
Gadbin ‘L’Écrasé vivant’
Vers 1906, aux Folies-Bergère, l’artiste connu sous le nom de Gadbin impose l’un des numéros les plus saisissants de son temps : « l’Écrasé vivant ». Ancien chanteur et diseur, Gadbin se détourne du registre vocal pour s’inscrire dans une forme de spectacle radicale, où le corps humain devient l’ultime terrain d’épreuve de la modernité mécanique.

Appareil de Gadbin [tremplin pour un vélo, 2 février 1908 à Buffalo. Photographie de presse : Agence Rol. 1908. Source : gallica.bnf.fr / BnF
Le principe du numéro est d’une brutalité spectaculaire assumée : Gadbin s’allonge sur le dos, sur une plateforme spécialement aménagée, tandis qu’une automobile de 40 chevaux, symbole éclatant de la puissance industrielle naissante, lui passe lentement sur le ventre. Le véhicule, loin d’être vide ou allégé, transporte jusqu’à six spectateurs, renforçant la véracité et la tension de la démonstration. Aucun trucage n’est dissimulé : la performance repose uniquement sur la résistance physique de l’artiste et sur la précision du dispositif.

Gadbin ‘l'écrasé vivant’, spectacle aux Folies Bergère. Agence Rol. 1906. Source gallica.bnf.fr / BnF
Ici, la voiture n’est pas un simple accessoire, mais le cœur même de l’attraction mécanique. Elle incarne la force moderne, lourde, implacable, face à laquelle le corps humain paraît fragile, presque dérisoire. Gadbin ne cherche pas à dominer la machine par la vitesse ou par la force musculaire, mais à supporter sa masse, à devenir un point fixe contre lequel s’exerce toute la pression du progrès technique.

Gadbin ‘l'écrasé vivant’, spectacle aux Folies Bergère. Agence Rol. 1906. Source gallica.bnf.fr / BnF
Ce numéro s’inscrit pleinement dans la fascination du début du XXᵉ siècle pour les machines puissantes, les moteurs, l’ingénierie spectaculaire, et pour les limites physiques de l’homme confronté à ces nouvelles forces. Le public ne vient pas seulement voir un homme en danger, mais assister à une expérience limite, où la modernité elle-même semble tester la résistance du corps humain.

Acrobate du tremplin, 2 février 1908 à Buffalo. Photographie de presse. Agence Rol. 1908 Source : gallica.bnf.fr / BnF
Cette quête du danger absolu conduira Gadbin toujours plus loin. En 1908, alors qu’il présente à l’étranger un autre numéro extrême, significativement intitulé « le Saut de la Mort », l’artiste trouve la mort. Son destin illustre tragiquement cette époque où certains spectacles n’étaient pas des illusions du risque, mais de véritables épreuves de survie, faisant du corps de l’artiste un champ d’expérimentation pour les forces mécaniques et les pulsions spectaculaires de la modernité.
Les spectacles d’hippodrome apparaissent et se développent à partir des années 1870–1880 dans les grandes capitales européennes. Présentés dans de vastes enceintes couvertes ou à ciel ouvert, ils reposent sur des tableaux équestres spectaculaires mêlant courses, cascades, scènes militaires, chutes simulées et effets de masse. Cavaliers, chevaux et figurants y rejouent des épisodes exotiques, historiques ou coloniaux, transformant la piste en véritable théâtre d’action.
Ces attractions ne relèvent pas du manège mécanique, mais du spectacle vivant, fondé sur la vitesse, le risque apparent et la maîtrise animale. Très populaires entre 1880 et 1914, les hippodromes attirent un public nombreux par l’ampleur des décors, la multiplication des participants et la promesse d’émotions fortes, avant de décliner avec l’évolution des loisirs et l’essor du cinéma.
Note : À ne pas confondre avec les hippodromes de courses : les hippodromes de spectacle de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle n’étaient pas des lieux de compétition sportive, mais des espaces dédiés à des spectacles équestres mis en scène, mêlant cascades, tableaux historiques et divertissement populaire.

Hippodrome au pont de l'Alma. Splendide palais. Tous les jours à 3 H. Tous les soirs à 8 H. Affiche non identifiée. 1878. Source gallica.bnf.fr / BnF
Le Gouffre de la Mort – Au-dessus des flammes est une attraction de sensation extrême du début du XXᵉ siècle, dans laquelle un pilote lance sa moto à pleine vitesse à l’intérieur d’un cylindre vertical, se maintenant par la seule force centrifuge, tandis qu’un brasier brûle au fond du puits. Présenté comme « la plus audacieuse attraction du siècle », ce numéro spectaculaire joue sur la vitesse, le feu et le danger immédiat, transformant la prouesse mécanique en véritable épreuve de vertige pour l’artiste comme pour le public.

Apparue au début du XXᵉ siècle, vers 1905–1910, Le Gouffre de la Mort fut présentée dans les fêtes foraines et parcs d’attractions itinérants en France et en Europe. Cette attraction de sensation connut son apogée entre les années 1910 et 1930, avant de disparaître progressivement.
Cette série de photographies documente la tour à parachutistes installée au parc d’attractions de l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne, organisée à Paris du 25 mai au 25 novembre 1937. L’attraction prenait place sur le site du Champ-de-Mars, au cœur d’un vaste espace consacré au divertissement, à la démonstration technique et aux sensations fortes.
La tour, imposante structure métallique, fut réalisée par les Chantiers de Saint-Nazaire Penhoët. Équipée d’un escalier central en colimaçon, elle permettait aux participants de s’élever à une hauteur significative avant d’effectuer un saut en parachute, offrant au public une expérience mêlant vertige, audace et maîtrise technique. L’attraction transformait ainsi une pratique issue du monde aéronautique et militaire en spectacle accessible au grand public.

Le fonctionnement était strictement encadré : des moniteurs en uniforme, visibles sur plusieurs clichés, assuraient la préparation des sauteurs, l’ajustement des harnais et le bon déroulement des descentes. Leur présence soulignait à la fois le sérieux de l’organisation et la dimension moderne, presque professionnelle, de ce divertissement.
Dominant l’ensemble du parc d’attractions, la tour s’inscrivait dans un environnement foisonnant où se côtoyaient autres manèges spectaculaires — grande roue, attractions mécaniques — et présentations de matériel industriel et militaire, dont des pièces d’artillerie exposées au pied de la structure. Cette juxtaposition illustre parfaitement l’esprit de l’exposition de 1937, où progrès technique, industrie, spectacle et sensations nouvelles se mêlaient étroitement.

À la croisée du sport, du divertissement et de la démonstration technologique, la tour à parachutistes incarne l’attrait des années 1930 pour le risque maîtrisé et la conquête du vide. Elle s’inscrit dans la continuité des grandes attractions de vertige, héritières des ballons, des tours et des machines spectaculaires qui, depuis le XIXᵉ siècle, font du progrès un spectacle à part entière.

(Exposition internationale des arts et techniques, Paris 1937 Le saut en parachute du parc d'attractions : photographie de presse. 1937. Source gallica.bnf.fr )