13 Feb
13Feb

Ancienneté

Le droit d'aînesse des comédiens. Au théâtre comme à la ville, on a reconnu que les prérogatives attachées à ce droit étaient abusives, ridicules ou tyranniques. Les cadets de famille ont quelquefois plus d'esprit que leurs aînés : on a fait la même remarque à l'égard du talent chez les acteurs. 

Dictionnaire théâtral ou douze cent trente-trois vérités Paris. Chez J-N Barba Librairie. 1825.

M. Brohan. Français. Le monde où l'on s'ennuie. Atelier Nadar. 1881. Source gallica.bnf.fr / BnF.


Avoir de quoi

Une actrice a de quoi lorsqu'elle est ancienne et possède un protecteur. Marty est un homme qui a de quoi, Madame Carmouche a de quoi, M. Thiers le grand homme est une capacité qui a de quoi. Quant à M. Viennet, l'homme à l'épître aux mules (de Don Miguel expulsé du trône), l'ami des chiffonniers, il a la prétention de faire croire qu'il n'a pas de quoi.

Terme de conversation familière qui formule l’état de fortune dans lequel se trouve une actrice, une danseuse, ou une figurante qui a des revenus périodiques et éventuels indépendamment de ses appointements au théâtre. Nos danseuses, en règle générale, ont de quoi en revenant de leurs voyages à Londres. 

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Boulevards (théâtres des)

Les acteurs des théâtres de Paris où l’on jouait la comédie et le vaudeville désignaient autrefois, avec un petit sentiment dédaigneux, sous cette appellation de ‘théâtres des boulevards’, ceux qui étaient situés sur les boulevards Saint-Martin et du Temple, et tout particulièrement ceux où l’on jouait le drame et le mélo- drame, c'est-à-dire la Porte-Saint- Martin, l’Ambigu, la Gaité et le Cirque. Ils prétendaient, non sans quelque raison d'ailleurs, comme tout le monde a pu le remarquer, que les artistes de ces théâtres, étaient gâté par le goût un peu gros, un peu  vulgaire de leurs spectateurs, qu'ils cherchaient l’effet un peu plus que de raison, sacrifiaient souvent le véritable sentiment artistique a désir d'être applaudis, et se laissaient aller dans ce but à une exagération blâmable, qui se traduisait par de grands éclats de voix, des gestes outrés et de fâcheux coups de talon sur le plancher. 

Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Théâtre de la Porte-Saint-Martin : dessin. 18... Source gallica.bnf.fr / BnF


Parade devant un théâtre des boulevards (théâtre des Associés, boulevard du Temple?). Ecole française , Peintre. Vers 1788. Musée Carnavavalet


Cabotin - Cabotinage

Cabotin : Origine incertaine : (hypothèse adoptée par la plupart des dictionnaires) Cabotin aurait été un célèbre comédien ambulant à la fois directeur de théâtre et charlatan sous le règne de Louis XIII. Hypothèse repoussée par F. Letessier, le nom de Cabotin n'étant cité, selon lui, que fort tardivement (1858) par E. Fournier. Soit, dans la mesure où l'existence de Cabotin paraît hypothétique, extension de sens cabotin « homme de très petite taille » terme attesté dès la fin du XVIII siècle, au sens de « petit badin », c'est-à-dire « petit sot » à rattacher au latin ‘caput’ : tête. ou du mot picard signifiant « homme de très petite taille ». L’hypothèse d'une dérivation de caboter, les acteurs ambulants voyageant par petites étapes, est séduisante mais insuffisamment étayée.

Atelier Nadar. Photographe. Lhéry, Maria [i.e. Mario], Dartes, Raymond. Renaissance. Cocard et Bicoquet.1888. Source gallica.bnf.fr / BnF


Cabotin : On désigne sous ce nom dédaigneux, et sous le diminutif encore plus méprisant de cabot, certains comédiens de bas étage et sans valeur aucune, qui ne connaissent rien à l'art qu'ils prétendent exercer, et qui se parent du titre de comédien qu'ils sont indignes de porter. Le cabotin ne connaît d’autres théâtres que ceux de certaines petites villes perdues au fond de la province, et il en est moins digne encore que des tréteaux d’un saltimbanque, qui conviendraient mieux à son manque absolu d’intelligence, d’étude et de sens artistique. 

Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Portrait du comédien Ouvrard.( ?) Anonyme , Photographe. Vers 1881-1891. Musée Carnavalet.


Cabotin : Terme de mépris qui s’adresse à l’artiste sans renom ou sans ressource. Le cabotinage est aussi la basse diplomatie de coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse : écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de l’ouvrage qu’on vient de surprendre ; mendier ou acheter des tours de faveurs, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage. L’acteur qui, aux environs de Paris, emprunte l’habit d’un sous-préfet pour jouer Mithridate, et le châle de la femme du notaire, pour draper Orosmane, est un cabotin ; un cabotin parle toujours de l’art et reste cependant l’homme de la nature ; il vit sans habit, sans chapeau et sans bottes ; son estomac doit être élastique ; comme le dromadaire il fait souvent de longues caravanes avant de prendre de la nourriture. 

Petit dictionnaire des coulisses. Publié par Jacques-le-souffleur se vend dans tous les théâtres - Paris 1835

William Hogarth, Le public qui rit, © Gerald Coke Handel Foundation


Camarade

On suit la même carrière, on joue dans les mêmes pièces, on assiste aux mêmes assemblées, on se voit dans les mêmes foyers, on est camarade enfin ; mais on n'est pas ami. 

Dictionnaire théâtral ou douze cent trente-trois vérités … Paris. Chez J-N Barba Librairie. 1825.

Groupe des Suites d'un premier lit. Renaissance. Atelier Nadar. 1891. Source gallica.bnf.fr / BnF.


Camarades

Rapprochés par l’âge, la gaîté et l’amour de notre art, mes camarades et moi vivrons toujours ensemble. Nous étions les uns pour les autres un juge sévère ; souvent nous nous moquions entre nous de nous-mêmes ; nous nous fâchions sans ménagement de nos gaucheries, de nos maladresses, soit dans les gestes, soit dans le débit, et lorsque l’un de nous avait aperçu dans l’autre quelque mouvement d’une vérité frappante, il le serrait tendrement dans ses bras.
Cette peinture de l’âme des artistes en rivalité ne trouverait personne en France qui crût à sa vérité. Hâtons-nous de dire que les émules dont nous parlons sont trois comédiens allemands : Beil, Buck et Iffland (Voir les Mémoires de ce dernier). En France, les camarades de coulisses ne sont pas frappés à ce type.

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

August Wilhelm Iffland, (1759 – 1814) est un acteur et un dramaturge allemand. En tant qu'acteur, c'est dans la comédie que sa mise en scène était la plus brillante. Ses rôles d'homme du monde poli et de prince distingué étaient considérés comme des modèles de perfection, et son jeu ne révélait rien des études élaborées qu'il entreprenait pour ses rôles tragiques. Il excellait particulièrement dans l'interprétation de types de la vie la classe moyenne, qui apparaissaient dans ses propres pièces.


Débutant

Malheur à toi, jeune homme, si tu te présentes avec de belles dispositions ; si tu as de l'âme, du sentiment, de l'expression, de la physionomie, malheur à toi ! les intrigues t'attendent au théâtre, et la cabale au parterre. Si au contraire tu dissimules adroitement tes qualités, sois le bienvenu ; tu seras pensionnaire. 

Dictionnaire théâtral ou douze cent trente-trois vérités Paris. Chez J-N Barba Librairie. 1825.

M. Francell. Opéra-Comique. Le mariage de Télémaque : Atelier Nadar. 1910. Source gallica.bnf.fr / BnF .


Débuts

C’est le nom que l’on donne à la série d’épreuves que doit subir tout comédien paraissant pour la première fois sur un théâtre où il est inconnu. Le public étant juge de ses plaisirs, il est tout naturel qu’on lui laisse le droit d’apprécier la valeur des artistes qui doivent contribuer à ces plaisirs, et que de l’accueil qu’il fera à tel ou tel débutant dépende l’engagement définitif ou l’éloignement de celui-ci. Pourtant, depuis longtemps déjà, les débuts ne sont plus à Paris qu’une simple formalité, dépourvue de toute espèce de sanction. Jadis, quand chaque théâtre, surtout parmi les plus grands, avait ses habitués, était suivi par un public fidèle, au courant de son répertoire, de son personnel, de ses traditions, les débuts avaient une véritable importance. Chaque année, au renouvellement de la saison théâtrale (après Pâques), on voyait par exemple à la Comédie-Française, à l’Odéon, à l’Opéra-Comique, s’opérer toute une série de débuts, auxquels venaient se soumettre un certain nombre d’acteurs de province, qui, sans être engagés, considéraient comme une grande faveur cette faculté qu’on leur accordait de se montrer devant le public parisien. 

Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

M. Sacha Guitry. Renaissance. La bonne Hélène. Atelier Nadar. 1905. Source gallica.bnf.fr / BnF. (Alexandre Guitry, dit Sacha Guitry, né le 21 février 1885 à Saint-Pétersbourg et décédé le 24 juillet 1957 à Paris, est un dramaturge, acteur, metteur en scène, réalisateur et scénariste français.)


Encore un tire-bouchon

Cette expression, qui appartient au théâtre des Variétés, date du temps du père Lefèvre et de Vernet. Elle exprime la durée prolongée d’un entracte. Dans une des pièces populaires de 1825, le célèbre comédien Vernet jouait le rôle d’un garçon serrurier : costume, figure et langage, tout était copié d’après nature. Il passait une heure à composer son visage, et souvent il arrivait qu’au lever du rideau, le coiffeur était encore occupé à friser ses cheveux en petits tire-bouchons qui couvraient ses tempes et son front. - Sommes-nous prêts, Vernet ? criait Auguste. - Encore un tire-bouchon ! répondait l’artiste. - En voilà pour cinq minutes ! le public va s’impatienter. Depuis cette époque, toute les fois qu’un entracte dépasse les limites ordinaires, de cinq minutes, le régisseur ne manque pas de s’écrier : Encore un tire-bouchon ! 

Les secrets des coulisses des théâtres de Paris. Joachim Duflot. 1865

Albert Guillaume (1873-1942) Au théâtre


Enfant de la balle

Expression d'argot théâtral. On donne le nom d’enfant de la balle à tout acteur né de parents comédiens eux-mêmes, qui a été bercé au théâtre, élevé dans les coulisses, et pour qui, dès son jeune âge la profession n’avait plus de secrets. 

Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Portrait de Hurbain, acteur. J. F Guimaraes & Cie, Photographe Entre 1860 et 1890. Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Étoile

Expression relativement nouvelle, qui n’a guère cours que depuis une trentaine d’années et par laquelle on désigne un artiste non pas toujours d’une valeur exceptionnelle, mais qui a acquis sur le public une influence peu ordinaire.  Depuis vingt ans, certains théâtres de Paris ont sacrifié aux étoiles beaucoup plus que de raison, payant fort cher des comédiens  parfois médiocres et dont les exigences de toutes sortes sont intolérables, les entourant fort  mal parce que ceux-ci veulent tout le succès pour eux, pour la même raison annihilant tous les rôles d'une pièce nouvelle pour ne laisse  d'importance qu’à celui de l'étoile, subissant enfin tous les caprices de celle-ci, jusqu’au jour où le public, las de voir le même artiste jouer toujours le même rôle et la même pièce sous un nom et sous un titre différent, s'éloigne enfin d'un théâtre si mal administré et en désapprenne complètement le chemin.  En réalité, toute étoile devient toujours, à un moment donné, la ruine matérielle et artistique d’une entreprise théâtrale.

 Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

William Poel comme Adonai dans 'Everyman', une pièce de moralité du XVe siècle, 1901, Angleterre. © Victoria and Albert Museum, Londres


Gratter au foyer

Cette locution, très ancienne, provient d’un acteur de la comédie italienne, qui avait peu souvent l’occasion d’employer son temps à la scène, s’était créé une distraction, et il grattait les murs du foyer en attendant un rôle ; Le mot passa dans la langue de coulisses, et maintenant on applique cette expression à l’artiste sans rôle comme à la pièce sans représentation. Nous ne voulons pas dresser ici une liste de proscription, mais il y a en vérité un bon sixième du personnel dramatique qui devrait s’exécuter et se contenter de gratter au foyer.

Le foyer des artistes

‘Cette locution, très ancienne, provient d’un acteur de la Comédie Italienne qui, n’ayant jamais rien à faire, (sa valeur attendant le nombre des années) s’amusait à gratter les murs du foyer. Aujourd’hui, on dit d’un acteur qui attend un rôle et d’un auteur qui attend le tour de sa pièce, qu’ils grattent au foyer’. 

La langue théâtrale. Alfred Bouchard. 1878


Un ancien acteur de la comédie italienne, qui avait peu souvent l’occasion d’employer son temps à la scène, s’était créé une distraction, et il grattait les murs du foyer en attendant un rôle ; Le mot passa dans la langue de coulisses, et maintenant on applique cette expression à l’artiste sans rôle comme à la pièce sans représentation. Nous ne voulons pas dresser ici une liste de proscription, mais il y a en vérité un bon sixième du personnel dramatique qui devrait s’exécuter et se contenter de gratter au foyer. 

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835


Mère d'actrice

Monnier, Henry (1799-1877). Dessinateur du modèle. La mère d'actrice, vignette d'illustration de la tête du chapitre "La Mère d'actrice" dans "Les Français peints par eux-mêmes" : [estampe] / H. Monnier ; Gérard sc.. 1840. Source gallica.bnf.fr / BnF


Physique

Il y a des Aristarques. qui ne connaissent que les lois de l’illusion. Ils exigent des rois de coulisses une taille herculéenne, un front à la Louis XIV ; ils veulent que toutes les princesses soient des Didons, et les amoureuses des Psychés. Nous les renvoyons à la réponse que fit un comédien à ceux qui riaient de sa figure :  Messieurs, dit-il, il vous est plus facile de vous accoutumer à mon physique qu’à moi d’en changer, » et chacun de rire, et avec la bonne volonté l’habitude arriva.   

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Français Febvre. "Roi s'amuse". Atelier Nadar]. 1882 Source gallica.bnf.fr / BnF .


Retraite

Jadis, les artistes s’attachaient à leur théâtre ; ils y restaient pendant quinze, vingt, trente ans, et lorsqu’ils abandonnaient la carrière, lorsqu’ils prenaient leur retraite, après un si long service, ils étaient l'objet de la part du public, à leur dernière représentation, d'une de ces manifestations touchantes d'affection et de sympathie qui laissent un profond souvenir dans le cœur de celui qui les reçoit. Aujourd'hui, les comédiens sont devenus nomades ils ne tiennent pas plus à un théâtre qu'à un autre, sont un jour ici, un autre là, se déplacent à volonté́, abandonnant une scène importante pour une moins honorable qui les paiera un peu plus cher, ne songent qu'à l'argent et ont fort peu de souci du public et de son affection. Il en résulte que la retraite d'un comédien n'est plus qu'un évènement parfaitement indiffèrent à tous, et qui passe complètement inaperçu. 

Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

M. et Me Montrouge. Bouffes. Mam'zelle Crénom. Atelier Nadar]. 1888. Source gallica.bnf.fr / BnF.


Revenant

La célèbre Clairon avait chaque soir, sur ses pas, un revenant qui n’était pas un démon favori ; elle dit dans ses Mémoires qu’il claquait des mains, faisait entendre des concerts, tirait des coups de pistolets : c’était, croyait-on, l’ombre d’un jeune homme dont elle avait dédaigné l’amour ; il y a peu d’actrices de nos jours qui puissent donner la même cause à de invraisemblables apparitions. Le récit de Mlle Clairon accuse une âme superstitieuse, c’est une faiblesse que la tragédienne a partagée avec de grands et illustres personnages. César croyait aux revenants, Platon avait son démon, et la célèbre Calatalani n’entre jamais en scène sans avoir préalablement tiré son chapelet et demandé à Dieu les notes heureuses et des inspirations de Syrène.   

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Portrait de M.lle Clairon. Jean-François Janinet, (1752-1814). 17... Source gallica.bnf.fr / BnF


Trois sons de cor

C’est le signal inévitable de rassemblement pour les brigands de l’école classique du mélodrame. Dans les œuvres de M. Guilbert de Pixérécourt, il y a toujours un M. Paolo qui donne à minuit trois sons de cor, près des roches noires de la citerne ; quand le mélodramaturge ne peut pas placer ses roches noires ni sa citerne, il fait donner ses trois sons de cor par les montagnards de la grotte terrible qui descendent dans la plaine, par le sentier tortueux de l’ermite. 

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Portrait de Guilbert de Pixérécourt, 1822 Huile sur toile, Nancy, musée des Beaux-Arts.

(René-Charles Guilbert de Pixerécourt, né le 22 janvier 1773 à Nancy où il est mort le 25 juillet 1844, est un dramaturge, directeur de théâtre, traducteur et bibliophile français.)


Zéphyr

Il vient de mourir dans une petite ville d’Italie, un ancien figurant danseur, qui
avait débuté en 1737, dans le ballet de Flore et Zéphyr, de Riccoboni; cet artiste âgé de 106 ans, dansait un pas sous le costume d’un papillon qui finissait par s’envoler au milieu de vingt scarabées représentés par d’autres enfants, et qui allaient au moyen d’un fil de fer voltiger sur les épaules de Vertumne, et bourdonner aux oreilles de Palès; un jour, dit la Gazette de Milan qui rapporte ce fait : Belaveine, c’est le nom du figurant, éprouva un étourdissement tel au moment de l’ascension, qu’il voulut se retenir au cou d’une des divinités champêtres. Le machiniste, qui n’était pas prévenu, ne continua pas moins le vol, et voilà le dieu qui se sent perdre terre et enlever, se met à crier et s’accroche heureusement par les pieds à une hamadryade ; toute la troupe fut dans un moment sur pied pour décrocher les individus qui formaient cette singulière et nouvelle échelle de Jacob. Zéphyr fut renvoyé du théâtre, et ce ne fut que quelques mois après qu’il put obtenir de faire un nouveau noviciat dans les rôles d’un singe qui avait un masque à ressort très ingénieusement fabriqué. Outre l’anecdote des accidents, ce récit cous révèle deux faits, d’abord que les vols au moyen de fil de fer étaient connus avant les ascensions faites à notre grand Opéra ; secondement nous voyons que Jocko, avec son masque mobile, n’était encore qu’une imitation du vieux répertoire ou l’on va chercher de nos jours tant de pièces nouvelles. 

Petit dictionnaire des coulisses Publié par Jacques-le-souffleur  ‘se vend dans tous les théâtres’ - Paris 1835

Groupe de quatre danseuses, Zéphyr et Flore sur un char : fragment de fresque provenant de l'hotel de la rue Chantereine. Source gallica.bnf.fr / BnF


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