1811 : Le théâtre parisien sous l’ordre impérial
En 1811, le théâtre parisien n’est plus l’espace foisonnant et instable né de la liberté proclamée en 1791. Sous l’Empire, l’État reprend la main et réorganise profondément le monde du spectacle.
À partir du décret impérial du 8 juin 1806, puis des règlements de 1807 qui en précisent l’application, l’État impérial limite volontairement le nombre de théâtres autorisés à Paris et assigne à chacun une fonction et des genres dominants, dans une logique de contrôle, de lisibilité et d’ordre public.
Cette politique vise à mettre fin à la prolifération des salles, jugée excessive et moralement risquée sous la Révolution.
Les grandes institutions, Académie impériale de musique, Théâtre-Français, Opéra-Comique retrouvent une position centrale et privilégiée, tandis que les théâtres secondaires voient leurs activités strictement encadrées, parfois redéfinies ou reléguées à des formes jugées mineures.
Les genres populaires, pantomimes, spectacles mécaniques, jeux forains ou scènes équestres, subsistent, mais en marge du système officiel.
L’état des lieux de 1811 offre ainsi l’image d’un théâtre discipliné, hiérarchisé et administré, où la liberté d’entreprendre a cédé la place à une organisation centralisée. Il témoigne moins d’un déclin que d’un changement de modèle : celui d’un spectacle désormais pensé comme un instrument culturel et politique au service de l’ordre impérial.

Centralisation impériale Cette carte de l’Empire français en 1811 rappelle le contexte politique dans lequel s’inscrit la réorganisation des théâtres parisiens. La liberté proclamée en 1791 laisse place à une volonté de contrôle et de centralisation, où le spectacle devient un outil culturel intégré à l’ordre impérial.
Théâtres existants en 1811
I. Académie-Impériale de Musique
II. Théâtre-Français.
III. Théâtre de l'Opéra-Comique.
IV. Théâtre de l'Impératrice.
V. Théâtre du Vaudeville.
VI. Théâtre des Variétés.
VII. Théâtre de la Gaîté.
VIII. Théâtre de l'Ambigu-Comique.
Indépendamment de ces huit théâtres, il existait à Paris : le Cirque-Olympique de M. Franconi père, où l'on exécutait des scènes équestres et le Spectacle-Mécanique de M. Pierre.
On a vu successivement, à la salle du Palais-Royal, des troupes de chiens, puis des danseurs de corde : sous le nom de Jeux-Forains, on donnait en novembre 1811 des pantomimes dans lesquelles, suivant l'usage, on déroulait de tems à autre quelques écriteaux. Le théâtre de la porte Saint-Martin était ouvert sous le nom de Salle de Jeux-Gymniques. Enfin il y avait, rue de Grenelle-Saint-Honoré, hôtel des Fermes, un petit théâtre que l'on appelait Théâtre des Fabulistes.

Le théâtre comme scène du pouvoir Cette vue de la loge impériale à l’Opéra illustre la place centrale du pouvoir politique dans la vie théâtrale au XIXᵉ siècle. Le spectacle devient aussi un espace de représentation sociale et d’affirmation de l’autorité, prolongeant sur scène l’ordre établi dans la salle.
Les chiens comédiens du Palais-Royal
Sous l'ordre impérial de 1811, alors que les grands théâtres se consacraient au répertoire noble, la salle du Palais-Royal, autrefois royaume de la Montansier, devait se contenter de spectacles jugés "mineurs" pour ne pas concurrencer les scènes officielles. C'est dans ce contexte de contrôle étroit que le public vit se succéder des attractions insolites, telles que des troupes de chiens savants.
Ces animaux, dressés avec une précision militaire qui n'aurait pas déplu à l'Empereur, exécutaient de véritables pièces de théâtre muettes. Pour contourner l'interdiction de la parole réservée aux grandes scènes, on utilisait des écriteaux que l'on déroulait de temps à autre pour expliquer l'intrigue aux spectateurs, une pratique également en vigueur pour les pantomimes des Jeux-Forains en novembre 1811. Cette période transforma ainsi le théâtre en un espace discipliné et hiérarchisé, où même l'humour des scènes de foire devait se plier à une organisation centralisée au service de l'ordre impérial.

Le Palais-Royal, théâtre de la Révolution
Cette scène du Palais-Royal rappelle combien les lieux de spectacle furent aussi des espaces politiques en 1789–1791. Entre agitation populaire et sociabilité mondaine, le théâtre et ses abords deviennent des foyers de débats, où la parole circule librement, annonçant l’effondrement des privilèges et l’avènement de la liberté des scènes.