

Affiche lithographiée allemande de la fin du XIXᵉ siècle annonçant une Amerikanische Wunder-Phänomen-Ausstellung. Cette image rassemble volontairement, sur une seule composition, plusieurs figures emblématiques des phénomènes de foire. Elle illustre la standardisation des spectacles de curiosités à la Belle Époque, où les individus sont présentés comme une collection vivante de différences humaines, destinée à attirer un public toujours plus large.

Amerikanische Wunder Phänomen Ausstellung : non identifié. 1896. Source gallica.bnf.fr / BnF (Amerikanische Wunder-Phänomen-Ausstellung : Exposition américaine de phénomènes merveilleux)
Chaffer’s Wonder Midgets désigne une troupe de personnes de petite taille, active au début du XXᵉ siècle, principalement dans les circuits de vaudeville et de spectacles populaires anglo-saxons. Le groupe était présenté comme une attraction collective, réunissant enfants et adultes dans des numéros chorégraphiés, tableaux costumés et scènes comiques, souvent inspirés du music-hall. Le nom Chaffer renvoie à l’impresario ou directeur de troupe, selon une pratique courante consistant à associer l’identité du groupe à son organisateur. Les artistes étaient mis en scène comme un ensemble homogène, renforçant l’effet de collection humaine et la dimension spectaculaire du groupe.

Les noms individuels des membres ne sont pas connus avec certitude.
Les sources disponibles (photographies promotionnelles, cartes-souvenirs, programmes) n’identifient pas les artistes un par un, privilégiant l’image du groupe plutôt que les parcours personnels. Chaffer’s Wonder Midgets illustrent une forme aboutie de spectacle collectif de petite taille, où la différence corporelle devient un élément visuel central, intégré à des mises en scène festives et professionnelles.
Cette carte postale illustre les deux extrêmes du corps humain, en réunissant les frères Hugo, géants de plus de 2,30 m, et Le Colibri, célèbre pour sa très petite taille. Par la confrontation directe des statures, renforcée par la présence d’enfants servant d’échelle, l’image met en scène un contraste spectaculaire typique des spectacles de curiosités du début du XXᵉ siècle, où la différence physique devient attraction visuelle et argument publicitaire.

En 1929, le Luna Park, situé porte Maillot à Paris, propose encore au public une galerie de phénomènes humains, héritière directe des spectacles de foire du XIXᵉ siècle. Ces attractions, désormais intégrées aux parcs d’amusement modernes, côtoient manèges et spectacles populaires. Réalisées par l’Agence Meurisse, ces photographies de presse témoignent d’une mise en scène codifiée : les individus sont présentés en groupes, nommés, disposés sur une estrade, offerts au regard du public comme des curiosités humaines. Le contraste des corps — tailles, corpulences, proportions — demeure au cœur du spectacle. Ces images illustrent une période charnière : les phénomènes humains n’ont pas disparu, mais leur exhibition est désormais banalisée, intégrée aux loisirs urbains de masse et documentée par la presse. Elles marquent les dernières grandes survivances d’un monde du spectacle appelé à s’éteindre progressivement au cours du XXᵉ siècle.


Luna Park : galerie des phénomènes. Photographie de presse. Agence Meurisse. 1929. Source gallica.bnf.fr / BnF
Maximo et Bartola, connus sous le nom des « Enfants Aztèques », furent parmi les phénomènes humains les plus célèbres du XIXᵉ siècle. Frère et sœur originaires du Salvador, ils étaient atteints de microcéphalie, une condition congénitale qui influençait la forme et la taille de leur crâne. Leur différence physique fut rapidement enveloppée d’un récit fictif, les présentant comme les derniers survivants d’une civilisation aztèque disparue. Cette légende, entièrement fabriquée par leurs impresarios, leur conféra une aura exotique et mystérieuse, renforcée par des images empruntant aux codes de l’anthropologie naissante. Photographiés de profil, comparés, observés, Maximo et Bartola incarnent une époque où la frontière entre science, mythe et spectacle était encore floue. Leur histoire rappelle comment des corps singuliers pouvaient être transformés en symboles, révélateurs du regard porté sur l’altérité et de la fascination durable pour l’exception humaine.

Cette carte postale montre Maximo et Bartola en portraits de profil, selon une iconographie proche des usages anthropologiques de l’époque. La note manuscrite « chez Bostock, novembre 1904 » indique qu’ils se produisaient alors au sein de la grande ménagerie-cirque de Frank Bostock, l’un des plus importants entrepreneurs de spectacles itinérants du début du XXᵉ siècle. Cette mention situe précisément leur carrière tardive et confirme leur intégration aux grands circuits internationaux du spectacle.