1. Les Géants

Antonin

Antonin est un homme de très grande taille actif au début du XXᵉ siècle, principalement connu à travers des photographies et cartes postales le présentant comme un géant. Comme beaucoup d’artistes de cette catégorie, il est exhibé dans les foires, spectacles ambulants et circuits de curiosités, où sa stature exceptionnelle constitue l’élément central de l’attraction. Les images le montrent presque toujours entouré de personnes de taille moyenne, procédé visuel destiné à rendre immédiatement perceptible la disproportion des corps. Sa mise en scène reste relativement sobre, s’appuyant davantage sur la comparaison humaine que sur un costume spectaculaire, ce qui suggère une présentation fondée sur la réalité physique plus que sur la théâtralisation. Faute de sources biographiques précises, sa vie personnelle, son origine exacte et la durée de sa carrière demeurent peu documentées. Antonin incarne néanmoins l’une des figures typiques des géants de foire, où la grande taille humaine, à la fois fascinante et déroutante, devenait une identité publique et un moyen d’existence.

Cette photographie montre Antonin entouré de plusieurs adultes de taille moyenne, dont la présence sert de repère visuel pour souligner sa stature exceptionnelle. Placé en position dominante au centre du groupe, Antonin apparaît comme le point focal de l’image, conformément aux codes iconographiques des géants de foire du début du XXᵉ siècle.


Baptiste et Antoine Hugo

Baptiste et Antoine Hugo, géants d’une même famille Baptiste Hugo et Antoine Hugo sont deux géants français actifs au début du XXᵉ siècle, issus d’une même famille et régulièrement exhibés ensemble dans les foires et spectacles de curiosités. Baptiste Hugo est le plus célèbre des deux frères. Souvent désigné simplement sous le nom de « Hugo » ou « le Géant Hugo », il est présenté par la publicité comme l’un des hommes les plus grands de son temps, figure centrale des affiches et cartes postales promotionnelles. Antoine Hugo, également de très grande taille, se produit fréquemment à ses côtés, renforçant l’impact visuel et l’argument spectaculaire du gigantisme familial. Leur mise en scène repose sur la comparaison directe des corps, tant avec leur entourage qu’avec des personnes de taille moyenne, soulignant la démesure de leur stature. Leur parcours illustre une forme particulière d’exploitation des singularités physiques, où la famille devient attraction, transformant une caractéristique partagée en identité publique et moyen de subsistance.

Ces deux cartes postales mettent en scène Baptiste Hugo et son frère Antoine Hugo, célèbres géants issus d’une même famille. L’une insiste sur le cadre familial, utilisant les proches comme repères de comparaison, tandis que l’autre isole Baptiste Hugo dans une mise en scène publicitaire affirmant son statut de géant vedette.


Chang Géant Chinois 

Zhan Shichai, mondialement connu sous le nom de scène de Chang le Géant Chinois, fut l’un des géants les plus célèbres de la fin du XIXᵉ siècle. Né en Chine, il mesurait plus de 2,30 mètres, une taille exceptionnelle qui fit de lui une attraction majeure sur les scènes européennes et américaines. Vers 1890, Chang fut présenté aux Folies-Bergère, où sa stature hors norme était mise en valeur par une scénographie spectaculaire. Les affiches le représentent vêtu de costumes traditionnels richement ornés, inscrivant sa figure dans un imaginaire orientaliste caractéristique de la Belle Époque. Le contraste visuel avec des personnages occidentaux de taille ordinaire accentuait l’effet de démesure et de fascination. Contrairement à de nombreuses attractions anonymes de l’époque, l’identité de Chang est bien documentée. Son nom de scène, choisi pour le public occidental, contribua à sa renommée internationale, tandis que sa carrière témoigne de la circulation mondiale des spectacles de curiosités à la fin du XIXᵉ siècle.

Folies Bergère. Chang géant chinois (affiche non identifiée). 1890. Source : gallica.bnf.fr / BnF


Édouard Beaupré

Édouard Beaupré (1881–1904) fut l’un des géants les plus célèbres de la fin du XIXᵉ siècle. Atteint de gigantisme, il mesurait plus de 2,50 mètres et fut exhibé dans les foires et cirques d’Amérique du Nord et d’Europe. La photographie de studio le représente selon un procédé classique de comparaison des tailles, entouré d’hommes de stature ordinaire afin de souligner l’exception de son corps. Mort prématurément à l’âge de 23 ans, Beaupré fut exploité de son vivant comme après sa mort, son corps ayant été conservé pendant de nombreuses années avant d’être finalement rendu à sa famille. Son histoire incarne à la fois la fascination et la violence du regard porté sur les géants à l’époque des phénomènes de foire.

Photographie de studio réalisée vers 1903 à Montréal, diffusée par Elzéar Fortin, manager d’Édouard Beaupré.


Ferdinand Contat

Ferdinand Contat est un géant de foire actif au début du XXᵉ siècle, mesurant environ 2,35 mètres, ce qui faisait de lui l’un des hommes les plus grands de son temps. Sa stature exceptionnelle constitue le cœur de son attraction dans les foires et spectacles de curiosités, où il est présenté au public comme un phénomène de taille hors norme. Les photographies et cartes postales le montrent fréquemment aux côtés de personnes de petite ou moyenne taille, procédé destiné à rendre immédiatement perceptible la disproportion corporelle. Vêtu de façon élégante et posé avec assurance, il incarne une représentation relativement digne du géant, conforme aux codes iconographiques de l’époque. Faute de sources biographiques détaillées, son origine exacte et la durée précise de sa carrière demeurent peu documentées. Ferdinand Contat reste toutefois une figure emblématique des géants exhibés, à une époque où la taille humaine extrême devenait à la fois spectacle, identité publique et moyen de subsistance.


Hugo d’Anjou

Hugo d’Anjou. L’élégant géant des Folies-Bergère Cette affiche lithographique des années 1890 illustre l’une des attractions marquantes de la Belle Époque présentées aux Folies-Bergère. Le géant représenté est souvent identifié comme Hugo d’Anjou, pseudonyme attribué à Joseph Drasicz, un artiste de très grande taille actif à la fin du XIXᵉ siècle. Annoncé comme mesurant environ 2,25 mètres, ce géant incarnait la fascination du public parisien pour les records physiques et les corps hors norme. Pour souligner sa stature exceptionnelle, l’artiste l’a représenté aux côtés d’un homme de taille moyenne, accentuant visuellement l’effet de démesure destiné à capter l’attention des passants. Loin de l’imagerie foraine traditionnelle, le géant apparaît vêtu d’un habit de soirée, reflétant l’esthétique élégante et mondaine du music-hall. Cette mise en scène souligne le prestige des Folies-Bergère, où la curiosité humaine était intégrée à un spectacle raffiné. Imprimée par la maison Émile Lévy & Cie, l’affiche est aujourd’hui conservée au Musée Carnavalet. Elle témoigne de l’attrait durable de Paris pour le spectaculaire et le divertissement vivant à la fin du XIXᵉ siècle. Avertissement — Il n’existe pas, à ce jour, de preuve formelle (programme nominatif, article de presse explicite ou archive contractuelle) permettant d’affirmer avec certitude que le géant représenté sur cette affiche est bien Hugo d’Anjou / Joseph Drasicz. Cette identification doit donc être considérée comme probable mais non établie.

Folies Bergère. Tous les soirs. Le plus grand géant du monde Entre 1886 et 1892 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


La Giant Amazon Queen

Sous le nom spectaculaire de « Giant Amazon Queen » apparaît, à la fin du XIXᵉ siècle, une femme de très grande taille devenue figure de spectacle. Selon plusieurs sources secondaires, elle serait interprétée par une artiste appelée Marian Winters, un nom aujourd’hui couramment associé à ce personnage, sans que des documents d’état civil ou des sources primaires permettent toutefois de l’établir avec certitude. La « Giant Amazon Queen » est principalement connue pour son rôle dans Babil and Bijou, une féerie théâtrale présentée à l’Alhambra Theatre de Leicester Square, à Londres, vers 1882. Ce genre de spectacle, très populaire à l’époque, mêlait musique, décors monumentaux, costumes fastueux et éléments fantastiques. La géante y incarnait la Reine des Amazones, une figure empruntée à la mythologie antique, symbole de puissance féminine et d’altérité. Cette mise en scène permettait de transformer une singularité physique — une taille hors norme — en personnage héroïque, détournant le regard du simple étonnement corporel vers un récit spectaculaire. Comme pour de nombreux géants et géantes de foire, l’identité personnelle de l’artiste demeure largement éclipsée par le rôle qu’elle incarnait. Le personnage, soigneusement construit, a survécu à la personne réelle, dont le parcours précis et la vie hors de la scène restent aujourd’hui difficiles à retracer. La « Giant Amazon Queen » illustre ainsi la manière dont le spectacle du XIXᵉ siècle façonnait des figures hors normes, mêlant fascination pour le corps exceptionnel, goût pour le mythe et effacement fréquent de l’individu derrière l’image.

Affiche lithographiée réalisée à Londres vers 1882 pour la promotion de la féerie Babil and Bijou, présentée à l’Alhambra Theatre de Leicester Square. Cette image met en scène la « Giant Amazon Queen », figure spectaculaire destinée à attirer le public par une représentation amplifiée et mythifiée de la femme géante. Comme de nombreuses affiches théâtrales victoriennes, elle privilégie l’impact visuel à la fidélité documentaire.