
Note : À ne pas confondre
Panorama : Grande peinture circulaire entourant le spectateur et représentant paysages, villes ou événements, offrant une vision continue à 360 degrés.
Cyclorama : Type particulier de panorama généralement consacré à la représentation spectaculaire d’une bataille ou d’un grand événement historique, souvent accompagné d’un premier plan en relief destiné à renforcer l’illusion.
À la fin du XVIIIᵉ siècle apparaît une nouvelle forme de spectacle visuel destinée à plonger le spectateur au cœur de l’image : le panorama. Le principe consiste à présenter une immense peinture circulaire installée à l’intérieur d’un bâtiment appelé rotonde. Placé sur une plateforme centrale, le public découvre une image continue à 360 degrés représentant un paysage, une ville ou un événement historique.
Grâce à un éclairage soigneusement dissimulé au sommet de la coupole et à l’ajout d’éléments de décor au premier plan, l’image donne l’impression d’entourer complètement le spectateur. Celui-ci n’observe plus simplement une scène : il a le sentiment d’être immergé dans le paysage représenté.
Très populaires entre la fin du XVIIIᵉ siècle et le milieu du XIXᵉ siècle, les panoramas constituent l’une des premières grandes tentatives de reconstitution visuelle immersive. Ils marquent une étape importante dans l’histoire des spectacles d’images et annoncent déjà les dispositifs visuels qui conduiront, un siècle plus tard, à l’apparition du cinéma.

Principe d’un panorama (fin XVIIIᵉ – XIXᵉ siècle).
Schéma montrant la plateforme centrale, la peinture circulaire et l’éclairage zénithal utilisés pour créer l’illusion immersive. Domaine public.
Chronologie du panorama (1787-1900) 1787 : Londres.
Le peintre irlandais Robert Barker dépose le brevet du panorama et ouvre le premier bâtiment circulaire destiné à présenter ce nouveau spectacle visuel.
1790 : Londres. Ouverture du premier Panorama de Leicester Square, qui rencontre un grand succès et attire un public nombreux.
Début du XIXᵉ siècle : Europe. Les panoramas se multiplient dans les grandes villes : Paris, Berlin, Vienne, Bruxelles ou New York.
Milieu du XIXᵉ siècle. Les panoramas deviennent de vastes spectacles historiques représentant batailles, sièges et événements célèbres.
Fin du XIXᵉ siècle. Le panorama évolue vers des formes encore plus monumentales comme les cycloramas, tandis que d’autres spectacles immersifs apparaissent, annonçant les projections panoramiques du cinéma.

Coupe d’une rotonde de panorama.
Gravure du XIXᵉ siècle montrant l’architecture intérieure d’un bâtiment conçu pour présenter une immense peinture circulaire immersive aux spectateurs.
Source : Rudolph Ackermann, The Microcosm of London, 1808–1810. Domaine public.
Panorama On donne le nom de panorama à un grand tableau circulaire, horizontal et continu, qui représente en perspective la vue d'une ville ou d'un paysage. Ce spectacle a été imaginé au dix-huitième siècle par un Allemand, le professeur Breysig, de Dantzig ; en 1793, Robert Barker le fit connaître à Édimbourg, et c'est le célèbre Américain Robert Fulton qui l'importa en France en 1804. On a dit avec raison que le panorama est le triomphe de la perspective. Pour faire un ouvrage de ce genre, l'artiste, placé sur un endroit très élevé, tel que le sommet d'une montagne, peint le paysage qui l'entoure, et ne s'arrête que là où l’horizon borne sa vue et oppose à celle-ci une barrière infranchissable.
Quant au spectateur, placé au centre de la construction qui abrite le panorama, il se trouve précisément dans la situation du peintre lorsqu'il exécutait son œuvre, et, grâce à cet artifice, il lui semble être réellement transporté sur le lieu dont on lui offre la représentation. Le premier panorama fut installé à Paris, au boulevard des Capucines, par un nommé Provost ; on y voyait une vue d'Athènes, qui obtint le plus grand succès. En 1823, il fut transféré au boulevard Montmartre, dans grande rotonde située à peu près à l'endroit où débouche aujourd'hui la rue Vivienne, et l'on y entrait par le passage qui, de ce voisinage, a conservé jusqu'à ce jour le nom de passage des Panoramas. Il disparut peu après 1830, après qu'on y eut admiré de superbes vues de Rome, de Naples et d'Amsterdam.
Deux ou trois ans plus tard, le colonel Langlois ouvrit, rue des Marais, un panorama où il exposait une vue d'Alger ; il transporta ensuite son établissement aux Champs-Élysées, où il obtint beaucoup de succès avec une vue de la bataille d'Eylau, puis avec un tableau de la prise de Malakoff. Depuis longtemps déjà le panorama du colonel Langlois a disparu, mais dans ces dernières années plusieurs établissements de ce genre ont été ouverts au public.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Expérience de chambre noire (camera obscura), gravure ancienne montrant la projection inversée d’une scène extérieure sur un écran, principe fondamental de l’optique et des futurs spectacles d’images.
Source : Bibliothèque municipale de Lyon.
Note : La chambre noire constitue l’un des fondements scientifiques des spectacles d’images. En permettant de comprendre la formation et la projection de l’image par la lumière, elle influence les artistes et les dispositifs visuels du XIXᵉ siècle. Le panorama prolonge cette recherche en transformant l’image en une expérience immersive à grande échelle.
‘Le premier panorama présenté, à Paris, en août 1799, fut une Vue de Paris, prise au sommet du dôme central des Tuilerie. Le Journal des Dames et des Modes en parla ainsi : ‘Il vient d’être offert à la curiosité des amis des arts, dans le Pavillon circulaire, construit, depuis peu, dans l’intérieur du Jardin d’Apollon, ci-devant des Capucines, près le boulevard, un plan de Paris, peint avec tout le charme de la vérité et tout le séduisant de l’optique. Ce plan s’offre à tous les regards, près du ‘thélégraphe’ des Tuileries ; le spectateur, placé sur une planche circulaire, au milieu de l’enceinte, est censé jouir de la perspective, qui a fourni l’idée du tableau aux artistes de mérite qui l’ont exécuté ; il le domine dans le pourtour du local, et, d’un seul regard, peut se promener sur la vaste enceinte de cette grande commune, et en distinguer tous les objets dignes de sa curiosité’
Petite histoire des panoramas ou la fascination de l’illusion par Claude Lamboley
Note : Au XIXᵉ siècle, certaines villes ou événements ont donné lieu à plusieurs types de dispositifs visuels (panoramas, dioramas ou maquettes historiques). Les appellations peuvent parfois se recouper selon les époques et les lieux d’exposition.
Inventé à la fin du XVIIIᵉ siècle par le peintre écossais Robert Barker, le panorama constitue l’une des premières grandes formes de spectacle immersif. En 1787, depuis les hauteurs d’Édimbourg, Barker imagine de représenter la ville dans sa totalité sous la forme d’une immense peinture circulaire entourant le spectateur.
Baptisé panorama, du grec pan (« tout ») et horama (« vue »), ce dispositif propose une image continue à 360 degrés. Placé sur une plateforme centrale, le public a l’impression de se trouver au cœur du paysage représenté. Contrairement aux tableaux traditionnels ou aux décors de théâtre, l’image n’est plus simplement observée : elle enveloppe le spectateur et recrée l’illusion d’un espace réel.
Pour accueillir ces œuvres monumentales, on construit des bâtiments spécifiques appelés rotondes panoramiques. La peinture est installée sur la paroi circulaire tandis que l’éclairage, souvent zénithal, provient d’une verrière dissimulée au sommet de la coupole afin de renforcer l’illusion. Des éléments placés au premier plan — balustrades, reliefs artificiels ou accessoires — prolongent la scène et effacent la frontière entre la peinture et l’espace du spectateur.

Plans circulaires des panoramas de Robert Barker, Leicester Square, Londres (fin XVIIIᵉ – début XIXᵉ siècle).
Ces gravures servaient de guides pour les visiteurs des panoramas. Elles indiquaient la disposition de la rotonde et les principaux lieux ou événements représentés dans les immenses peintures circulaires exposées autour du public. Domaine public.
Le succès est immédiat. Les panoramas se multiplient rapidement dans les grandes villes européennes : Londres, Paris, Vienne, Berlin ou New York. Les sujets représentés sont variés : paysages célèbres, grandes villes, monuments remarquables ou batailles historiques. À une époque où les voyages restent rares et où la photographie n’existe pas encore, ces immenses peintures offrent au public une manière spectaculaire de découvrir le monde.
Très populaires entre la fin du XVIIIᵉ siècle et le milieu du XIXᵉ siècle, les panoramas marquent une étape essentielle dans l’histoire des spectacles d’images. En cherchant à immerger le spectateur dans une représentation totale du paysage, ils annoncent déjà les expériences visuelles modernes et ouvrent la voie aux dispositifs immersifs qui mèneront, un siècle plus tard, à l’invention du cinéma.

Coupe d’une rotonde panoramique (début XIXᵉ siècle).
Gravure montrant la plateforme centrale et la peinture circulaire entourant les spectateurs, éclairée par une verrière zénithale pour renforcer l’illusion immersive. Domaine public.
Selon une anecdote souvent rapportée, le peintre écossais Robert Barker aurait eu l’idée du panorama alors qu’il était emprisonné pour dettes à Édimbourg. Dans sa cellule sombre, une petite ouverture au plafond laissait passer un rayon de lumière qui éclairait une lettre qu’il tenait contre le mur. Barker fut frappé par l’effet de cette lumière venant d’en haut, donnant l’impression que la page semblait elle-même rayonner.

Robert Barker (1739–1806)
Après sa libération, en observant la vue d’Édimbourg depuis les hauteurs de la ville, il imagina une peinture monumentale représentant le paysage sur 360 degrés, présentée dans un bâtiment circulaire et éclairée par le haut afin de renforcer l’illusion. Il déposa le 19 juin 1787 le brevet de cette invention qu’il appela « la nature à coup d’œil », donnant naissance au premier panorama, l’un des premiers spectacles immersifs de l’histoire.

Vue d’Édimbourg à la fin du XVIIIᵉ siècle.
Paysage de la ville observé depuis les hauteurs, type de vue panoramique qui inspira à Robert Barker l’invention du panorama en 1787. Domaine public.
Les premières coupoles des panoramas à Paris sur le boulevard Montmartre
1802 : À Paris apparaissent les premières rotondes construites spécialement pour accueillir les panoramas.
Inspiré de l’invention du peintre irlandais Robert Barker à Londres à la fin des années 1700, le panorama consiste à présenter une immense peinture circulaire entourant complètement les spectateurs. Placé sur une plateforme centrale, le public découvre une image continue à 360 degrés, donnant l’illusion de se trouver au cœur du paysage représenté.

Les premières rotondes de panoramas sur le boulevard Montmartre à Paris, vers 1802. Ces bâtiments cylindriques étaient spécialement construits pour présenter les panoramas, immenses peintures circulaires immersives inspirées de l’invention de Robert Barker.
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
Sur le boulevard Montmartre, près du Théâtre des Variétés, plusieurs bâtiments cylindriques sont édifiés afin de présenter ces nouvelles attractions. Ces grandes rotondes, reconnaissables à leurs coupoles circulaires, sont spécialement conçues pour accueillir les toiles monumentales peintes sur toute la circonférence intérieure.
À l’intérieur, les visiteurs accèdent par un escalier à une plateforme centrale entourée par la peinture panoramique. L’éclairage naturel, généralement diffusé par une verrière située au sommet de la coupole, permet d’éclairer uniformément la scène tout en dissimulant la source lumineuse. Des éléments de décor placés au premier plan, balustrades, reliefs ou accessoires, prolongent la peinture et renforcent l’illusion de profondeur.

Vue du Théâtre des Variétés et des premières rotondes de panoramas sur le boulevard Montmartre à Paris, vers le début des années 1800. Ces grandes coupoles cylindriques abritaient les panoramas, immenses peintures circulaires immersives présentées au public dans des bâtiments spécialement construits.
Les sujets présentés sont variés : vues de grandes villes, paysages célèbres, scènes historiques ou batailles. À une époque où les voyages restent difficiles et où la photographie n’existe pas encore, ces panoramas offrent au public la possibilité de découvrir le monde de manière spectaculaire.
Très populaires dans les premières décennies des années 1800, les panoramas parisiens comptent parmi les premières formes de spectacles véritablement immersifs en Europe. Ils annoncent déjà les dispositifs visuels modernes qui cherchent, eux aussi, à plonger le spectateur au cœur de l’image.

Reconstitution de l’expérience d’un panorama : depuis une plateforme centrale, les visiteurs découvrent une immense peinture circulaire représentant une ville et son paysage, créant l’illusion d’une vue continue à 360 degrés.

Rotonde du Panorama du Tour du monde, peinture circulaire monumentale réalisée par Pierre-Victor Galland et Émile Luminais pour l’Exposition universelle de 1878 à Paris. Cette toile panoramique, installée sous une coupole vitrée, entourait les visiteurs et proposait une évocation spectaculaire des paysages et des peuples du monde.
Le Panorama Bourbaki, réalisé en 1881, est l’un des grands panoramas historiques du XIXᵉ siècle encore conservés aujourd’hui. Cette peinture monumentale a été exécutée sous la direction du peintre suisse Édouard Castres, ancien volontaire de la Croix-Rouge qui fut témoin direct des événements représentés.
L’œuvre illustre l’arrivée en Suisse de l’armée française du général Bourbaki durant l’hiver 1871, à la fin de la guerre franco-prussienne. Épuisée et encerclée après la campagne de l’Est, l’armée franchit la frontière suisse près des Verrières. Plus de 80 000 soldats français sont alors désarmés et internés par les autorités suisses, dans ce qui constitue l’une des premières grandes opérations humanitaires internationales.

Maquette de présentation du Panorama Bourbaki, Lucerne.
Modèle illustrant le dispositif du panorama : une peinture circulaire monumentale visible depuis une plateforme centrale, éclairée par une coupole et complétée par un faux terrain afin de renforcer l’illusion d’immersion.
Pour représenter cette scène spectaculaire, les artistes réalisent une peinture panoramique circulaire d’environ 112 mètres de longueur et 10 mètres de hauteur. Présentée dans une rotonde spécialement construite, la toile entoure complètement les visiteurs. Placé sur une plateforme centrale, le public découvre une image continue à 360 degrés, donnant l’impression d’être au cœur du paysage enneigé où se déroule la scène.
Comme dans les grands panoramas du XIXᵉ siècle, l’illusion est renforcée par un faux terrain et par divers éléments de décor placés au premier plan — traîneaux, armes abandonnées, fragments de paysage — qui prolongent visuellement la peinture et effacent la limite entre réalité et représentation. L’éclairage zénithal diffusé depuis la coupole de la rotonde contribue également à renforcer l’effet immersif.

Intérieur du Panorama Bourbaki, Lucerne.
Les visiteurs observent la peinture circulaire monumentale depuis la plateforme centrale. La scène hivernale de 1871 est représentée par la toile panoramique entourant la rotonde, tandis que l’espace visible depuis la galerie reste sans décor de neige au premier plan.
Aujourd’hui conservé à Lucerne (Suisse) dans le bâtiment du Bourbaki Panorama, cet ensemble constitue l’un des rares panoramas historiques encore visibles dans son lieu d’origine. Restauré et intégré à un espace muséal, il témoigne de l’importance de ces spectacles d’images monumentales qui fascinèrent le public du XIXᵉ siècle et qui représentent une étape essentielle dans l’histoire des dispositifs immersifs, bien avant l’apparition du cinéma.

Intérieur du Panorama Bourbaki, Lucerne : dispositif du faux terrain.
Une partie du bâtiment présente un premier plan reconstitué avec de la neige artificielle, des objets et des éléments de décor destinés à prolonger visuellement la peinture panoramique et à renforcer l’illusion immersive caractéristique des panoramas du XIXᵉ siècle.
1824 : Boulogne-sur-Mer accueille l’un des panoramas spectaculaires du début du XIXᵉ siècle.
Installé dans une rotonde spécialement construite, ce panorama permet au public de découvrir une immense peinture circulaire représentant la ville et le port de Boulogne. Depuis une plateforme centrale, les visiteurs se trouvent entièrement entourés par l’image : la mer, les quais, les fortifications et les paysages environnants se déploient sur plusieurs dizaines de mètres de toile.
Le principe du panorama, inventé à la fin des années 1700 par le peintre écossais Robert Barker, connaît alors un immense succès en Europe. Dans ces vastes rotondes, les peintures panoramiques sont réalisées avec une perspective très étudiée et souvent complétées par des éléments de décor au premier plan, garde-corps, rochers artificiels ou balustrades, afin de renforcer l’illusion de profondeur. L’éclairage naturel, généralement filtré par le haut de la coupole, contribue également à donner l’impression d’un paysage réel.
À Boulogne, le sujet choisi présente un panorama complet de la ville portuaire, l’une des principales portes maritimes entre la France et l’Angleterre. Au début des années 1800, la région est particulièrement fréquentée par les voyageurs et les curieux attirés par le littoral de la Manche. Le panorama permet ainsi à ceux qui ne connaissent pas la ville d’en découvrir les paysages et l’activité maritime, tout en offrant aux visiteurs un spectacle spectaculaire et immersif.
Ces grandes peintures circulaires sont à la fois des attractions populaires et des instruments de découverte géographique. Avant l’apparition de la photographie et du cinéma, elles constituent l’une des formes les plus impressionnantes de représentation du monde. Le public vient y voyager sans quitter la rotonde : paysages lointains, grandes villes, batailles célèbres ou scènes exotiques y sont reconstitués avec un souci extrême du détail.
Comme beaucoup d’autres panoramas du XIXᵉ siècle, celui de Boulogne disparaît progressivement avec l’évolution des spectacles visuels et l’apparition de nouvelles techniques d’image. Mais ces installations marquent une étape essentielle dans l’histoire des spectacles immersifs, annonçant déjà les dispositifs qui conduiront plus tard au cinéma et aux expériences visuelles modernes.

Intérieur du panorama de Boulogne (1824)
Gravure de François Courboin, publiée en 1898, représentant l’intérieur du panorama de Boulogne tel qu’il pouvait être observé par les visiteurs au début du XIXᵉ siècle. Les panoramas étaient de vastes rotondes où une peinture circulaire monumentale entourait entièrement les spectateurs, créant l’illusion d’être au cœur du paysage représenté. Très populaires en Europe entre la fin des années 1700 et le milieu des années 1800, ces dispositifs immersifs constituaient l’une des grandes attractions visuelles de leur époque, mêlant spectacle, voyage imaginaire et découverte du monde. Source : New York Public Library – Digital Collections.
Note : Aucune reproduction connue de la peinture originale du Panorama de Boulogne (1824) ne semble avoir été conservée. Comme beaucoup de panoramas du début des années 1800, l’œuvre a probablement disparu avec la rotonde qui l’abritait. Les grandes toiles panoramiques, souvent immenses et difficiles à conserver, étaient fréquemment démontées ou détruites lorsque l’attraction cessait d’être exploitée. Les seules traces iconographiques identifiées aujourd’hui sont quelques gravures tardives représentant l’intérieur du dispositif ou le principe architectural des rotondes panoramiques.
Avant de réaliser cette œuvre, Jules-Arsène Garnier entreprend un voyage à Constantinople afin d’en saisir l’atmosphère, les lignes et les points de vue. De retour en Europe, il poursuit le travail avec son équipe dans un atelier installé au nord de Copenhague, où la toile prend progressivement forme avant d’être dévoilée au public en 1883 lors de l’Exposition coloniale internationale d’Amsterdam.

Plate-forme du panorama de Constantinople par J. Garnier exposé à Amsterdam en 1883.
Le panorama propose alors une vision spectaculaire de la ville, telle qu’un voyageur aurait pu la découvrir depuis les rives du Bosphore ou de la Corne d’Or. Coupoles, minarets et silhouettes monumentales se détachent dans un vaste paysage animé, reconstitué sur toute la circonférence de la rotonde. Le spectateur, placé au centre, a le sentiment de contempler Constantinople comme s’il y était, dans une illusion saisissante de profondeur et de réalité.
Le succès est au rendez-vous : en un peu plus de dix mois, le panorama attire plus de 109 000 visiteurs, soit plusieurs centaines de personnes chaque jour, témoignant de l’engouement du public pour ces voyages immobiles au cœur d’un monde lointain.

Vue panoramique de Constantinople (Istanbul) et du Bosphore, XIXᵉ siècle.
Au XIXᵉ siècle, la ville de Jérusalem devient l’un des sujets privilégiés des grands panoramas historiques et religieux présentés en Europe et en Amérique. Ces immenses peintures circulaires permettent au public de découvrir la ville sainte dans une vision spectaculaire à 360 degrés.
Installés dans de vastes rotondes spécialement construites pour ce type de spectacle, ces panoramas représentent Jérusalem vue depuis les remparts ou les collines environnantes. Les spectateurs, placés au centre de la salle sur une plateforme surélevée, ont l’impression d’observer la ville réelle : ses murailles, ses quartiers, ses mosquées et ses lieux saints se déploient tout autour d’eux.
Ces œuvres monumentales mêlent précision topographique, recherche archéologique et imagination artistique. Elles permettent de montrer la ville telle qu’on la connaît au XIXᵉ siècle ou de reconstituer Jérusalem à différentes périodes de son histoire biblique.
Très populaires, les panoramas de Jérusalem attirent un large public, fasciné par ces représentations spectaculaires d’un lieu chargé d’histoire et de spiritualité. Ils s’inscrivent dans la grande tradition des panoramas historiques et géographiques, l’un des spectacles visuels les plus impressionnants du XIXᵉ siècle.

Jérusalem depuis le mont des Oliviers, 1855.
Lithographie d’après un dessin de David Roberts montrant la ville sainte dans une vue panoramique depuis les collines environnantes.
Au XIXᵉ siècle, Jérusalem inspire également plusieurs dioramas, reconstitutions en relief avec effets d’éclairage, présentées dans des musées ou expositions.
La bataille d’Eylau, livrée les 7 et 8 février 1807 entre les armées de Napoléon Ier et les forces russes et prussiennes, se déroule dans des conditions hivernales particulièrement violentes. Cette bataille, célèbre pour ses charges de cavalerie dans la neige et ses pertes considérables, devient au XIXᵉ siècle un sujet privilégié des peintures panoramiques historiques.
Comme dans les autres panoramas de bataille, la scène était représentée sur une toile circulaire monumentale entourant les spectateurs et leur offrant une vision immersive à 360 degrés du champ de bataille.
Ce panorama, présenté au XIXᵉ siècle dans des rotondes d’exposition consacrées aux grandes batailles napoléoniennes, n’existe plus aujourd’hui : la toile originale a disparu au cours du XIXᵉ siècle, comme la plupart des panoramas historiques de cette période.

Bataille d’Eylau, 7–8 février 1807.
Affrontement entre les armées de Napoléon Ier et les forces russes et prussiennes, célèbre pour ses combats dans la neige.
Note : Bien qu’il représente une bataille, le panorama d’Eylau (1807) appartient à la première génération de panoramas historiques. Le terme cyclorama apparaîtra plus tard pour désigner les grandes batailles panoramiques de la fin du XIXᵉ siècle.
Le principe est imaginé par le peintre écossais Robert Barker, qui cherche à représenter un paysage de manière continue sur une surface circulaire afin d’immerger totalement le spectateur dans l’image. En 1787, il dépose un brevet pour ce nouveau procédé qu’il baptise panorama, un mot formé à partir du grec pan (« tout ») et horama (« vue »).
Pour présenter ces immenses peintures, un bâtiment spécifique est construit à Leicester Square, au cœur de Londres. Inaugurée en 1793, la rotonde panoramique devient rapidement une attraction très populaire. Les visiteurs montent par un escalier jusqu’à une plateforme centrale entourée d’une toile monumentale représentant un paysage à 360 degrés. Grâce à une perspective soigneusement calculée et à un éclairage venant du sommet de la coupole, l’image donne l’impression d’un paysage réel.
Le premier sujet présenté est une vue de Londres, montrant la ville et ses monuments tels qu’on pouvait les observer depuis les hauteurs de la capitale. Le succès est immédiat : le public découvre un spectacle totalement nouveau, situé à mi-chemin entre la peinture, l’architecture et l’illusion visuelle.
Très vite, d’autres panoramas sont réalisés : villes européennes, paysages exotiques, grandes batailles ou monuments célèbres. Le concept se répand rapidement en Europe et en Amérique. Des rotondes similaires apparaissent à Paris, Vienne, Berlin ou New York, transformant les panoramas en l’une des grandes attractions culturelles de la fin des années 1700 et du début des années 1800.
Ces installations marquent une étape essentielle dans l’histoire des spectacles visuels. Bien avant la photographie, le cinéma ou les dispositifs numériques immersifs, les panoramas offraient déjà au public une expérience de vision totale, donnant l’impression de voyager à travers le monde sans quitter la rotonde.

Coupe d’une rotonde panoramique de Leicester Square à Londres, montrant la plateforme centrale entourée de la toile circulaire.
Source : gravure du début du XIXᵉ siècle, domaine public.
Au XIXᵉ siècle, les panoramas maritimes comptent parmi les sujets les plus spectaculaires présentés dans les rotondes panoramiques. Ces immenses peintures circulaires représentent ports animés, grandes routes maritimes ou batailles navales, entourant complètement les spectateurs.
Depuis une plateforme centrale, le public découvre une vue continue à 360 degrés : voiliers, frégates, quais, phares et paysages côtiers se déploient tout autour de lui. Les artistes accordent une grande attention aux détails, mouvements des vagues, manœuvres des navires, activités portuaires, afin de renforcer l’impression de réalité.
Très populaires dans les années 1800–1880, ces panoramas permettaient au public de voyager par l’image et de découvrir les grandes scènes maritimes du monde à une époque où les voyages restaient difficiles et où la photographie n’existait pas encore. Ils constituent l’une des formes les plus impressionnantes de spectacle visuel immersif avant l’apparition du cinéma.

Une partie du tableau panoramique représentant New Bedford, Massachusetts
1848 : Benjamin Russell et Caleb B. Purrington réalisent le Grand Panorama d’un voyage baleinier autour du monde.
Cette immense peinture maritime, longue d’environ 388 mètres, raconte un voyage baleinier autour du monde au début du XIXᵉ siècle.
Présentée comme un panorama mobile, la toile était enroulée sur de grandes bobines et déroulée devant le public, accompagnée d’une narration et de musique, transformant la projection en véritable récit de voyage.
Conservé aujourd’hui par le New Bedford Whaling Museum, ce panorama est l’une des plus longues peintures jamais réalisées aux États-Unis.

Détail du Grand Panorama d’un voyage baleinier autour du monde (1848) de Benjamin Russell et Caleb B. Purrington : scène maritime représentant un port et les navires d’une expédition baleinière au XIXᵉ siècle.