01 Jan
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Ce chapitre grandira

Ce nouveau chapitre n’en est qu’à ses premiers pas. Pour l’instant, il ne compte qu’un exemple… mais il en appellera bien d’autres.Celles qui ont osé sont nombreuses : dans le théâtre, le cirque, la musique, le music-hall, les foires, les coulisses, la direction, la technique parfois même. 

Certaines ont bravé les interdits, d’autres ont simplement ouvert une porte que l’on croyait fermée.J

e vous demande donc un peu de patience.Et si vous avez des noms, des figures oubliées, des pionnières à me suggérer… je suis preneur. 

Cette mémoire du spectacle se construit aussi avec vous.Ce chapitre grandira, grâce à nos échanges.


Celles qui ont franchi la rampe

Dans l’histoire du spectacle, certaines femmes ne se sont pas contentées d’occuper une place : elles ont dû la conquérir. Longtemps, la scène fut un territoire surveillé. 

Selon les époques, on y autorisait les femmes… ou on les en excluait. On les admirait… ou on les condamnait. 

Pourtant, malgré les interdits, les préjugés, les risques moraux, sociaux ou physiques, elles ont avancé. 

Elles ont osé jouer quand cela était jugé inconvenant.
Elles ont osé chanter, diriger, écrire, produire.
Elles ont osé monter à cheval dans les cirques, grimper aux agrès, manier l’épée, affronter le public, diriger une troupe, signer une œuvre. 

Certaines ont brisé des barrières artistiques.
D’autres ont défié des barrières sociales.
Toutes ont élargi le champ des possibles. 

Ce chapitre rassemble ces pionnières : celles qui ont ouvert une porte, parfois discrètement, parfois avec fracas, mais toujours avec détermination. 

Grâce à elles, d’autres femmes ont pu entrer en scène sans avoir à justifier leur présence. 

Elles n’ont pas seulement fait du spectacle.
Elles ont transformé sa place dans la société.


Élisa Garnerin. Pionnière du parachute

Élisa Garnerin (Paris, 1791–1853) est l’une des premières aérostières françaises et la deuxième femme parachutiste de l’histoire, après Jeanne Labrosse. Sœur de l’aéronaute André-Jacques Garnerin, inventeur du parachute, elle s’impose très tôt comme une figure audacieuse du spectacle aérien. Le 22 octobre 1799, à seulement huit ans, elle effectue son premier saut en parachute depuis une altitude d’environ 1 000 mètres, défiant les médecins de l’époque qui craignaient que la pression de l’air ne nuise à la santé d’une jeune fille. L’exploit suscite fascination et controverse, révélant les préjugés scientifiques et sociaux entourant les femmes et la prise de risque. Au fil des années, Élisa Garnerin multiplie les ascensions et descentes spectaculaires en Europe. Le 3 juin 1809, elle s’élève en ballon depuis le jardin de Tivoli à Paris. Le 27 septembre 1815, lors des célébrations de la victoire des Alliés sur Napoléon, elle se produit devant le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. Le 15 août 1817, elle saute en parachute au-dessus du jardin des Plantes de Rouen, où une plaque commémorative lui rend aujourd’hui hommage, aux côtés de l’aérostière Sophie Blanchard.

Pour la fête du Roy ! par Elisa Garnerin. 1815. Source gallica.bnf.fr / BnF

Sa carrière la conduit également à l’étranger : en 1818 à Madrid, un incident empêche le décollage de son ballon, provoquant la colère du public et son arrestation temporaire au palais du Buen Retiro ; en 1827, elle réalise encore un saut à Turin. Après 39 descentes en parachute, Élisa Garnerin se retire définitivement en 1836. Figure majeure de l’aérostation spectaculaire, elle incarne l’entrée des femmes dans les attractions de vertige et le passage de l’expérimentation scientifique au spectacle aérien, à une époque où s’élever dans les airs relevait encore de l’exploit extraordinaire.


Jean Rosenthal

Jean Rosenthal. Éclairagiste américaine,

1912 : Née aux États-Unis, Jean Rosenthal ne vient pas du plateau comme interprète, mais des coulisses, de cet espace encore invisible où tout se construit. Années 1930–1950 : Elle devient l’une des premières grandes conceptrices lumière du théâtre moderne. Elle travaille notamment avec la chorégraphe Martha Graham et sur de nombreuses productions de Broadway.

À une époque où la lumière est encore considérée comme purement technique, elle en fait un langage artistique à part entière. Elle ne se contente plus d’éclairer : elle compose. Elle développe une approche nouvelle : lumière au service de l’émotion, création d’ambiances, de rythmes, interaction avec le corps des danseurs et des acteurs Elle formalise même une méthode de travail avec ses célèbres “light plots” (plans de feu), aujourd’hui standards dans le spectacle.

Grâce à elle, la lumière devient : un élément dramaturgique, un partenaire du jeu, une signature artistique

Jean Rosenthal en 1936.


Nancy Fish Barnum

1810 : Née aux États-Unis, Nancy Fish épouse Phineas Taylor Barnum, figure emblématique des spectacles de curiosités. Mais derrière le nom de Barnum, il y a aussi une présence féminine souvent oubliée.

Années 1840–1870 : Dans l’ombre du célèbre showman, Nancy Barnum participe à l’organisation et à la gestion du American Museum et des tournées. Elle joue un rôle discret mais réel dans : la gestion quotidienne, l’accueil du public, l’équilibre des productions Contrairement aux figures visibles du spectacle, elle n’est pas sur scène. Pourtant, elle contribue à faire fonctionner un système complexe mêlant :exhibitions, curiosités humaines, animaux, spectacles hybrides

Elle est déjà dans une logique de gestion et d’organisation globale. Plus largement, dans les univers de foire et de “freak show”, de nombreuses femmes occupent des rôles essentiels : gestionnaires de stands, organisatrices de tournées, responsables d’artistes, parfois directrices de petites ménageries Mais leurs noms sont rarement conservés.

Ces lieux, mêlant divertissement et exploitation, sont aussi des espaces où certaines femmes trouvent des responsabilités inédites, dans un monde en marge des institutions officielles. Derrière les grandes figures masculines, il existe toute une constellation de femmes : invisibles, actives, indispensables

Nancy Fish Barnum en 1888


Sophie Taeuber-Arp

1889 : Née à Davos en Suisse, Sophie Taeuber grandit dans un environnement où les arts décoratifs occupent une place importante. Elle se forme au dessin, au textile, à l’architecture intérieure. Rien ne la destine directement au théâtre, mais déjà, elle pense en termes de formes, d’espaces et de rythmes.

Vers 1916–1920 : À Zurich, elle rejoint le mouvement Dada, en pleine effervescence artistique. Elle danse, crée, expérimente. Le corps, l’objet, la scène — tout se mélange. En 1918, elle conçoit pour la pièce Le Roi Cerf un ensemble complet de marionnettes, décors et costumes. Les formes sont géométriques, les volumes affirmés, les couleurs franches. Ce n’est plus un décor au sens traditionnel : c’est un univers.:

À une époque où les femmes sont rarement reconnues dans les métiers techniques ou de conception, elle s’impose comme créatrice globale. Elle ne décore pas la scène, elle la construit. Elle pense chaque élément en relation avec les autres, comme une architecture vivante. Avec elle, le théâtre change de nature. Le plateau devient : un espace abstrait, un jeu de formes et de lignes, une composition en mouvement

Son travail annonce toute la scénographie moderne : théâtre d’avant-garde, marionnette contemporaine, liens entre arts plastiques et scène Elle ouvre une voie essentielle : celle d’un théâtre où l’espace est pensé, dessiné, construit, au même titre que le texte ou le jeu.


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