Trucs électriques et illusions scientifiques

Bijoux lumineux 1/2


La première application des lampes à incandescence qui se soit produite à la scène est leur emploi pour l'éclairage des bijoux lumineux. Cette application est facile à réaliser, car elle n'exige qu'une pile extrêmement réduite, qui peut se loger aisément dans la poche ou dans toute autre partie du vêtement. Ces bijoux se composent d'une petite lampe à incandescence, dont les dimensions peuvent être très réduites, entourée de prismes de diverses couleurs, taillés à facettes, de manière à produire sur les rayons lumineux qui les traversent des jeux de lumière du plus bel effet.
La figure 90 représente, en grandeur d'exécution, une épingle à cheveux lumineuse. De la petite lampe partent deux fils, qui se dissimulent dans les cheveux et les vêtements, et vont rejoindre la pile destinée à alimenter le petit appareil.

Cette pile (fig. 91) est assez petite pour qu'on puisse la cacher facilement dans la poche. Elle est formée de très petits éléments au bichromate de potasse, contenus dans une auge d'ébonite à trois compartiments, qui est remplie aux deux tiers de la solution. Les plaques de zinc et de charbon sont fixées au couvercle, qui est également en ébonite, et constitue, avec une feuille de caoutchouc, une fermeture parfaitement étanche. Le tout est disposé dans une enveloppe double en caoutchouc durci, dont les deux parties rentrent l'une dans l'autre à la manière d'un porte-cigares. Deux boutons reçoivent les conducteurs. Un petit interrupteur placé dans le circuit permet d'illuminer à volonté les bijoux. Il est formé d'un bâtonnet en métal terminé par deux arrêts et coupé en deux parties inégales par une section en ivoire. Les deux extrémités communiquent avec les deux pôles. Un petit manchon métallique glisse sur le bâtonnet ; lorsqu'il est à une extrémité et qu'il laisse à découvert la rondelle d'ivoire, le circuit est ouvert. Si on le pousse vers l'autre bout, il cache la rondelle, réunit les deux parties métalliques et établit le courant. Ce commutateur, long de quelques centimètres, n'est pas plus gros que l'une des branches d'une fourchette.
La durée de l'éclairage varie avec les dimensions de la pile. Le modèle représenté peut fonctionner 20 ou 25 minutes consécutives ; un autre modèle plus volumineux peut donner de la lumière pendant une heure environ. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'on pourrait remplacer la pile par un petit accumulateur chargé d'avance. Les bijoux lumineux peuvent recevoir les formes les plus variées : épingles à cheveux, épingles de cravates, broches, fleurs, diadèmes, colliers, etc.

Ces bijoux ont reçu au théâtre de nombreuses applications : d'abord aux Folies-Bergères, en 1884, dans le ballet des Fleurs, où figuraient une vingtaine de danseuses portant, au corsage, et dans les cheveux, deux magnifiques bouquets de fleurs lumineuses (fig. 92) ; puis, la même année , à l'Empire-Theatre de Londres, où le ballet de Chilpéric montra cinquante amazones, ayant sur leur casque, sur leur bouclier et au bout de leur lance, des pierreries étincelantes de diverses couleurs. On les retrouve ensuite dans un grand nombre de théâtres, à Paris : au Châtelet, dans la Poule aux œufs d’or ; au Grand Concert Parisien, à la Scala, au musée Grévin ; à Boston, au Niblos Garden Theatre ; à Berlin, aux Victoria-Theaters, où l'on vit un lustre du plus brillant effet formé de 60 foyers électriques, disséminés au milieu de sujets vivants (fig. 93).

Les dernières applications ont été faites à Bruxelles, au théâtre des Galeries Saint-Hubert, à Noël, en 1892, et à Monte-Carlo, pour la Damnation de Faust. A Bruxelles, au moment de l'apothéose, on voyait sortir lentement du plancher un arbre de Noël, de 12 mètres de hauteur, garni de 250 fleurs lumineuses, de toutes les teintes, tandis que jaillissaient deux fontaines lumineuses.
A Monte-Carlo, on a mis à la scène, le 18 février 1893, la Damnation de Faust, de Berlioz, qui n'avait été jusqu'alors exécutée qu'en habit noir. La mise en scène était des plus brillantes, grâce aux beaux décors de M. Poinsot ; les trucs les plus nouveaux avaient été mis en œuvre. Les bijoux lumineux figuraient dans deux ballets ; l’un d'eux, le plus important, se trouve à la scène VII, qui représente les bosquets au bord de l'Elbe ; on avait disposé sur le théâtre soixante-dix roses lumineuses, formées de pétales en papier de couleur, au milieu desquelles se dissimulait une petite lampe à incandescence, qui les éclairait par transparence. Dix ballerines italiennes, plus brunes et plus gracieuses les unes que les autres, portant à leur corsage de velours vert une rose lumineuse actionnée par une petite pile de poche, s'avançaient alors pour danser le ballet des sylphes pendant le sommeil-de Faust.

Flambeau d'Ascanio. - Une des plus intéressantes applications des bijoux lumineux est celle qui fut combinée pour Ascanio, représenté à l'Opéra le 21 mars 1890. Au troisième acte, dans le décor qui représente le jardin de. Fontainebleau, dominé par la forêt, danse un ballet mythologique, dans lequel apparaît Apollon, tenant le flambeau du génie (fig. 94) et entouré par le gracieux cortège des neuf muses. Les directeurs de l'Opéra désiraient un flambeau léger, de dimensions ordinaires, c'est-à-dire assez restreintes, s'alimentant par lui-même pendant douze à quinze minutes consécutives, de façon à supprimer l'emploi d'une source séparée et des conducteurs, qu'il eût été difficile de dissimuler dans les vêtements de la danseuse. Il fallait donc placer dans le flambeau lui-même les piles ou les accumulateurs chargés de produire l'électricité. Pour satisfaire à ces conditions, M. Trouvé a logé dans le flambeau six petits accumulateurs au plomb, du genre Planté, dont trois à la partie supérieure, et • trois au-dessous, dans le fût (fig. 95).

Les électrodes sont des lames de plomb de 5 centimètres de hauteur sur 7 de largeur, enroulées en spirale ; leur distance est, dans chaque élément, de 1,5 mm Ces lames sont placées dans un étui cylindrique en verre, consolidé par une enveloppe de guttapercha en feuille. Les six éléments sont réunis en tension et peuvent fournir un courant de 3 ampères et 10 volts, soit 30 watts, pendant trente à quarante minutes, ce qui suffit pour deux représentations. Chaque élément forme un cylindre de 7 centimètres de hauteur et de 2 de diamètre. Le pôle positif est à la base du flambeau, le pôle négatif à la partie supérieure. Ce dernier communique d'une façon permanente avec une lampe à incandescence placée au haut du flambeau et dissimulée par des flammes multicolores qui l'enveloppent complètement. Pour relier le pôle positif à la lampe et fermer le circuit, il suffit d'appuyer sur le bouton isolé qui établit la communication, et la lampe projette un faisceau de lumière qui se tamise en traversant les pierreries de toutes couleurs. Le poids de chaque élément est de 70 grammes ; en ajoutant le poids, très faible d'ailleurs, de la lampe et du flambeau, on obtient un total d'environ 500 grammes. Pour les théâtres qui n'ont pas de machines pour charger les accumulateurs, on remplace ceux-ci par de petites piles au bichromate à renversement. Pour faire fonctionner ce flambeau, il est
d'abord indispensable de le redresser pour que le liquide vienne baigner les électrodes, puis on appuie sur le bouton pour fermer le circuit. 

L'électricité au théâtre. Julien Lefèvre. Paris.1894.
A. Grelot, éditeur de l'encyclopédie électrique.


Bijoux lumineux 2/2

Trouvé, Gustave (1839?-1902). Auteur du texte. L'Électricité́ au théâtre, bijoux électro-mobiles, nouveaux bijoux électriques lumineux, par G. Trouvé, .... 1885. Source gallica.bnf.fr / BnF

Diadème-phare en joaillerie – Épingles de cravate et broche tête de hibou – Broche de corsage en joaillerie avec phare central et miroirs réflecteurs. Cette broche de corsage constitue les décorations lumineuses dans le ‘Château de Tire-Larigot’, aux Nouveautés-Parisiennes. C’est par le même procédé que M. Trouvé fait apparaitre sur le chapeau de Brasseur et de Berthelier, les cartes de chaque adversaire, pendant leur partie d’écarté.


Mondaine parée d’un phare et d’un bouquet de fleurs électriques lumineuses


La signora Zanfretta, première danseuse de l’’Éden-Théâtre’, parée des bijoux électriques lumineux Trouvé.


La signora Zanfretta, première danseuse de l’’Éden-Théâtre’, parée des bijoux électriques lumineux Trouvé.


Cinquante amazones parées de bijoux électriques lumineux Trouvé dans le ballet de ‘Chilpéric’ à l’Empire-Theater, à Londres.


Bruet et Rivière, en amour de candélabre, à l’Éden-Concert.


Lustre vivant des ‘Victoria-Theaters’, de Berlin, par M. Trouvé, d’après le dessin original de M. Cledat de la Vigerie. Les 60 foyers électriques à incandescence alimentés par la pile Trouvé, produisent, au milieu des sujets vivants, un effet extraordinaire qui, de longtemps, ne sera dépassé au théâtre. 

C’est l’application la plus considérable, de lumière électrique faite jusqu’à ce jour directement par la pile. 

On peut voir actuellement, à Paris, ces bijoux appliqués : Châtelet (Poule aux œufs d’or) – Nouveautés-Parisiennes (Châteaux de Tire-Larigot) – Grand Concert Parisien (Revue : Venez me voir) – La Scala (Revue : Dans le mille) – À Berlin : Vistori-Theaters – À Boston : Noblos Garden Theater. Pour les renseignements techniques, consulter la brochure :’L’électricité au théâtre’, prix 50 centimes.


Duel électrique

Fig 96. Duel électrique Signalons encore un emploi assez curieux de la lumière et des étincelles électriques, qui a été imaginé par M. Trouvé et appliqué pour la première fois à Londres, dans Faust, puis au théâtre Déjazet, dans la Grenouille, aux Nouveautés, dans une revue, et depuis dans un certain nombre d'autres théâtres; nous citerons seulement celui des Galeries Saint-Hubert, à Bruxelles, où le duel électrique fut encore employé tout récemment (décembre 1892). Les deux épées et les deux cuirasses forment les pôles d'une pile au bichromate de potasse portée par les combattants (fig. 96). Quand les épées qui, pour la circonstance, sont taillées en limes, viennent à se rencontrer, il en jaillit une myriade d'étincelles d'un pittoresque effet ; lorsqu'une des deux épées touche la cuirasse de l'adversaire, une lampe de dix bougies
s'allume subitement et brille pendant toute la durée du contact. Dans un coup fourré, les deux lampes deviennent incandescentes à la fois et répandent une vive lumière autour des combattants. 

L'électricité au théâtre. Julien Lefèvre. Paris.1894.
A. Grelot, éditeur de l'encyclopédie électrique.


Éclairage des danses serpentines

Danses serpentines. C'est surtout dans les ballets qu'on cherche à obtenir les effets les plus brillants, et l'on essaie ordinairement d'y réunir toutes les séductions qui peuvent charmer les yeux des spectateurs. La lumière électrique n'a pas été oubliée dans ce cas et l'on se sert depuis longtemps des appareils décrits dans le paragraphe précédent pour
inonder soit tout le corps de ballet, soit le groupe principal, d'une brillante clarté qui fait étinceler les bijoux et les paillettes des costumes. Les effets qu'on peut ainsi obtenir sont trop connus pour qu'il soit utile d'insister ; nous citerons seulement la disposition nouvelle inaugurée l'hiver dernier par la Loïe Fuller et qu'on a pu admirer aux Folies-Bergère, au Petit-Casino et sur un grand nombre de scènes de Paris et de la province. La danseuse, vêtue d'une robe blanche très ample, évolue généralement devant un fond noir ou très sombre. L'éclairage est obtenu, le plus souvent, par, des lampes à incandescence munies de réflecteurs paraboliques (fig. 72) ; chaque réflecteur est monté sur une planche noircie qu'une personne tient facilement de la main gauche, tandis que, de la main droite, elle fait tourner devant la source un disque de verre divisé en secteurs de couleurs variées.

L'appareil est très portatif, ce qui permet de suivre facilement les mouvements de la danseuse avec le faisceau lumineux. Aux Folies-Bergères, on employait huit lampes, quatre en avant et quatre en arrière, disposées comme le montre la figure 73 ; au Petit-Casino, l'on se contentait de deux. Dans d'autres théâtres, on s'est servi de lampes à arc, devant lesquelles on faisait passer des verres de couleur.

Quelle que soit la disposition employée, la robe de la danseuse paraît teinte. à la fois de toutes les nuances, de l'arc-en-ciel, et l'on obtient les effets les plus variés, soit par la rotation des verres de couleur, soit par les ondulations communiquées aux plis de la robe; celle-ci renferme ordinairement deux baguettes soigneusement dissimulées, que la danseuse saisit et relève de temps en temps pour agiter à la fois toute la masse de la jupe.
Le succès des danses serpentines fut tel qu'on essaya aussitôt de les appliquer, comme une nouvelle attraction, dans toutes les circonstances possibles et qu'on épuisa en peu de temps toutes les ressources qu'on peut tirer de cet ingénieux divertissement. Ainsi, le 3 août 1893, des danses serpentines à cheval furent inaugurées au Cirque d'été par Mlle Hélène Girard.
Quelques mois plus tard, on songea, pour rajeunir ce truc déjà un peu usé, à exécuter ces danses au milieu d'animaux féroces. Le premier essai, tenté au théâtre de la Gaîté, pour ajouter deux tableaux aux Bicyclistes en voyage, ne fut pas très heureux; l'un des quatre lions qui prenaient part à la répétition, agacé par les changements fréquents d'éclairage, se jeta sur la danseuse, Mlle Bob Walter, et mordit cruellement le dompteur Mark, qui s'élança pour la protéger.
Un autre genre de danse serpentine vient d'être produit tout dernièrement au Casino de Paris; miss Sita, la célèbre chanteuse excentrique, accompagne son chant de pas et de mouvements gracieux et se trouve tout embrasée de la tête aux pieds, lançant les rayons d'une éblouissante illumination électrique.

Ces merveilleux effets, dont la figure 74 ne peut donner une idée, même approchée, sont obtenus à l'aide de 120 à 150 lampes à incandescence, habilement utilisées et dissimulées dans les vêtements de la danseuse, qui peut, à volonté, éteindre ou allumer les foyers lumineux dont elle est parée. C'est M. G. Trouvé, l'habile électricien, qui a imaginé cet ingénieux dispositif. 

L'électricité au théâtre. Julien Lefèvre. Paris.1894.
A. Grelot, éditeur de l'encyclopédie électrique.


Fontaines lumineuses

Depuis longtemps aussi, l'éclairage électrique est utilisé dans les théâtres pour produire des fontaines lumineuses. C'est encore à l'Opéra de Paris, en 1853, dans le ballet d'Elia et Mysis, que ce truc, imaginé par M. Jules Duboscq, fit sa première apparition. Le succès fut tel qu'on
le reproduisit successivement dans plusieurs pièces à grand spectacle et qu'on l'utilisa même dans les fêtes publiques et privées.
Les fontaines lumineuses sont fondées sur une expérience bien connue de Colladon. L'eau, placée dans un vase cylindrique ou prismatique d'assez grande hauteur (fig. 75), s'échappe par un orifice R sous la forme d'un jet parabolique. Une lampe électrique C, munie d'un système de lentilles éclairantes L, se place devant une ouverture A, fermée par une glace plane, et lance à travers le liquide un faisceau lumineux dirigé suivant l'axe de la veine parabolique. Par suite de la courbure du jet, ce faisceau subit à chaque pas de sa course la réflexion totale sur les parois intérieures de l'eau, et, au lieu de s'échapper, accompagne le liquide et l'illumine sur une grande longueur, en lui donnant l'aspect d'un jet de feu. On peut changer à volonté la couleur de la gerbe, en plaçant des verres colorés devant l'appareil électrique. C'est une fontaine de ce genre qu'on emploie ordinairement au second acte de Faust, lorsque Méphistophélès fait jaillir à volonté des liquides différents. On peut éclairer encore de la même façon une fontaine à jet vertical ; en 1867, lors d'une fête donnée dans les jardins du Conservatoire des Arts et Métiers, M. Jules Duboscq avait installé une fontaine lumineuse à jet vertical. On peut aussi construire des fontaines à jets multiples et lancer les gerbes lumineuses dans toutes les directions ; en employant simultanément plusieurs sources lumineuses, il est possible de donner à ces appareils une importance monumentale et d'obtenir de magnifiques effets.


L'électricité au théâtre. Julien Lefèvre. Paris.1894.
A. Grelot, éditeur de l'encyclopédie électrique.


A 8 heures, théâtre Montparnasse ,deux semaines de suite jusqu'au 20 février inclus, dimanches 9 et 16, matinées, paris, centenaire, revue en 4 actes, 12 tableaux/,de MM. Lemonnier. Vers 1890. Musée Carnavalet, Histoire de Paris