1791 : Enfin, la liberté des théâtres en France
L’année 1791 marque une rupture majeure dans l’histoire du théâtre français.
Par le décret du 13 janvier 1791, promulgué le 19 janvier suivant, l’Assemblée nationale met fin au système des privilèges qui, depuis des décennies, régissait strictement l’activité théâtrale.
Désormais, tout citoyen peut ouvrir un théâtre, sous réserve de simples déclarations administratives. Les monopoles tombent, l’ouverture des salles devient possible par déclaration auprès des autorités municipales, et le contrôle change de nature, passant d’un régime de privilèges à un cadre administratif et policier encore provisoirement en vigueur.
Cette liberté nouvelle provoque une transformation immédiate du paysage parisien. Les salles se multiplient, changent de nom, se déplacent, ferment parfois aussi vite qu’elles ont ouvert. Théâtres institutionnels, scènes provisoires, cafés-spectacles, salles foraines et initiatives privées coexistent dans une effervescence sans précédent. Le théâtre sort des cadres établis pour investir la ville entière, du Palais-Royal aux boulevards, des foires aux quartiers périphériques.
L’état des lieux de 1791 ne peut donc être qu’approximatif et mouvant. Les listes conservées — journaux, mémoires, compilations postérieures — offrent moins une photographie figée qu’un instantané d’une liberté en train de s’inventer. Elles témoignent d’un moment unique où le théâtre devient à la fois un enjeu artistique, politique, économique et populaire, annonçant les profondes recompositions à venir.
Cependant, malgré cette instabilité, le croisement de diverses sources historiques, journaux de l’époque, mémoires, études consacrées au théâtre de la Révolution, permet d’identifier un ensemble de théâtres dont l’existence est attestée pour l’année 1791.
Le Théâtre de Monsieur (futur Théâtre Feydeau) : Ouvert le 6 janvier 1791
Le Théâtre de l'Opéra, (Académie Royale de Musique)
La Comédie-Française La Comédie-Italienne (Théâtre Italien) : Située à l'Hôtel de Bourgogne
Le Théâtre de Louvois, rue de Louvois. (inauguré le 16 août 1791 sous le nom de "théâtre des Amis de la Patrie").
Le Théâtre des Variétés-Amusantes
? Théâtre des Variétés-Comiques et Lyriques, à la foire Saint-Germain. Après une clôture de quelques mois, on rouvrit cette salle sous le nom de Théâtre-Nouveau des Variétés.
Théâtre de la demoiselle Montansier, au Palais-Royal.
Le Théâtre du Palais-Royal : (Théâtre de la demoiselle Montansier, au Palais-Royal). Sous la direction de Mademoiselle Montansier
Théâtre de Molière, rue Saint-Martin ?. (ouvert le 11 juin 1791).
Le Théâtre de la Cité
Le Théâtre des Sans-Culottes (ancien Théâtre de la Bourse) : A changé de nom dans le contexte révolutionnaire.

Théâtre institutionnalisé Cette scène illustre le théâtre parisien au début du XIXᵉ siècle, devenu un espace ordonné et pleinement intégré à la vie sociale. La composition de la salle, la maîtrise de la scène et le comportement du public traduisent une pratique désormais codifiée, héritière des recompositions engagées après 1791.
Extrait de la ‘liste’ Pierre-Marie-Michel Lepeintre (1785-1847), était un auteur et compilateur prolifique d'ouvrages sur le théâtre français, notamment sa série "Suite du Répertoire du Théâtre Français"
1. Concert-Spirituel
5. Théâtre-Lyrique, rue de Bondy, au coin de la rue de Lancry.
7. Théâtre de la Nation, faubourg Saint-Germain, près du Luxembourg.
8. Théâtre des Variétés, rue de Richelieu.
9. Théâtre du Marais, rue Culture Sainte-Catherine.
11. Théâtre d'Émulation, rue Notre-Dame de Nazareth.
12. Théâtre de la Concorde, rue du Renard-Saint-Merry.
13. Théâtre des Muses ou de l'Estrapade, près de Sainte-Geneviève.
14. Théâtre du Montparnasse, sur le boulevard Neuf.
15. Théâtre du Vaudeville, rue de Chartres (on le construisait).
16. Théâtre de Henri IV, en face du Palais.
17. Théâtre d'Audinot, ou Ambigu-Comique, boulevard du Temple.
18. Théâtre des Délassements-Comiques, sur le boulevard du Temple, près de la rue du faubourg.
19. Théâtre-Patriotique, de Sallé, à côté du cabinet de Curtius, après l'Ambigu-Comique.
20. Théâtre des Élèves de Thalie, près du Lycée Dramatique.
21. Théâtre de Nicolet, boulevard du Temple.
22. Théâtre des Petits-Comédiens Français, attenant les Délassements-Comiques.
23. Théâtre du Lycée Dramatique, à l'extrémité du boulevard, en face de la rue Charlot.
24. Théâtre du Wauxhall, boulevard Saint-Martin.
25. Théâtre du café Yonn, boulevard du Temple.
26. Théâtre de la Liberté, à la foire Saint-Germain.
27. Théâtre du Cirque, au Palais-Royal.
28. Théâtre des Variétés-Comiques et Lyriques, à la foire Saint-Germain. Après une clôture de quelques mois, on rouvrit cette salle sous le nom de Théâtre-Nouveau des Variétés.
29. Théâtre des Ombres-Chinoises, au Palais-Royal.
30. Théâtre de Neuf-Millions. On venait de répandre un prospectus pour la construction de ce théâtre rue Richelieu, en face de la Bibliothèque.
31. Théâtre du sieur Moreau, au Palais-Royal.
32. Théâtre de Thalie, ou Théâtre-Mareux, rue Saint-Antoine.
33 et 34. Deux théâtres, place Louis XV. Ces salles étaient bâties en bois.
35. ( ?)
35. Théâtre du café Guillaume.
36. Théâtre du café Goddet.
37. Théâtre de la rue des Martyrs.
38. un théâtre rue Saint-Jean de Beauvais ;
39. un théâtre rue Saint-Victor,
40 un théâtre rue de Grenelle-Saint-Honoré, hôtel des Fermes ;
41. un théâtre rue de Thionville ;
42. un théâtre rue du Bac, en face du Ministère des Relations-Extérieures ;
enfin, on a joué sur deux théâtres, dans un des caveaux du Palais-Royal.
Voilà donc quarante-cinq théâtres qui existaient en 1791, sans compter,
la salle de la Société-Olympique, rue de la Victoire ;
la salle du quai Voltaire, qui n'a servi que pour un ou deux concerts et deux bals masqués.
Note : La numérotation irrégulière reflète le caractère empirique du relevé de Lepeintre, établi à partir de sources multiples et évolutives. Les « 45 théâtres » de 1791 regroupent aussi bien des salles institutionnelles que des espaces provisoires, cafés, foires et lieux improvisés — offrant un instantané vivant, mais non normalisé, de la vie théâtrale parisienne à la veille de la Révolution.

Géographie de la liberté Ce plan de Paris à la fin du XVIIIᵉ siècle permet de situer l’implantation des théâtres au moment de la rupture de 1791. Il révèle une ville dense, propice à la multiplication rapide des salles, depuis les quartiers centraux jusqu’aux faubourgs, où la liberté nouvelle redessine la carte du spectacle.
Note : De nombreux théâtres situés sur le Boulevard du Crime (nom donné au Boulevard du Temple) ont été démolis, après 1861, lors de l'agrandissement de la Place de la République. Théâtre des Grands-Danseurs du Roi (devenu Théâtre de la Gaîté - Théâtre de l'Ambigu-Comique (devenu Folies Dramatiques - voir ci-dessus) - Théâtres des Associés - Théâtre des Variétés Amusantes - Théâtre des Délassements Comiques - Théâtre Lyrique (Théâtre Historique). Seul le Théâtre Dejazet a subsisté.
Le Règne de la Montansier au Palais-Royal
L'année 1791 marqua l'apogée de l'influence de Mademoiselle Montansier, une femme d'affaires redoutable qui sut naviguer dans les eaux troubles de la Révolution pour bâtir un véritable empire théâtral. Profitant du décret du 13 janvier 1791 qui abolissait les privilèges et instaurait la liberté des théâtres, elle installa sa troupe au cœur du pouvoir et du plaisir : le Palais-Royal.
Dans cette salle somptueuse, initialement connue sous le nom de Théâtre de la demoiselle Montansier, elle proposait un répertoire varié qui attirait aussi bien les fervents révolutionnaires que les nostalgiques de l'Ancien Régime. Son établissement devint rapidement un enjeu artistique et politique majeur, illustrant parfaitement cette période d'effervescence où les scènes se multipliaient et changeaient de nom au gré des événements, comme ce fut le cas pour le Théâtre des Sans-Culottes. Malgré l'instabilité de l'époque, Mademoiselle Montansier parvint à maintenir son théâtre comme un lieu incontournable de la vie parisienne, prouvant que la liberté nouvelle de 1791 offrait des opportunités sans précédent à ceux qui osaient investir la ville entière, des grands boulevards jusqu'aux foires les plus populaires.

Le foyer du théâtre Montansier
Ce foyer animé du théâtre Montansier illustre le rôle central du Palais-Royal dans la vie théâtrale parisienne à la veille et au début de la Révolution. Plus qu’un simple lieu de passage, il est un espace de sociabilité où se croisent artistes, spectateurs et figures politiques, reflet de l’effervescence culturelle née de la liberté des théâtres en 1791.