Attractions et numéros de vitesse et vélocipédistes

Course dans le vide

Présentée au Coliseum de Paris au début des années 1910, la course dans le vide est un numéro spectaculaire fondé sur la vitesse, le vertige et la maîtrise du risque. Les artistes y pilotent des voitures légères, lancées sur une piste fortement inclinée évoquant un tremplin de ski, installée à l’intérieur même du théâtre.

Coliseum, course dans le vide (deux voitures sur un tremplin de ski dans un théâtre, 14-11-12) . Photographie de presse. Agence Rol]. 1912. Source gallica.bnf.fr / BnF

Ce numéro repose avant tout sur le sang-froid et la précision des conducteurs, capables de maintenir trajectoire et équilibre dans un espace clos, sous le regard du public disposé sur plusieurs niveaux. L’exploit n’est pas tant une démonstration mécanique qu’une performance humaine, où l’anticipation, la coordination et l’expérience jouent un rôle déterminant. Pensée comme une attraction de vitesse en salle, la course dans le vide transpose les sensations des pistes extérieures dans le cadre théâtral. Elle incarne une forme moderne de spectacle de sensations, emblématique des recherches menées à cette période pour renouveler les numéros et offrir au public des émotions toujours plus intenses.

Coliseum, course dans le vide. Deux voitures sur un tremplin de ski dans un théâtre, 14-11-12. Photographie de presse. Agence Rol]. 1912. Source gallica.bnf.fr / BnF

Note : Les artistes de la course dans le vide restent anonymes dans les sources, le numéro étant présenté comme une attraction collective de vitesse et de sensation.

Coliseum, course dans le vide [deux voitures sur un tremplin de ski dans un théâtre, 14-11-12). Agence Rol. 1912.

Coliseum - 65, Rue de Rochechouart, 9e Le Coliseum (1907- 1928) était un célèbre music-hall qui a connu son apogée au début du 20e siècle. 

Voir: Coliseum: Salles Music-Hall / Cabaret / Café Concert


Diavolo

Diavolo fut l’un des artistes marquants du looping-the-loop au début du XXᵉ siècle, à l’époque où ces numéros de cyclisme acrobatique fascinaient le public européen. Son nom de scène, évocateur du danger, souligne la dimension extrême de sa spécialité.

Il se produisait sur une piste circulaire de grande taille, exploitant uniquement la vitesse et la force centrifuge pour maintenir sa trajectoire, sans mécanisme caché ni assistance technique connue. Certaines images laissent penser que la structure pouvait comporter des zones visuellement discontinues, mais les sources disponibles ne permettent pas d’affirmer avec certitude l’existence d’un saut volontaire dans le vide.

Comme pour les autres artistes du looping-the-loop, la présence d’un vaste filet de sécurité rappelle cependant le risque permanent encouru. Le numéro de Diavolo s’inscrit ainsi dans cette courte période où la prouesse physique, la maîtrise du mouvement et la hardiesse humaine constituaient l’essence même de ces attractions spectaculaires.


Méphisto

Méphisto, cycliste de l’extrême et pionnier du looping-the-loop (vers 1900–1905)

Connu sous le nom de scène Méphisto, cet artiste figure parmi les pionniers des numéros cyclistes de vertige au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Actif principalement au début des années 1900, il s’illustre dans un type de performance alors totalement inédit : le looping-the-loop à bicyclette, consistant à parcourir une piste circulaire complète, jusqu’au renversement total du corps, tête en bas, uniquement maintenu par la vitesse et la force centrifuge.

Méphisto se produit notamment à Paris, dans de grandes salles de spectacles et établissements de divertissement modernes comme le Casino de Paris, lieux emblématiques de l’hybridation entre music-hall, attraction mécanique et prouesse physique. Son numéro s’inscrit dans un contexte de fascination contemporaine pour la science appliquée, la vitesse, et les lois de la physique, à une époque où le public débat encore de la réalité ou du « trucage » possible de tels exploits.

Casino de Paris. Méphisto.1903. Biais, Maurice (1872-1926). Illustrateur.  Source gallica.bnf.fr / BnF 

Contrairement aux simples exhibitions cyclistes, le numéro de Méphisto exige une maîtrise extrême de l’équilibre, du pédalage continu et du calcul précis de la vitesse minimale, sans laquelle la chute est inévitable. Les témoignages de l’époque insistent sur le fait que les pistes ne sont pas mécanisées, ce qui renforce la dimension authentiquement physique et dangereuse de la performance.

Ce dessin technique montre la réalité brutale de l'entraînement. On y voit Méphisto perdant le contrôle de sa bicyclette sur la structure de bois, illustrant le moment précis d'une « embardée ». Cette image souligne la dangerosité du numéro et la précision millimétrée requise pour rester sur la piste centrale sans heurter les protections latérales.

Peu d’éléments biographiques précis sont aujourd’hui établis sur son véritable nom, son origine exacte ou la durée complète de sa carrière, ce qui est fréquent pour les artistes de ce type, souvent identifiés uniquement par leur nom de scène. Il n’en demeure pas moins que Méphisto apparaît comme l’un des représentants majeurs de cette génération d’artistes-athlètes, à la frontière du sport, de l’ingénierie et du spectacle, annonçant les grandes attractions mécaniques et les numéros de sensation du XXᵉ siècle.


Les Selbinis. Famille de vélocipédistes

La famille Selbini était une des troupes de cirque et de music-hall les plus célèbres et les plus novatrices de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, particulièrement reconnue pour ses numéros de vélocipédistes acrobatiques.

Le fondateur de la troupe était John Selbini, né Patrick Joseph McCoy vers 1854 aux États-Unis. Il a débuté comme acrobate et contorsionniste dans diverses troupes avant d'adopter le nom de scène de Jack (ou John) Selbini.

Vers 1875, il est devenu l'attraction principale de sa troupe en se spécialisant dans le cyclisme acrobatique (le "trick cycling"). À cette époque, le vélo (ou vélocipède) était une invention relativement récente et en pleine évolution, et son utilisation dans les spectacles de cirque était particulièrement innovante et audacieuse.

La Famille Selbini.

Les Selbinis se sont distingués par des numéros incroyablement complexes et dangereux pour l'époque : Ils étaient notamment décrits comme "les seuls artistes à faire des sauts périlleux en avant et en arrière sur des vélocipèdes".

Ils réalisaient des figures où plusieurs membres de la troupe montaient sur un seul vélo en mouvement, formant des pyramides ou des colonnes humaines. Des numéros pouvaient combiner le cyclisme avec la jonglerie ou d'autres formes d'acrobaties, par exemple une jeune femme jonglant tout en étant en équilibre sur la tête d'un partenaire qui pédalait.

Ils ont utilisé des grand-bis (bicyclettes à grande roue avant) et d'autres types de vélocipèdes qui étaient en vogue à l'époque.

John Selbini et son épouse, Lily, ont formé une troupe familiale. Leur fille aînée, Lalla (Mary Elizabeth McCoy), née en 1878, a rejoint le numéro et est devenue une figure importante. Dès les années 1880, la famille Selbini a entamé de longues tournées. En 1883, ils ont réalisé une tournée de deux ans en Amérique du Nord. Ils sont retournés aux États-Unis en 1887 pour une autre tournée.

Dans les années 1890, la troupe tournait constamment en Grande-Bretagne et en Europe, et était devenue une attraction vedette sur les affiches des théâtres de variétés (music-halls). En 1893, la troupe s'était agrandie pour compter jusqu'à huit membres, incluant John, Lily, leurs trois filles, un fils, et d'autres artistes.

John Selbini était un innovateur. Il a créé un gymnase pour l'entraînement, déposé des brevets pour du matériel acrobatique et a même été impliqué dans la création de clubs cyclistes, montrant l'influence de leur art sur la popularité du vélo.

Folies-Bergère. Les Selbinis, famille de vélocipédistes. Affiche non identifiée. 1887. ource gallica.bnf.fr / BnF

La famille Selbini est un exemple parfait des troupes familiales qui ont dominé l'ère du music-hall et du cirque à la Belle Époque. Leur capacité à fusionner l'innovation technologique (le vélo) avec des performances acrobatiques audacieuses en a fait des pionniers et des artistes très appréciés de leur temps. Leur histoire est celle d'une famille d'artistes qui a su s'adapter et innover pour captiver le public mondial.

Lily Selbini, l'épouse de John, a pris sa retraite après une tournée en Australie en 1897, mais la famille Selbini a continué à se produire, avec de nouvelles générations rejoignant la troupe. John Selbini est décédé en 1932.

Mademoiselle Selbini, acrobate à vélo - Edité par : 'Berliner Illustrirte Zeitung' 1904.

Comme beaucoup de troupes familiales de cette époque, la troupe des Selbini s'est progressivement dissoute après le retrait ou le décès de ses membres fondateurs et la fin de l'activité des générations suivantes. Le monde du cirque et du music-hall a également évolué, rendant les numéros très spécifiques de "vélocipédistes acrobatiques" moins courants sous cette forme.