Les myrioramas. Panoramas miniatures et jeux d’images

Si les panoramas, dioramas ou cycloramas sont de véritables spectacles publics présentés dans des salles spécialement aménagées, d’autres formes de divertissements visuels du XIXᵉ siècle reposent davantage sur des expériences optiques, des illusions ou des dispositifs scientifiques.

Ces attractions, parfois présentées dans des cabinets d’optique, des foires, des expositions ou des démonstrations publiques, participent néanmoins à la même fascination pour les images animées, transformées ou illusionnistes.

Elles constituent ainsi un prolongement naturel de l’histoire des spectacles d’images, en explorant les effets visuels et les illusions qui prépareront progressivement l’apparition des premières projections animées et du cinéma.

Myriorama, or Endless Landscape.
Jeu publié à Londres en 1824 par l’éditeur Samuel Leigh, composé de cartes de paysages combinables. Boîte et cartes du jeu original. Domaine public.

Le myriorama est un jeu visuel apparu au début du XIXᵉ siècle, composé d’une série de cartes illustrées représentant des fragments de paysages. Chaque carte peut être placée dans n’importe quel ordre, permettant de créer une multitude de panoramas différents.

Ce dispositif ludique repose sur le principe d’une image modulable : les éléments du paysage se combinent librement pour former des scènes toujours renouvelées. Le terme « myriorama » vient du grec myrios (« innombrable »), évoquant le très grand nombre de combinaisons possibles.

Très populaire dans les années 1820–1840, le myriorama appartient à la grande famille des jeux visuels et des divertissements optiques du XIXᵉ siècle.

Jeu d’images composé de cartes représentant des fragments de paysage pouvant être assemblés dans de multiples combinaisons pour former un panorama toujours différent. Jeu illustré, XIXᵉ siècle. Domaine public.

Chronologie du myriorama (1820-1900) 1824 : Myriorama, or Endless Landscape
Publié à Londres par Samuel Leigh.
Jeu composé de 16 cartes illustrées représentant des fragments de paysages. Les cartes peuvent être placées dans n’importe quel ordre, permettant de créer un très grand nombre de panoramas différents 

Vers 1825–1830 : Myrioramas européens
Le principe est rapidement repris par plusieurs éditeurs en France, Allemagne et Italie, sous forme de jeux éducatifs ou de divertissements familiaux illustrés. 

Milieu du XIXᵉ siècle : Myrioramas pour enfants
De nombreux éditeurs publient des versions simplifiées destinées aux jeunes publics, souvent accompagnées de textes ou de petites histoires à recomposer. 

Fin du XIXᵉ siècle : Jeux d’images modulables
Le principe du myriorama inspire d’autres jeux visuels basés sur l’assemblage d’images interchangeables, annonçant certains livres animés et jeux d’images combinatoires.

Cartes illustrées formant un paysage continu pouvant être recomposé en modifiant l’ordre des images.
Jeu d’images combinatoires, fin du XIXᵉ siècle. Domaine public.

Note : Le premier exemple célèbre est publié à Londres en 1824 sous le titre Myriorama, or Endless Landscape, par l’éditeur Samuel Leigh. Le jeu comprend 16 cartes illustrées représentant des paysages inspirés de l’Italie romantique. Chaque carte est dessinée de manière à pouvoir s’assembler avec toutes les autres : chemins, rivières et lignes d’horizon se prolongent d’une image à l’autre. Grâce à ce principe, les cartes peuvent être disposées dans un très grand nombre d’ordres différents. Les éditeurs affirmaient ainsi que le jeu permettait 20 922 789 888 000 combinaisons possibles, donnant l’illusion d’un paysage presque infini.

Cartes illustrées formant un paysage continu pouvant être recomposé en modifiant l’ordre des images.
Jeu d’images combinatoires, fin du XIXᵉ siècle. Domaine public.

Le mot myriorama apparaît au moment de la publication du jeu Myriorama, or Endless Landscape à Londres en 1824. Il s’agit d’un terme inventé pour ce jeu et probablement choisi pour son caractère évocateur. Il est formé à partir du grec myrios, qui signifie « très grand nombre » ou « innombrable », et du mot panorama, très populaire à l’époque pour désigner les grandes peintures circulaires représentant des paysages. Le terme suggère ainsi l’idée d’un « panorama aux combinaisons infinies », chaque assemblage de cartes permettant de créer un nouveau paysage. Cette appellation, à la fois savante et commerciale, reflète bien l’imagination des éditeurs du XIXᵉ siècle, qui multipliaient les inventions de mots pour présenter leurs nouveaux jeux visuels et leurs divertissements d’images.

Le myriorama de 1824 est parfois considéré comme l’un des premiers dispositifs visuels combinatoires de l’histoire, bien avant les livres-jeux, les bandes dessinées modulaires ou certaines formes d’images génératives modernes.


Italian Scenery. Myriorama (vers 1825–1830)

Inspiré du succès anglais, ce type de myriorama propose des paysages italiens : ruines antiques, collines, cyprès et villages. Les cartes illustrées peuvent être assemblées librement pour composer des vues idéalisées de l’Italie romantique, très appréciées au XIXᵉ siècle.

Italian Scenery. Myriorama publié à Londres vers 1824–1830. Série de cartes illustrées interchangeables permettant de recomposer librement des paysages.
Source : édition anglaise ancienne / domaine public.


Myriorama éducatif pour enfants (milieu du XIXᵉ siècle)

Au milieu du XIXᵉ siècle, le principe du myriorama est largement repris dans l’édition destinée à la jeunesse. Les éditeurs publient des séries de cartes illustrées représentant des paysages, des villages, des scènes de voyage ou de travail, conçues pour être assemblées dans différents ordres.

Chaque carte est dessinée de manière à se raccorder visuellement aux autres : chemins, rivages, collines, constructions ou personnages se prolongent d’une image à l’autre. L’enfant peut ainsi recomposer librement le paysage et créer de nouvelles scènes à chaque combinaison.

Ces jeux d’images ont une double vocation. Ils constituent d’abord un divertissement visuel, proche des panoramas miniatures très appréciés au XIXᵉ siècle. Mais ils ont aussi une dimension pédagogique : ils encouragent l’observation, l’imagination et le sens de la composition, tout en familiarisant les jeunes lecteurs avec des scènes de la vie quotidienne ou des paysages du monde.

Très diffusés dans l’édition illustrée européenne, ces myrioramas éducatifs témoignent de l’importance accordée au jeu visuel dans l’apprentissage et prolongent la fascination du XIXᵉ siècle pour les images transformables et les spectacles d’illusion.

Myriorama éducatif pour enfants composé de cartes interchangeables formant un paysage continu. Milieu du XIXᵉ siècle.
Source : estampe ancienne / domaine public.


Myriorama, or Endless Landscape (Londres. 1824)

Publié à Londres en 1824, Myriorama, or Endless Landscape est considéré comme le premier myriorama connu. Ce jeu d’images est composé de seize cartes illustrées représentant des fragments de paysages inspirés de l’Italie romantique : ruines antiques, collines, ponts, temples, villages et scènes de promenade.

Chaque carte est dessinée de manière à pouvoir s’assembler avec toutes les autres. Les chemins, les rivières ou les lignes d’horizon se prolongent d’une image à l’autre, ce qui permet de recomposer le paysage dans presque n’importe quel ordre. Avec seize cartes, les combinaisons possibles deviennent extrêmement nombreuses, donnant l’impression d’un paysage « sans fin ».

Très populaire dans les années 1820–1830, ce jeu visuel rencontre un grand succès dans les salons et les cabinets de curiosités. Il illustre l’intérêt du XIXᵉ siècle pour les images transformables et les dispositifs permettant de renouveler sans cesse la perception d’un paysage.

À mi-chemin entre divertissement graphique et expérimentation visuelle, le myriorama annonce déjà certaines formes de narration visuelle séquentielle et participe à la longue histoire des spectacles d’images du XIXᵉ siècle.

Cartes du jeu Myriorama, or Endless Landscape (Londres, 1824), série de paysages combinables formant des panoramas multiples.
Source : édition anglaise ancienne / domaine public.


Myrioramas illustrés de la fin du XIXᵉ siècle

Dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, le principe du myriorama continue d’être repris et diffusé par de nombreux éditeurs européens. Les séries de cartes illustrées deviennent plus variées et plus détaillées, mêlant paysages, monuments, scènes rurales et personnages.

Comme dans les premiers modèles du début du siècle, chaque carte est conçue pour pouvoir s’assembler avec les autres dans différents ordres. Les lignes d’horizon, les chemins ou les reliefs se prolongent d’une image à l’autre, permettant de recomposer un paysage toujours renouvelé.

Ces myrioramas illustrés connaissent un grand succès dans les jeux de société et les publications destinées au divertissement familial. Ils témoignent de l’intérêt persistant du XIXᵉ siècle pour les images modulables et les paysages recomposables, héritiers miniatures des panoramas et des autres spectacles visuels de l’époque.

Cartes illustrées d’un myriorama représentant des scènes de paysage combinables. Fin du XIXᵉ siècle.
Source : estampe ancienne / domaine public.