Au début du 19e siècle, le cirque est encore largement itinérant. On plante une toile, on dresse des gradins démontables, on repart. Mais à Paris, quelque chose change. La capitale attire un public dense, bourgeois, avide de spectacles réguliers. Le cirque cesse peu à peu d’être un divertissement forain pour devenir un spectacle urbain institutionnel. Plusieurs raisons expliquent ce choix du “cirque en dur”. D’abord, la stabilité économique. Un bâtiment fixe permet une programmation continue, une billetterie organisée, un public fidèle. On ne dépend plus uniquement des tournées et des saisons.
Ensuite, la respectabilité. Au 19e siècle, la toile évoque encore la foire et le spectacle populaire ambulant. Un édifice monumental, lui, place le cirque au même rang que le théâtre ou l’opéra.
Le Cirque Napoléon (futur Cirque d’Hiver), inauguré en 1852, en est l’illustration parfaite : architecture soignée, décor raffiné, ambition officielle. Il y a aussi une question technique. Les numéros équestres, les grandes pantomimes, puis les mises en scène spectaculaires nécessitent des installations solides : machineries, éclairage au gaz, puis à l’électricité, structures capables de supporter des agrès lourds.
Enfin, Paris est une vitrine internationale. Un cirque en dur devient un symbole de modernité et de puissance culturelle. Là où la province accueille le cirque de passage sous chapiteau, la capitale érige des temples du spectacle. Cela n’empêchera jamais les cirques en toile d’exister. Mais à Paris, au 19e siècle, le cirque devient un bâtiment, presque un monument.

1807 : Le Cirque Olympique ouvre boulevard du Temple sous l’impulsion de Laurent et Henri Franconi. Héritiers de l’art équestre du 18e siècle, ils fixent à Paris un spectacle jusque-là largement itinérant. Le bâtiment, reconstruit après un incendie en 1816, devient l’un des hauts lieux du divertissement populaire, mêlant prouesses équestres et pantomimes militaires spectaculaires. Il disparaît en 1862 lors des grands travaux haussmanniens.
1841 : Le Cirque d’Été est édifié aux Champs-Élysées. Conçu comme un établissement saisonnier, il complète l’offre du cirque parisien par une structure permanente installée dans un quartier élégant et en pleine transformation. Il sera démoli en 1900 à l’occasion de l’Exposition universelle.
1852 : Le Cirque Napoléon est inauguré le 11 décembre rue Amelot, sur les plans de l’architecte Jacques Hittorff. Monument polygonal audacieux, il incarne la volonté impériale d’élever le cirque au rang d’institution urbaine. Après 1870, il prend le nom de Cirque d’Hiver. Il demeure aujourd’hui le dernier grand cirque en dur parisien encore en activité.
1875 : Le Cirque Fernando s’installe boulevard Rochechouart, au cœur d’un Montmartre en pleine effervescence artistique. En 1897, il devient le Cirque Medrano et s’impose comme un temple du clown et du cirque populaire. Il ferme en 1963, marquant la fin d’une époque.
1886 : Le Nouveau Cirque ouvre rue Saint-Honoré. Innovation spectaculaire, sa piste peut se transformer en bassin aquatique, permettant des numéros nautiques uniques en Europe. Il cesse son activité en 1926 et est démoli en 1932.
1897 : Le Cirque Molier, fondé par Ernest Molier, voit le jour dans un esprit mondain et aristocratique. Destiné à un public choisi, il illustre une tentative singulière d’inscrire le cirque dans les cercles élégants de la capitale. Il disparaît vers 1907.
Ainsi, entre 1807 et le début du 20e siècle, Paris se distingue par une concentration exceptionnelle de cirques en dur. Là où le chapiteau demeure la norme en province, la capitale érige de véritables édifices consacrés à l’art de la piste, faisant du cirque un spectacle urbain à part entière, rival des théâtres et des salles de music-hall.
Le Cirque d’Été, également appelé Cirque-Olympique des Champs-Élysées, Cirque National (de Paris) puis Cirque de l'Impératrice est une salle parisienne édifiée en 1841 au carré Marigny par l'architecte Jacques Hittorff et aujourd’hui disparue.
1835 : Simple cirque de planches et de toile installé par Adolphe Franconi, petit-fils du créateur du Cirque-Olympique, le long de l'avenue des Champs-Élysées, le Cirque d'Été (également appelé Cirque Olympique des Champs-Élysées en référence à celui du boulevard du Temple)
1841 : il est remplacé, sous la direction de Louis Dejean, par un vaste édifice en meulière de 6 000 places, construit sur les plans de Jacques Hittorff et magnifiquement décoré par Bosio, Duret et Pradier. L’ouverture se fit le 3 juin 1841. Tout de suite, ce temple du cheval fut le rendez-vous de la haute société parisienne, où le spectacle était autant dans la salle que sur la piste. Le Cirque des Champs-Élysées présente son spectacle du 1er mai au 1er septembre, d'où son nom de Cirque d'Été.
1843 : Les chandelles furent remplacées par l’éclairage au gaz. Un lustre monumental trônait au-dessus de la piste, tandis que seize autres lustres éclairaient la salle
1845 : L’acoustique du Cirque d'Été était si bonne qu'Hector Berlioz y donne une série de concerts.

Le compositeur Hector Berlioz dirigea quatre concerts au Cirque des Champs-Élysées en 1845. Le maestro engagea 350 musiciens et chanteurs pour le Cirque des Champs-Élysées. La première eut lieu le 19 janvier 1845 Le 16 février, les parisiens assistèrent au deuxième concert. Pour le troisième concert, le 16 mars, Hector Berlioz réquisionna 500 exécutants Lors du quatrième concert, le 6 avril, l’orchestre interpréta l’ouverture du Freischütz de Weber Les deux premières représentations avaient attiré de nombreux spectateurs. Malgré ce succès, les deux autres concerts n’attirèrent que moins de monde. De par sa participation au prestigieux Cirque des Champs-Élysées, en 1845, le nom d’Hector Berlioz reste ainsi inscrit dans l’histoire du Cirque.
1852 : Afin que les artistes puissent se produire à l'année sur la piste, le Cirque d'Hiver est édifié selon le même principe limité à la piste, ce qui influence également l'architecture en rotonde de Hittorff, à nouveau sollicité.

Cirque National, Paris, 1847
1847 : Les spectateurs payaient 2 francs au pourtour et 1 franc à l’amphithéâtre.
1848-1853 : Cirque national de Paris
1853-1870 : Il connut son apogée durant le Second Empire sous le nom de Cirque de l’Impératrice (le Cirque d’Hiver devenant quant à lui le cirque Napoléon). Son succès se prolonge jusque dans les années 1880. Le Tout-Paris s'y précipitait le samedi, jour réputé chic.
1870-1897 : Cirque d'Eté - Victor Franconi

Paris - Concert de bienfaisance donné par [...] au cirque de l'Impératrice, le 27 mars. Best, Cosson, Smeeton (BCS), Graveur. Anonyme , Editeur. En 1869. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.
1892 : La fée électricité remplaça le gaz d’éclairage, et un tapis de coco recouvrit la piste. Petit à petit délaissé par le public après l’Exposition universelle de Paris de 1889, il est démoli vers 1900, laissant son nom à la rue du Cirque.
1897-1900 : Cirque d'Eté - Charles Franconi

Cirque des Champs-Élysées. 1878
Un cirque allait renaître sur le même emplacement. Des travaux furent entrepris pour construire le Cirque Palace, mais la société à l’origine de ce projet fit faillite. Tout fut rasé. Le seul souvenir est la plaque de l’ancienne rue de Joinville qui porte fièrement le nom de rue du Cirque.
L’article est en répétition générale.
Les archives sont nombreuses, les dates bien établies… mais certaines images officielles se font encore attendre derrière le rideau.
La piste est prête, les chevaux piaffent, le numéro complet arrive très bientôt.
Le Cirque d’Hiver (1852 – toujours en activité) 110 rue Amelot Fondé sous Napoléon III, initialement nommé Cirque Napoléon. Architecture polygonale remarquable.
Devient l’un des grands temples du cirque européen. Aujourd’hui encore en activité.

Cirque Napoléon (futur Cirque d’Hiver), gravure d’inauguration, 1852.
Édifié sous le Second Empire à l’initiative de Napoléon III, le bâtiment marque l’entrée du cirque dans l’architecture monumentale parisienne.
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
Sous la coupole de Montmartre, les sources jouent encore les acrobates.
Quelques documents restent à vérifier, et certaines gravures sont encore perchées trop haut pour être saisies sans filet.
Encore un instant : la lumière va s’allumer.
Le Cirque Fernando (1875) Devenu plus tard Cirque Medrano.
Lieu fréquenté par Toulouse-Lautrec.

Façade du Cirque Fernando, boulevard Rochechouart, fin du 19e siècle.
Derrière cette architecture élégante se cache l’un des hauts lieux du spectacle montmartrois. Fondé en 1875, le Cirque Fernando incarne la transition du cirque populaire vers un établissement urbain intégré au tissu parisien. Il deviendra plus tard le Cirque Medrano, perpétuant la tradition clownesque et artistique du lieu.
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
L’article avance à pas de clown, sérieux mais imprévisible.
Nous recherchons encore quelques affiches rares et précisions chronologiques pour que la piste soit parfaitement balisée.
Promis : le numéro sera prêt sans faux pas.
Le Cirque Medrano (fin 19e – 1960s) Boulevard Rochechouart Célèbre pour : Les clowns Grock Les Fratellini Lieu emblématique du cirque populaire parisien.

Le Cirque Medrano, boulevard Rochechouart, début du 20e siècle.
Installé dans l’ancien Cirque Fernando, le Cirque Medrano devient l’un des hauts lieux du cirque parisien. Sa façade monumentale ouvre sur une piste où triomphent les grands clowns, notamment les Fratellini, faisant de Montmartre un centre majeur du cirque moderne.
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
Cirque discret, sources discrètes…
Nous rassemblons encore patiemment les pièces d’archives éparses pour reconstituer son histoire sans approximation.
La construction est en cours, en dur, évidemment.
Le Cirque Molier (1897–1907) Cirque mondain privé, fréquenté par l’aristocratie.

Cirque Molier, 1880–1920.
Fondé dans le quartier Monceau par le comte Molier, ce cirque privé réunit une société mondaine autour de l’art équestre. Loin de l’effervescence populaire des grandes pistes parisiennes, il incarne un cirque d’élégance et de distinction, où l’équitation devient spectacle et signe d’appartenance sociale.
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
Ici, l’histoire nage encore entre deux dates.
Quelques détails techniques et iconographiques restent à confirmer pour éviter toute éclaboussure historiographique.
La piscine est presque remplie, l’article plonge bientôt.
Le Nouveau Cirque (1886–1926) Rue Saint-Honoré Particularité unique : Piste transformable en bassin d’eau Spectacles nautiques Une curiosité spectaculaire très moderne pour son époque.

L’Orchestre de chiens au Nouveau Cirque, fin du 19e siècle.
Cette illustration de Maurice Marais témoigne de l’imagination et du goût du spectaculaire qui caractérisent le Nouveau Cirque. Entre dressage animalier et fantaisie scénique, la piste parisienne se transforme en théâtre vivant où même les chiens deviennent musiciens.
Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
Chronologie des cirques en toile à Paris
1800–1850 La toile encore dominante… mais peu documentée intra-muros Cirques ambulants équestres s’installent aux barrières de Paris (avant l’annexion de 1860). Installations temporaires lors des foires (Saint-Laurent, Saint-Germain). Chapiteaux montés ponctuellement au Champ-de-Mars. La capitale privilégie déjà les cirques en dur au centre.
1860–1889 Expansion de Paris et espaces périphériques Après l’annexion des communes limitrophes (1860) : Installation de chapiteaux dans les nouveaux arrondissements périphériques. Présences régulières aux abords de : La Villette Grenelle Belleville Batignolles Les grandes Expositions universelles (1867, 1878, 1889) voient des installations temporaires sous structures légères.
1890–1914 Les grandes compagnies itinérantes arrivent à Paris Cirques en toile célèbres installés périodiquement : Cirque Rancy Cirque Pinder (fin 19e – débuts 20e) Cirque Amar (fondé 1924 mais prédécesseurs déjà actifs) Implantations fréquentes : Champ-de-Mars Pelouse de Reuilly Place de la Nation Porte de Champerret 👉 La toile devient monumentale, technique, impressionnante.
1918–1939 L’âge d’or des grands chapiteaux Présences majeures à Paris : Cirque Pinder Cirque Amar Cirque Bouglione (avant reprise du Cirque d’Hiver en 1934) Sites réguliers : Pelouse de Reuilly Place de la Bastille Place de la Nation Porte Maillot Porte de Champerret Le chapiteau devient gigantesque (plusieurs milliers de places).
1945–1970 Les grands cirques nationaux Paris accueille régulièrement : Cirque Pinder Cirque Amar Cirque Jean Richard Cirque Zavatta Implantations : Pelouse de Reuilly Porte de la Villette Parc des Expositions Hippodromes temporaires
1970–2000 Transition et diversification Déclin des très grands cirques traditionnels. Apparition du cirque contemporain sous chapiteau. Implantations à : La Villette Parc de Bercy Pelouse de Reuilly Cirques notables : Cirque Arlette Gruss Cirque Phénix (structure monumentale moderne) Cirques contemporains indépendants
2000–Aujourd’hui Paris accueille régulièrement : Cirque Pinder (périodes variables) Cirque Arlette Gruss Cirque Phénix Cirques contemporains sous chapiteau (La Villette notamment) Sites principaux actuels : Pelouse de Reuilly (12e) Parc de la Villette (19e) Espaces temporaires autorisés par la Ville Aujourd’hui, la toile est devenue la norme.
Le seul grand cirque en dur restant est le Cirque d’Hiver.
