30 Jan
30Jan

1822 : Un paysage théâtral élargi et diversifié

En 1822, le théâtre parisien entre dans une nouvelle phase de son histoire. Après les restrictions sévères imposées sous l’Empire, puis la chute du régime napoléonien en 1815, la Restauration assouplit progressivement le cadre réglementaire, sans toutefois revenir à la liberté totale instaurée en 1791. Le nombre de salles autorisées augmente, les genres se diversifient, et le spectacle s’ancre durablement dans la vie quotidienne des Parisiens.

Cette date marque un moment d’équilibre instable entre contrôle administratif et tolérance culturelle. Les grandes institutions demeurent au cœur du système théâtral, mais elles coexistent désormais avec une multitude de scènes secondaires, de théâtres bourgeois, de spectacles forains ou semi-privés, ainsi qu’avec des formes nouvelles mêlant image, mouvement et illusion. Le théâtre n’est plus seulement un art dramatique : il devient une pratique sociale, urbaine et commerciale à part entière.

L’état des lieux de 1822 témoigne ainsi d’un élargissement sans précédent de l’offre spectaculaire, reflet d’une capitale en expansion et d’un public toujours plus demandeur de divertissements. Il annonce, en creux, les fondements du théâtre moderne du XIXᵉ siècle, à la croisée de l’institution, du loisir populaire et de l’expérimentation.

Un théâtre dans la ville Cette vue d’un grand théâtre parisien au tournant des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles montre son inscription directe dans l’espace urbain. Devenu monument civique autant que lieu de spectacle, le théâtre s’affirme comme un repère culturel, accessible au public et intégré à la vie quotidienne de la capitale.

Théâtres existants en 1822

I. Académie-Royale de musique, rue Grande-Batelière. 

II. Théâtre-Français, rue de Richelieu. 

III. Second Théâtre-Français, ou Odéon, près du Luxembourg. 

IV. Théâtre de l’Opéra-Comique, rue Feydeau. 

V. Opéra-Buffa, rue de Louvois. 

VI. Théâtre du Vaudeville, rue de Chartres. 

VII. Le Gymnase, boulevart de Bonne-Nouvelle. 

VIII. Les Variétés, boulevart des Italiens 

IX. Théâtre de la Porte-Saint-Martin. 

X. L’Ambigu, boulevart du Temple. 

XI. La Gaîté, idem. 

XII. Panorama-Dramatique, idem.

On voit par la comparaison de ce tableau avec celui ci-dessus, que le nombre des théâtres est plus grand aujourd’hui qu’il ne l’était sous le gouvernement impérial ; ce qui semble prouver que le gouvernement actuel favorise plus l’art dramatique et les spectacles, ou que le goût s'en est accru.

Outre ces douze théâtres, nous avons encore, comme en 1811, le Cirque-Olympique de MM. Franconi ; nous avons le théâtre de M. Comte ; nous pourrions même ajouter les Panoramas, le Cosmorama, le Diorama, si on comptait ces établissements pour des spectacles. Il y a toujours des cafés où l'on joue des pièces de théâtre ; tels sont, au Palais-Royal le café Montansier, et plusieurs autres ; sur les boulevards du Temple, le café d'Apollon, etc. Compterions-nous aussi les Ombres Chinoises de Séraphin, le Théâtre-Forain du Luxembourg, les danseurs de corde de madame Saqui, et les Funambules ?

Un paysage théâtral stabilisé Ce plan de Paris témoigne de la recomposition durable du réseau des théâtres après les bouleversements révolutionnaires et impériaux. En 1822, les salles sont moins nombreuses mais mieux identifiées, inscrites dans un cadre réglementaire stabilisé et une géographie urbaine désormais fixée.

Il y a une multitude de théâtres bourgeois ou de société, presque permanents, ou au moins hebdomadaires, à la tête desquels on compte le célèbre théâtre de M. Doyen, sur lequel les jeunes talents viennent s'exercer, et où ont paru d'abord presque tous les acteurs qui se sont rendus fameux.

Enfin, nous avons maintenant un Théâtre-Anglais, rue Chantereine, qui joue par souscription, et dont les acteurs, qui sont également anglais, ont été si mal accueillis il y a quelque temps au théâtre de la Porte-Saint-Martin.

Espérons pourtant que, malgré cette multitude de spectacles la postérité ne dira pas de nous : 

     Il ne fallait au fier Romain 

     Que des spectacles et du pain ; 

     Mais au Français plus que Romain, 

     Le spectacle suffit sans pain.

L'accroissement prodigieux et continuel tant de la capitale que de nos villes des départements, indique la cause de cette multiplication de théâtres. C'est une jouissance indispensable pour tous les peuples qui ont renoncé à la vie patriarcale, et qui sont trop éloignés de la nature.


Une anecdote historique

En 1822, alors que Paris s’ouvrait à de nouvelles formes d’illusions et de divertissements visuels, le Théâtre de M. Comte devint l’une des attractions les plus courues de la capitale.
Louis-Christian Emmanuel Apollinaire Comte, parfois surnommé par la presse et le public le « Petit Sorcier », était une figure singulière du spectacle parisien, célèbre pour ses talents de prestidigitateur et de ventriloque.

Dans son petit théâtre situé à proximité du passage des Panoramas, il mêlait habilement magie, comédie et illusion. L’une de ses spécialités consistait à faire surgir des objets improbables des chapeaux des spectateurs, tout en donnant l’illusion que des bustes ou figures décoratives se mettaient à parler, grâce à son art maîtrisé de la ventriloquie.
Ces effets, parfois teintés de satire, participaient à un spectacle où l’expérimentation et le loisir se confondaient.

Cette forme de divertissement illustre parfaitement le paysage théâtral de 1822 : un théâtre devenu laboratoire de l’imaginaire, à la frontière de l’art, de la curiosité scientifique et du commerce du spectacle, annonçant les grandes illusions scéniques de la seconde moitié du XIXᵉ siècle.

Illusions et nouveaux spectacles urbains
Cette vue associant théâtre et panorama illustre l’essor, vers 1820–1822, de spectacles fondés sur l’illusion visuelle et la curiosité. À la frontière du théâtre, de la science et du divertissement, ces établissements annoncent un nouveau rapport au spectacle, plus expérimental, commercial et résolument moderne.


Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.