Les bals populaires : bien au-delà du 14 juillet
Le bal populaire ne se limite pas à la fête nationale. Bien avant que le 14 juillet ne devienne un rendez-vous républicain, on dansait déjà dans les villages, sur les places, dans les granges ou sous les halles. Le bal est d’abord une affaire locale, saisonnière, presque instinctive.
Aux années 1800, chaque commune possède ses moments de danse : fêtes patronales, foires agricoles, moissons, conscrits, mariages. On dresse un parquet provisoire, on tend une toile pour abriter les musiciens. Un violon, une clarinette, parfois une cabrette ou un accordéon suffisent. La danse est alors un des rares loisirs collectifs accessibles à tous.
Au début des années 1900, les bals de village se structurent. Les sociétés musicales, les harmonies municipales et plus tard les orchestres de bal animent les soirées. Les répertoires évoluent : valse, scottish, polka, puis java, paso doble, tango. Chaque région conserve ses particularités, mais l’esprit reste le même. On vient autant pour danser que pour se voir, se courtiser, observer.
Après la Seconde Guerre mondiale, les bals connaissent un nouvel essor. Les fêtes communales deviennent des événements attendus de l’été. Les orchestres itinérants sillonnent les campagnes. La piste de danse devient un lieu de rencontre, parfois de formation des couples, souvent de transmission intergénérationnelle.
Avec l’arrivée des discothèques et des nouveaux modes de divertissement dans les années 1970–1980, certains bals déclinent. Pourtant, ils ne disparaissent pas. Ils se transforment. On parle de bal trad, de bal folk, de bal musette, de bal rétro. Les fêtes de village persistent, parfois modestes, parfois très fréquentées.
Aujourd’hui encore, hors du 14 juillet, des milliers de bals populaires ont lieu chaque année en France. Fêtes votives, fêtes marines, fêtes agricoles, festivals locaux. Ils ne sont pas seulement des animations : ils sont des moments de cohésion, de continuité, de mémoire vivante.
Car le bal populaire, qu’il soit municipal, associatif ou improvisé, demeure un espace simple où l’on danse ensemble. Et dans cette simplicité réside sans doute sa longévité.

Bal populaire. 1850. Ensfelder, Eugène. Illustrateur. Source gallica.bnf.fr / BnF.
Les bals du 14 juillet : avant les pompiers, puis avec eux
Bien avant que les casernes n’ouvrent leurs portes au public, le 14 juillet se dansait déjà dans les rues. Dès la fin des années 1800, après l’instauration de la fête nationale en 1880, municipalités et comités de quartier organisent des bals en plein air. On tend des guirlandes, on accroche des lampions, un orchestre s’installe sur une estrade improvisée. On y danse la valse, la polka, puis la java.
Ces bals sont d’abord des fêtes civiques. Ils célèbrent la République dans l’espace public. La rue devient lieu de rassemblement, de musique et de convivialité. Dans les villages comme dans les grandes villes, le 14 juillet est un moment de sociabilité populaire, parfois modeste, toujours collectif.
Au début des années 1900, des fêtes existent déjà dans certaines casernes de pompiers, mais elles restent privées. Le récit le plus souvent rapporté situe un tournant en 1937, à la caserne Montmartre, lorsqu’un bal ouvert aux passants aurait été organisé après le défilé militaire. L’initiative connaît un succès immédiat et s’inscrit peu à peu dans la tradition.
Après la Seconde Guerre mondiale, les deux usages se rejoignent. Le bal des pompiers ne remplace pas les bals de rue : il s’y ajoute. La caserne devient, le temps d’une soirée, un espace ouvert, familier, presque domestique. La fête nationale se célèbre désormais aussi derrière les grandes portes rouges.
Aujourd’hui encore, bals municipaux sur les places publiques et bals organisés dans les casernes coexistent. Selon les villes et les villages, l’un ou l’autre domine, mais l’esprit demeure le même.
Car au-delà des lampions, des orchestres et des uniformes, ces bals racontent quelque chose de simple et de profond : le besoin de se retrouver, de danser ensemble, et de faire, le temps d’une nuit d’été, communauté.

Bal du 14 juillet 1909. Agence Rol. Source gallica.bnf.fr / BnF

Bal populaire. 14 juillet 1912. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Fêtes du 14 juillet 1913. Agence Rol. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Bal populaire du 14 juillet 1914, rue Montmartre. Agence Meurisse. Source gallica.bnf.fr / BnF

Bal populaire, 14/7/20 à Paris. Photographie de presse, Agence Rol. 1920. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Bal du 14 Juillet à Paris. 1932. Agence Mondial. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Bal populaire dans la rue. 14 juillet 1933. Agence Rol. Source gallica.bnf.fr / BnF.
Le bal des pompiers
Le bal des pompiers est aujourd’hui l’un des rendez-vous les plus populaires des soirées du 13 et du 14 juillet. Dans les cours des casernes, sur les places publiques ou dans les rues fermées à la circulation, les sapeurs-pompiers accueillent habitants, familles et curieux pour une fête où se mêlent musique, danse et convivialité.
La tradition est généralement rattachée à Montmartre. Selon la version la plus souvent rapportée — notamment par la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris — le premier bal public aurait eu lieu le 14 juillet 1937 à la caserne Montmartre. Ce jour-là, après le défilé militaire, des passants auraient suivi les pompiers jusque dans la cour. Le sergent Cournet, chef de garde, aurait alors décidé d’ouvrir les portes. La fête improvisée rencontre un succès immédiat et serait à l’origine des bals tels que nous les connaissons aujourd’hui.
Cependant, comme souvent en matière de traditions populaires, l’histoire n’est pas totalement univoque. Certains témoignages indiquent que des fêtes existaient déjà dans les casernes au début des années 1900. Ces rassemblements restaient toutefois internes, réservés aux pompiers et à leurs proches, sans dimension publique.
Peu à peu, la coutume s’étend. Après la Seconde Guerre mondiale, les bals de pompiers deviennent un symbole du 14 juillet : une manière simple et chaleureuse de célébrer la fête nationale. Entre esprit de corps et ouverture au quartier, ils incarnent une image familière et festive du service public à la française.