À la fin des années 1800, les bals militaires occupent une place particulière dans la vie sociale française. Ils ne sont pas seulement des divertissements : ils sont des rendez-vous où se rencontrent armée, familles et élites locales. Pour les officiers et leurs proches, ces soirées permettent de renforcer les liens, d’affirmer une appartenance et de mettre en scène un certain prestige. Uniformes brodés, décorations, robes claires et gants longs composent un décor où la hiérarchie se lit autant qu’elle se célèbre. Souvent organisés au profit d’œuvres caritatives, ces bals associent fête et solidarité. Le bal militaire donné à Lyon en 1897, au bénéfice des Petites Filles des Soldats, en est un exemple révélateur.
Ils se tiennent dans des lieux variés — casernes, cercles militaires, hôtels particuliers — mais aussi dans les salons d’Hôtels de Ville, dont les grandes salles de réception offrent un cadre prestigieux à ces rencontres. La danse est au cœur de la soirée. Valses, polkas et autres danses de salon rythment la nuit, tandis que musique, lumière et décor participent à une mise en scène où la fête rejoint l’image publique de l’institution militaire.
Le 27 février 1897, les officiers de la garnison de Lyon organisent un grand bal militaire dans les salons de l’Hôtel de Ville. Armée active, réserve et armée territoriale s’y retrouvent pour une soirée placée sous la présidence du général gouverneur militaire de Lyon. L’événement n’est pas seulement mondain. Il est donné au profit d’une œuvre destinée aux petites filles de soldats, inscrivant la fête dans une logique de soutien et de solidarité envers les familles militaires.
La grande salle des fêtes, éclairée à l’électricité — signe de modernité pour l’époque — accueille officiers en uniforme, familles et invités civils. On y danse, on y converse, on y affirme aussi l’unité de la garnison et son inscription dans la vie lyonnaise. Le temps d’une soirée, l’Hôtel de Ville devient ainsi le théâtre d’un rendez-vous à la fois festif et institutionnel, où musique, hiérarchie militaire et engagement caritatif se rencontrent.

Bal donné par les officiers de la garnison[...] 27 février 1897, dans les salons de l'Hôtel-de-ville, au profit de l'œuvre des Petites Filles des Soldats [...]. La grande salle des fêtes sera éclairée à l'électricité́ : Affiche H. Gray. (1858-1924). Source gallica.bnf.fr / BnF.
Le 22 février, les salons du ministère de la Marine se transforment en salle de bal. L’événement réunit officiers, hauts fonctionnaires, invités civils et familles dans un cadre à la fois solennel et mondain. Sous les grands lustres, les uniformes richement ornés côtoient les robes amples et les gants blancs. La musique entraîne les couples dans une succession de danses où se mêlent élégance et hiérarchie. Les décorations brillent autant que les parures, et chaque geste respecte les codes précis de la préséance.
Ce type de bal ministériel n’est pas qu’un divertissement. Il affirme la cohésion d’un corps, met en scène le prestige de l’institution et entretient les liens entre l’armée, l’administration et la société. On y danse, mais on y observe aussi les usages, les alliances et les regards. Le ministère devient ainsi, le temps d’une soirée, un espace de représentation où la fête participe pleinement à l’image du pouvoir.

Bal donné au ministère de la Marine, le 22 février. Janet-Lange (1815-1872). Illustrateur. Source gallica.bnf.fr / BnF.
Le 17 décembre 1892, le Théâtre National de l’Opéra ne résonne pas d’airs lyriques, mais des pas d’un grand bal militaire. La Caisse de retraites des officiers de réserve et de l’armée territoriale y organise sa 7e fête annuelle, au profit de son fonds de secours et des soldats malades et blessés du Dahomey.
À la fin des années 1800, ces bals constituent bien plus que de simples divertissements. Ils sont des moments de sociabilité où se rencontrent officiers, familles, notables et amateurs de mondanités. On y danse, bien sûr, mais on y affirme aussi une solidarité nationale et un attachement aux institutions militaires.
Le choix de l’Opéra n’est pas anodin. Temple du spectacle et symbole du prestige parisien, il devient pour une soirée un espace de rassemblement patriotique. Sous ses plafonds ornés, la fête prend une dimension à la fois mondaine et civique. Ces grandes soirées témoignent d’une époque où le bal, au-delà du plaisir, participe à la vie sociale, politique et caritative de la capitale.

Roy, Marius (1833-18..?). Lithographe. Caisse de retraites des officiers de réserve et de l'armée territoriale... Grand bal militaire au Théâtre National de l'Opéra, le samedi 17 décembre 1892... : lithographie de Maruis Roy. 1892. Source gallica.bnf.fr / BnF