pantalon, chantons bien.
Si vous voulez réjouir votre belle maîtresse,
c’est le moyen le plus sûr pour finir par la conquérir :
il vaut mieux être musicien que muet comme un chien.

Zany Corneto :
Accordons-nous tous les trois, proprement et avec soin,
afin de pouvoir l’endormir au doux son de ma lyre.
Même si, comme vous, je n’ai jamais appris à lire,
je ne manquerai pas de jouer vaillamment.

Il Signor Pantalon :
Courage, mes amis, je chanterai la voix principale
de ce joyeux trio composé pour madame.
La douceur de ma voix lui pénétrera l’âme,
et mes passages ne seront ni tordus ni maladroits.


Polichinelle et grotesques

Polichinelle et grotesques.  1823. Paris Bibliothèque publique de New York Image d'Antoine Jean-Baptiste Thomas. L'estampe, intitulée Polichinelle et grotesques, représente la figure de la commedia dell'arte Polichinelle ou Pulcinella, coiffée d'une casquette à visière et d'un demi-masque noir, les deux bras levés, regardant un couple danser au centre. Deux acrobates masculins se produisent de chaque côté.


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