
À partir du milieu du XIXᵉ siècle, la conquête de la hauteur devient l’un des moteurs majeurs du spectacle populaire. Portés par les progrès techniques, l’essor de l’aérostation et une fascination croissante pour le vide, les numéros aériens s’imposent comme des attractions majeures dans les cirques, théâtres, jardins publics et grandes fêtes urbaines.
Trapèzes fixes ou volants, fils tendus à grande hauteur, mâts, échafaudages, ballons captifs ou libres : l’air devient un espace de jeu, mais aussi de danger maîtrisé. Les artistes, hommes et femmes, y défient la gravité, exposant leur corps au-dessus du public, souvent sans protection visible, faisant de l’équilibre et du risque un véritable langage scénique.
Ces numéros ne relèvent pas uniquement de l’acrobatie. Ils s’inscrivent aussi dans une culture de la hardiesse, de l’exploit et de la démonstration de courage humain, où la hauteur amplifie l’émotion. Le public ne vient pas seulement voir une prouesse technique, mais éprouver collectivement la peur, l’attente et l’admiration.
À la frontière du cirque, du théâtre, de la science spectaculaire et parfois de l’illusion, les attractions aériennes incarnent une époque fascinée par le dépassement des limites physiques et par l’idée, encore neuve, que l’homme peut s’élever, littéralement, au-dessus du sol.
À la fin de l’année 1783, Paris est saisi d’une véritable fièvre aéronautique. L’apparition du ballon à air chaud bouleverse l’imaginaire collectif et transforme une expérimentation scientifique en un spectacle sans précédent. Partout, des foules immenses se rassemblent pour assister à ces envols extraordinaires. Ce que l’on vient voir n’est pas seulement une invention : c’est l’homme défiant pour la première fois la pesanteur, s’élevant lentement dans le ciel sous les regards émerveillés, inquiets et fascinés des spectateurs.
À l’origine de cette révolution figurent les frères Joseph-Michel Montgolfier et Jacques-Étienne Montgolfier, originaires d’Annonay. Dès 1782, ils multiplient les expériences à partir d’une simple enveloppe de tissu gonflée par la chaleur produite par un feu de laine et de paille. Leurs essais attirent rapidement l’attention de l’Académie royale des sciences, qui les invite à présenter leur invention à Paris.

En 1783, Étienne Montgolfier réalise plusieurs vols captifs couronnés de succès. Mais c’est la démonstration donnée devant Louis XVI et la cour, dans l’avant-cour du Château de Versailles, qui marque les esprits. Le ballon, reconstruit dans l’urgence après une déchirure, est une imposante enveloppe de toile de coton doublée de papier, haute de plus de 18 mètres et pesant près de 400 kilos. Baptisé Le Réveillon, en hommage à Jean-Baptiste Réveillon, son mécène et fabricant de papiers peints, il devient le centre de toutes les attentions.

Par prudence, ce premier vol embarque des animaux, un mouton, un coq et un canard, qui s’élèvent à près de 600 mètres d’altitude avant d’atterrir quelques kilomètres plus loin, dans le bois de Vaucresson. Récupérés vivants par Jean-François Pilâtre de Rozier, ils deviennent les héros involontaires de cette aventure scientifique et sont recueillis à la ménagerie royale. L’expérience est un triomphe.

Quelques semaines plus tard, le 21 novembre 1783, l’audace franchit un nouveau seuil. Au château de La Muette, Pilâtre de Rozier prend place à bord d’une montgolfière pour le premier vol humain libre de l’histoire. Sous les acclamations de la foule, le ballon s’élève, flotte au-dessus de Paris et inaugure une ère nouvelle. Pour la première fois, l’homme quitte le sol sans artifice ni attache.

Cette gravure technique montre le principe de fonctionnement d’une montgolfière à la fin du XVIIIᵉ siècle : un foyer placé sous l’enveloppe chauffe l’air, qui devient plus léger et permet au ballon de s’élever, illustrant la simplicité ingénieuse d’une invention à la fois scientifique et spectaculaire.
Ces ascensions fondatrices ne sont pas seulement des exploits scientifiques : elles inaugurent une nouvelle forme de spectacle fondée sur la hauteur, le risque maîtrisé et l’émerveillement collectif. Bien avant les grandes attractions mécaniques du XIXᵉ siècle, la montgolfière s’impose comme l’une des premières attractions de vertige de l’histoire moderne, symbole éclatant de l’optimisme des Lumières et du rêve ancestral de voler.
Note : Jean-François Pilâtre de Rozier (1754–1785) est un physicien et aéronaute français, passé à l’histoire comme le premier homme à avoir effectué un vol libre en montgolfière, le 21 novembre 1783.
Connue sous le nom de scène « Aimée, la mouche humaine », cette artiste se produit à la fin du XIXᵉ siècle dans des numéros spectaculaires mêlant illusion scénique, fascination scientifique et vertige. Le principe du numéro consiste à se présenter suspendue tête en bas au-dessus du public, donnant l’impression qu’elle défie les lois de la gravité sans aucun appui visible. Si l’effet recherché repose sur une sensation de danger extrême, le numéro ne relève pas uniquement de l’exploit physique. Il s’appuie sur un dispositif technique dissimulé, combinant harnais, système d’ancrage et maîtrise précise de la posture, invisibles pour les spectateurs. La fixation par les pieds, souvent présentée comme naturelle ou anatomique, relève en réalité d’une ingénierie scénique soigneusement masquée.
Ce type d’attraction s’inscrit dans une période où le public est passionné par les sciences, la mécanique, l’équilibre et les illusions optiques. Le spectacle emprunte volontiers le langage du progrès technique et de l’expérimentation, brouillant les frontières entre démonstration scientifique et divertissement.
La présence d’une femme dans un numéro de vertige accentue l’impact visuel et symbolique de la performance. Suspendue au-dessus de la foule, elle incarne une figure à la fois fragile et audacieuse, jouant sur la transgression des normes corporelles et sociales féminines de son époque. L’iconographie associée à ce numéro peut elle-même relever d’une mise en scène amplifiée, voire d’une illustration retouchée, pratique courante dans la culture visuelle spectaculaire de la fin du XIXᵉ siècle.
Ce numéro illustre ainsi un moment clé de l’histoire du spectacle, où l’illusion, la technique et le corps humain s’unissent pour produire une attraction fondée autant sur l’imaginaire du danger que sur une maîtrise rigoureuse des dispositifs scéniques.

Aimée. La mouche humaine. Magie, illusions scéniques et divertissements scientifiques, y compris la photographie truquée. 1897. (Note : Le véritable nom de l’artiste reste incertain. Certaines sources non vérifiées mentionnent le nom d’Aimée Natalie Desbleumorts, parfois présentée comme d’origine suisse, mais aucune archive fiable ne permet à ce jour de confirmer cette identification.)
Ce terme, relevé dans le Dictionnaire de la langue verte d’Alfred Delvau, édition de 1883 complétée par Gustave Fustier, témoigne de l’engouement spectaculaire pour les ascensions en ballon à la fin du XIXᵉ siècle. Popularisée notamment par Sarah Bernhardt, cette pratique devient un divertissement mondain prisé des élites.
La ballomanie est alors décrite comme un véritable sport à la mode, au point de rivaliser avec le polo, le yachting et les autres loisirs dits « chics ». À la frontière du spectacle, du sport et de la mondanité, elle illustre l’attrait croissant pour les sensations aériennes et la fascination durable pour la conquête du ciel.

Champ-de-Mars. Billets d’avance pour ascension en ballon (1863)
Ce billet, imprimée en 1863 par l’imprimerie Morris et Cie, fait la promotion d’une double ascension comparative et simultanée organisée au Champ-de-Mars. Le public est invité à assister à l’envol du ballon Le Géant, emportant sa nacelle et ses passagers, ainsi qu’à celui d’un second ballon atteignant 500 mètres de hauteur avec deux voyageurs à son bord. L’événement, accessible contre paiement, témoigne de la transformation progressive de l’aérostation en spectacle populaire structuré, avec billetterie, horaires, tarifs différenciés et dispositifs d’observation. L’ascension devient ici un véritable divertissement urbain, attirant un public nombreux venu autant pour la prouesse technique que pour l’émotion du spectacle aérien.

Conservée au Musée Carnavalet, cette billet illustre l’engouement du public parisien pour les ascensions en ballon au XIXᵉ siècle et s’inscrit pleinement dans le phénomène de la ballomanie, où la conquête du ciel devient une attraction de masse, entre science, sensation et mondanité.
Ce numéro aérien spectaculaire présente un groupe d’artistes évoluant à grande hauteur sur des fils tendus entre deux pylônes métalliques, au-dessus d’un vaste filet de sécurité. Les équilibristes progressent en formation, tenant de longues perches, accentuant l’impression de vertige et la dimension collective du risque. Le public, massé au sol, assiste à la performance depuis un espace urbain transformé en théâtre à ciel ouvert.
Le décor permet d’identifier avec une forte probabilité la ville de Cologne, la cathédrale (Kölner Dom) apparaissant nettement à l’arrière-plan. Le numéro se déroule donc en Allemagne, dans un cadre urbain monumental, caractéristique des grandes attractions aériennes présentées en plein air.
La photographie peut être datée avec vraisemblance de la fin des années 1920 ou du début des années 1930, période durant laquelle les spectacles de hauteur et de vertige connaissent un essor important en Europe. Ces installations temporaires, mêlant structures métalliques, dispositifs de sécurité et performances humaines, visaient à impressionner par l’échelle, la hauteur et le danger réel.
En l’absence d’indications précises sur la troupe ou l’événement, la date exacte et l’identité des artistes restent incertaines. L’image témoigne néanmoins de l’âge d’or des numéros aériens collectifs, où la maîtrise du corps, la coordination et l’exposition au vide constituaient le cœur du spectacle.

James Gardner est un artiste de spectacle actif à la fin du XIXᵉ siècle, appartenant au vaste monde des attractions mêlant force, équilibre et dressage animal. Son numéro est présenté avec un singe nommé Jocko, animal dont le nom apparaît fréquemment dans les spectacles populaires de l’époque, sans qu’il soit toujours possible de déterminer s’il s’agit d’un individu précis ou d’un nom générique attribué à plusieurs singes dressés successivement.
Leur prestation repose sur une association entre performance humaine et animal dressé. Gardner exécute des exercices d’équilibre et de résistance, tandis que le singe intervient comme élément central du numéro, participant activement à la composition scénique. Cette interaction homme–animal s’inscrit dans une tradition de spectacle visant à renforcer l’étonnement du public par le contraste entre la maîtrise corporelle de l’artiste et l’intelligence supposée de l’animal.

Faute de descriptions techniques détaillées, il n’est pas possible d’affirmer avec certitude la nature exacte des dispositifs employés ni le degré réel de danger. Comme souvent dans les attractions de cette période, la performance devait combiner une prouesse authentique avec des effets de mise en scène destinés à amplifier l’impression de risque et d’exploit. James Gardner et Jocko illustrent ainsi une forme de spectacle aujourd’hui disparue, où l’exploit physique, l’équilibre et le dressage animal se rejoignaient dans une même attraction, à la frontière du cirque, de la foire et du divertissement en plein air.
Cette affiche annonce des ascensions gratuites en ballon captif proposées au Jardin d’Acclimatation en 1898. S’élevant jusqu’à 400 mètres de hauteur, le ballon permettait aux visiteurs de découvrir Paris vu du ciel, dans un cadre sécurisé mais spectaculaire, mêlant promenade aérienne et sensation de vertige.

Ouvertes au plus grand nombre, ces ascensions quotidiennes illustrent la démocratisation progressive de l’expérience aérienne à la fin du XIXᵉ siècle. Longtemps réservée aux pionniers et aux audacieux, l’élévation dans les airs devient ici un divertissement populaire, intégré à un lieu de loisirs urbains. Entre prouesse technique, fascination pour la hauteur et mise en scène du progrès, le ballon captif du Jardin d’Acclimatation s’inscrit dans la continuité des grandes attractions aériennes et participe à la diffusion d’une culture du vertige qui nourrira, au siècle suivant, les numéros spectaculaires du cirque et des parcs d’attractions.
Cette affiche fait la promotion du Grand Ballon captif, l’une des attractions les plus spectaculaires de l’Exposition universelle de 1889, installée au Champ-de-Mars, boulevard de Grenelle. La présence de la Tour Eiffel, érigée spécialement pour l’exposition, permet de situer immédiatement le contexte et souligne l’ambition technologique de l’événement.
Dirigé par l’aéronaute Henri Lachambre, le ballon captif proposait aux visiteurs une ascension verticale pouvant atteindre 400 mètres de hauteur. Retenu au sol par des câbles, il offrait une vue panoramique exceptionnelle sur Paris et sur l’ensemble du site de l’exposition. Les montées, organisées de jour comme de nuit, étaient accessibles contre paiement, transformant l’expérience aérienne en véritable attraction populaire.
Autour du ballon, l’affiche annonce un vaste espace de divertissement : orchestre, cafés, buffets, bars et attractions diverses, réunis dans un parc moderne entièrement éclairé à l’électricité. Le Grand Ballon captif incarne ainsi l’enthousiasme de la fin du XIXᵉ siècle pour le progrès technique et la conquête de l’air, à la frontière entre innovation scientifique, spectacle de masse et sensations nouvelles.

Henri LACHAMBRE. Aéronaute Directeur. Grand Ballon Captif de l'Exposition Universelle. Entrée 1f. Ascension le Jour et la Nuit jusqu'à 11 heures 10F. à 400mtres de Hauteur. 127, boulevard de Grenelle, 127 Champ de Mars. Imprimerie Lith. F.A. Appel , Imprimeur En 1889 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Le nec plus ultra de la hardiesse humaine – Travail aérien. L’Homme masqué (Paris, Parc Daumesnil, entre 1882 et 1888)
Cette affiche spectaculaire annonce un numéro aérien présenté au parc Daumesnil, à Paris, un lundi 15 août, entre 1882 et 1888. Elle s’inscrit pleinement dans l’âge d’or des attractions aériennes de la fin du XIXᵉ siècle, période où les ascensions en ballon captif ou libre deviennent des événements populaires mêlant science, prouesse physique et sensation forte.
Au centre de la composition figure l’« Homme masqué », artiste suspendu tête en bas par les pieds à un trapèze, lui-même accroché sous la nacelle d’un ballon aérostatique. Le port d’un masque noir, explicitement mentionné, participe à la dramaturgie du numéro : il entretient l’anonymat de l’artiste, renforce l’aura de danger et détourne l’attention de l’identité pour la concentrer sur la prouesse elle-même. Le corps devient ici l’ultime agrès, offert au vide. Le ballon est dirigé par Georges Besançon et Antoinette Jartoux, dont les noms figurent clairement sur l’affiche. Georges Besançon est connu comme l’un des pionniers de l’aérostation française, actif dans les domaines scientifiques et spectaculaires. La présence d’Antoinette Jartoux rappelle également la place, encore rare mais réelle, des femmes dans les pratiques aéronautiques de l’époque.
Le slogan proclamé, « Le nec plus ultra de la hardiesse humaine », résume parfaitement l’ambition du numéro : repousser les limites du corps humain face au vide, à la hauteur et au risque réel. Ce type de spectacle se situe à la frontière de plusieurs univers : attraction foraine, démonstration aéronautique et performance physique extrême.

Le nec plus ultra de la hardiesse humaine. Travail aérien. L’homme masqué. Au parc Daumesnil. Lundi 15 aout Entre 1882 et 1888 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Mr Sands, dit « The Air-Walker »
Mr Sands est un artiste britannique actif au milieu du XIXᵉ siècle, connu sous le surnom de « The Air-Walker », appellation qui désigne alors des artistes spécialisés dans les exercices de suspension, d’équilibre et de déplacement en hauteur, sans appui visible au sol. Il se produit notamment à Londres, au Drury Lane Theatre, l’un des plus prestigieux théâtres de la capitale, réputé pour accueillir des attractions spectaculaires autant que des pièces dramatiques. Son numéro repose sur une maîtrise extrême du corps et du vertige. Il évolue suspendu au-dessus de la scène, souvent en position inversée, réalisant des déplacements ou des poses qui donnent l’illusion de « marcher dans l’air ». Ces performances exigent une grande force musculaire, une endurance considérable et un contrôle absolu de la respiration, tout en entretenant volontairement une impression de danger permanent.
À cette époque, ce type de numéro se situe à la frontière entre acrobatie réelle, prouesse physique et illusion scénique. Les dispositifs techniques (cordes, mécanismes de suspension, points d’ancrage) sont volontairement dissimulés ou minimisés afin de renforcer l’effet de mystère et de risque. Le public du XIXᵉ siècle, très sensible aux démonstrations de hardiesse humaine, perçoit ces numéros comme de véritables exploits.
Les informations biographiques sur Mr Sands restent limitées, ce qui est courant pour les artistes d’attractions de cette période. Il n’en demeure pas moins une figure représentative des grandes attractions aériennes pré-circassiennes, à une époque où les théâtres proposaient des numéros fondés sur la confrontation directe entre le corps humain et le vide.

Exploit de M. Sands, le marcheur aérien, au Drury Lane Theatre, Londres L’image provient de The Illustrated London News, célèbre magazine d’actualité illustré britannique du XIXᵉ siècle.
Titre publié : “Feat of Mr. Sands, the ‘Air-Walker’, at Drury Lane Theatre, London”.
L’illustration est non datée, mais correspond stylistiquement et historiquement au milieu du XIXᵉ siècle.