
Apparu au début du XIXᵉ siècle, le cosmorama est un dispositif de spectacle visuel permettant au public d’observer des vues de villes, de monuments ou de paysages lointains à travers des lentilles grossissantes. Les images, soigneusement éclairées et placées au fond de boîtes optiques, donnent une impression de profondeur et de réalisme qui renforce l’illusion du voyage.
Installés dans des salles dédiées ou dans des cabinets d’optique, les cosmoramas proposent aux spectateurs de parcourir le monde sans quitter la ville. On y découvre des vues de grandes capitales, de monuments célèbres ou de paysages exotiques, souvent inspirées de gravures ou de peintures réalisées par des voyageurs et des artistes.
Très populaires dans les années 1820–1840, les cosmoramas participent à la fascination du XIXᵉ siècle pour les images du monde et les spectacles visuels. Ils s’inscrivent dans la même famille que les panoramas, les dioramas ou les géoramas, qui cherchent tous à immerger le spectateur dans une représentation spectaculaire de la réalité.
Au milieu du XIXᵉ siècle, l’engouement pour ces dispositifs optiques diminue progressivement avec l’apparition de nouvelles formes de spectacles visuels, notamment la photographie puis les premières projections d’images.

Principe d’un cosmorama.
Schéma montrant un dispositif optique où l’image, observée à travers une lentille, donne au spectateur une impression de profondeur et de perspective.
Gravure du XIXᵉ siècle. Domaine public. Note : A : oculaire — B : image — C : boîte optique (système de lentilles).
Chronologie du cosmorama (1800-1850) Vers 1800 : Europe.
Les premiers cosmoramas apparaissent dans les cabinets d’optique et les lieux de divertissement. Ils prolongent la tradition des vues perspectivistes et des boîtes optiques du XVIIIᵉ siècle.
Début du XIXᵉ siècle : Paris.
Des salles de cosmorama ouvrent dans la capitale. Le public observe, à travers des lentilles, des vues détaillées de monuments, de paysages et de villes du monde entier.
1820-1840 : Europe.
Le cosmorama connaît une grande popularité dans plusieurs villes européennes. Les collections d’images s’enrichissent régulièrement et proposent des voyages visuels à travers l’Europe, l’Orient ou l’Amérique.
Milieu du XIXᵉ siècle.
L’intérêt du public pour ces dispositifs optiques décline progressivement avec l’apparition de nouveaux spectacles visuels et l’essor de la photographie.

Fotoplastikon (cosmorama circulaire) présenté dans l’usine d’émail d’Oskar Schindler, Cracovie.

Instruments de dessin et de perspective, Angleterre, début 1800, planche issue de Rees’s Cyclopaedia, illustrant les outils permettant de construire des images en perspective, utilisées pour les vues de cosmorama.

Explication du cosmorama, Angleterre, 1821, gravure publiée dans La Belle Assemblée, montrant la salle de présentation et le fonctionnement optique des vues : images éclairées et observées à travers des lentilles, créant une illusion de profondeur et de réalisme. Note : Cette planche publiée en 1821 dans La Belle Assemblée présente à la fois l’usage et le fonctionnement du cosmorama. Elle montre, d’une part, la disposition des spectateurs dans la salle (Fig. 1) et, d’autre part, les principes optiques du dispositif (plan et coupe). L’ensemble explique comment une image placée dans une boîte, éclairée et observée à travers une lentille, produit une impression de profondeur et de réalisme.

Boîte de cosmorama avec série de vues peintes sur plaques de verre, Angleterre, vers 1820–1840.
Dispositif optique destiné à l’observation individuelle d’images de paysages et monuments, agrandies et mises en relief par un système de lentilles.
Source : Science Museum, Londres.
Cosmorama de Berlin. Kaiserpanorama (vers 1880, héritier du cosmorama)
Vers 1800–1825 : Berlin connaît plusieurs cosmoramas installés dans des cabinets optiques proposant des vues de villes européennes et de paysages lointains. Peu de dispositifs précis de cette période sont conservés ou documentés visuellement.
Vers 1880 : Le Kaiserpanorama, développé à Berlin, constitue une évolution directe et bien documentée de ces premiers cosmoramas. Ce dispositif circulaire permet à plusieurs spectateurs assis d’observer simultanément des images stéréoscopiques à travers des oculaires individuels.
Chaque poste de vision présente une image différente, souvent des monuments, des scènes urbaines ou des paysages du monde entier. Le principe reste identique à celui du cosmorama : observation individuelle à travers une lentille, correction de la perspective et illusion de profondeur.
Le Kaiserpanorama offre ainsi un témoignage concret et conservé de ces pratiques visuelles, prolongeant les cosmoramas du début du 1800 vers des formes plus collectives et mécanisées.

Kaiserpanorama, Berlin, fin 1800,dispositif circulaire permettant à plusieurs spectateurs d’observer des vues du monde à travers des oculaires individuels.
Vers 1820–1840 : À Leicester Square, quartier animé du West End proche des théâtres et des lieux de divertissement, un cosmorama s’installe parmi les nombreuses attractions visuelles proposées au public londonien.
Le dispositif se présente comme une galerie où s’alignent des ouvertures équipées de lentilles. Chaque poste permet d’observer une vue distincte : monuments européens, perspectives urbaines ou paysages célèbres. La lentille corrige les déformations de l’image et restitue une profondeur cohérente.
Les images sont préparées pour cet usage : cadrage précis, lignes de fuite accentuées, contrastes renforcés. L’éclairage, maîtrisé, contribue à la lisibilité et à l’effet de relief.
Situé dans un quartier très fréquenté, ce cosmorama fonctionne comme une attraction accessible et renouvelable, s’intégrant pleinement à la vie culturelle de Leicester Square.

Leicester Square, Londres, vers 1750, quartier de spectacles et de curiosités où s’implantent, au début du 1800, plusieurs cosmoramas.
Vers 1820–1835 : À Milan, un cosmorama est attesté dans le secteur de la Contrada dei Mercanti, à proximité de la Piazza dei Mercanti, cœur commercial et animé de la ville. Ce type d’implantation, au croisement des flux urbains, favorise une fréquentation régulière.
Le dispositif repose sur une série d’ouvertures équipées de lentilles, permettant l’observation individuelle de vues optiques. Les images présentées — places italiennes, architectures urbaines, paysages, sont adaptées à ce mode de vision : lignes de fuite accentuées, cadrage précis, contrastes renforcés.
La présence de ces cosmoramas dans le centre de Milan s’inscrit dans une culture visuelle active, liée à la circulation des images et à l’intérêt du public pour les représentations du monde.

Vue d’optique d’une place urbaine en Italie, début 1800, type d’image présenté dans les cosmoramas milanais, conçu pour accentuer la perspective et la profondeur.
Vers 1820–1840 : À Naples, un cosmorama est installé dans le secteur du Largo di Palazzo (actuelle Piazza del Plebiscito), vaste espace central très fréquenté. Situé à proximité du palais royal et des principales zones de passage, il bénéficie d’un public nombreux et varié.
Le dispositif repose sur une série d’ouvertures équipées de lentilles, permettant l’observation individuelle de vues optiques. Les images présentées sont fortement liées au contexte napolitain : vues de la baie, du Vésuve, du port ou de monuments emblématiques.
Ces images sont adaptées pour ce mode de vision : perspectives accentuées, profondeur renforcée, contrastes marqués. La lentille corrige les déformations et restitue un espace lisible, donnant au spectateur une impression de relief.
À Naples, ces cosmoramas tirent parti de l’attrait visuel exceptionnel de la ville et de ses paysages, particulièrement recherchés dans toute l’Europe au début du 1800.

Vue de la baie de Naples avec le Vésuve, XIXᵉ siècle, type d’image très diffusé dans les cosmoramas européens pour son effet de profondeur et son caractère spectaculaire.
Vers 1825–1845 : À New York, un cosmorama est installé sur Broadway, axe central en plein développement, déjà marqué par les commerces, les spectacles et les lieux de curiosité. Cette implantation permet de toucher un public large, mêlant habitants et visiteurs.
Le dispositif repose sur une série d’ouvertures équipées de lentilles, à travers lesquelles le spectateur observe des vues optiques. Les images présentées — villes européennes, paysages, ports — témoignent d’un regard encore largement tourné vers l’Ancien Monde, tout en intégrant progressivement des vues américaines.
Les gravures sont adaptées à ce mode de vision : perspective accentuée, cadrage précis, détails renforcés. La lentille corrige les déformations et restitue une profondeur cohérente.
À New York, ce type d’installation marque l’importation directe des modèles européens. Le cosmorama s’inscrit ainsi dans une phase de transition, où les pratiques visuelles circulent et se diffusent rapidement entre les grandes villes.

Vue de Washington et du Capitole, XIXᵉ siècle, type d’image américaine présentée dans les cosmoramas de New York, mettant en valeur monuments et perspectives urbaines.
Vers 1818–1830 : Sur le boulevard Montmartre, le cosmorama de Delanglard figure parmi les cabinets optiques identifiés dans ce secteur très animé des Grands Boulevards. Installé au cœur d’un axe déjà dédié aux spectacles d’images, il attire un public de passage, mêlant promeneurs et amateurs de curiosités visuelles.
Le dispositif repose sur une série d’ouvertures équipées de lentilles, permettant d’observer individuellement des vues préparées pour cet usage. Les images — monuments, perspectives urbaines, paysages, présentent des lignes de fuite accentuées et un cadrage précis, renforçant l’effet de profondeur.
La lentille corrige les déformations et restitue un espace cohérent, transformant la gravure en une scène lisible. Le parcours se fait rapidement, d’une image à l’autre, dans une succession de regards courts.
Le cosmorama de Delanglard s’inscrit ainsi dans l’effervescence visuelle du boulevard Montmartre, aux côtés des panoramas et autres spectacles d’images qui marquent cette période.

Boulevard Montmartre, Paris, fin XIXᵉ siècle, axe majeur des spectacles et curiosités visuelles où s’installent les cosmoramas au début du 1800.
Vers 1808–1810 : Installé dans le passage des Panoramas, le cosmorama figure parmi les premiers cabinets optiques parisiens. Le dispositif repose sur une série d’ouvertures alignées, chacune donnant accès à une vue observée à travers une lentille.
Les images, monuments, perspectives urbaines, paysages, sont spécialement adaptées : lignes de fuite accentuées, cadrage précis, détails renforcés. La lentille corrige la perspective et restitue une profondeur convaincante.
Situé dans un lieu de promenade très fréquenté, ce cosmorama s’impose rapidement comme une attraction simple et efficace, fondée sur la qualité des vues et la précision du regard.

Passage des Panoramas, vers 1810. Paris Musées - Musée Carnavalet
Note : Le passage des Panoramas, créé en 1799, est l’un des plus anciens passages couverts de Paris. Situé sur les Grands Boulevards, il doit son nom aux panoramas installés à proximité. Très fréquenté au début du 1800, il accueille boutiques, cafés et spectacles visuels, constituant un cadre idéal pour l’installation des premiers cosmoramas.
Dans la première moitié des années 1800, le Cosmorama devient à Londres l’une des attractions visuelles les plus populaires. Installé aux 207–209 Regent Street, ce lieu propose au public une série de vues optiques représentant des villes, monuments et paysages lointains.
Les images, souvent peintes ou gravées avec un grand souci du détail, sont observées à travers des dispositifs optiques munis de lentilles qui en amplifient la perspective et donnent l’illusion de profondeur. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir des scènes de Rome, Constantinople, Jérusalem, Venise ou encore des paysages exotiques, comme s’ils voyageaient à travers le monde.
Ces établissements s’inscrivent dans la grande vogue des spectacles visuels du XIXe siècle, aux côtés des panoramas, dioramas et autres attractions optiques qui cherchent à immerger le spectateur dans l’image bien avant l’apparition du cinéma.

1852. Londres. Cosmorama Rooms, Regent Street. Affiche annonçant une curiosité présentée dans les Cosmorama Rooms, lieu londonien où le public venait découvrir spectacles visuels et phénomènes étonnants.
Au fil du temps, le Cosmorama de Regent Street change de nature. Le lieu est finalement transformé en une exposition de curiosités connue sous le nom de Prince of Wales Bazaar. On y présente alors une collection d’objets et de phénomènes destinés à divertir et surprendre le public. Parmi les attractions figurent notamment un lion de mer, un supposé serpent de mer, ainsi que le célèbre cirque aux puces de L. Bertolotto, l’un des spectacles de puces savantes les plus connus de l’époque.
Cette évolution illustre la transformation progressive de ces espaces : du spectacle d’images vers les cabinets de curiosités et les attractions populaires, dans une époque où le public recherche sans cesse de nouvelles formes d’émerveillement visuel.

Cosmorama de Regent Street, Londres.
Gravure expliquant le fonctionnement d’un cosmorama : les visiteurs observent, à travers des lentilles installées dans des boîtes murales, des vues peintes de villes et de paysages du monde.
Figure 5 – “Explanation of The Cosmorama”, La Belle Assemblée, 1 décembre 1821, p. 240. Domaine public.La Belle Assemblée 01/12/1821, p. 240.