14 : Les cas singuliers

Hermann Unthan

Le Paganini aux pieds 

Dans les salles enfumées et bruyantes du XIXᵉ siècle, le silence se faisait parfois d’un coup. Sur scène, un homme s’asseyait, posait son violon à ses pieds, et le miracle commençait. Hermann Unthan, né sans bras, jouait du violon avec une précision et une grâce qui forçaient l’étonnement, puis l’admiration. La presse le surnomma bientôt « le Paganini aux pieds ». L’instrument, tenu entre ses orteils, obéissait à une technique patiemment acquise, fruit d’années d’efforts et d’inventivité. À Londres, au London Pavilion Music Hall, comme dans les grandes villes d’Europe, le public venait d’abord par curiosité… et repartait bouleversé par le talent. À travers Hermann Unthan, le phénomène change de visage. Ce n’est plus seulement le corps qui est montré, mais ce qu’il accomplit contre toute attente. Son succès rappelle que les scènes populaires du XIXᵉ siècle furent aussi des lieux d’émotion et de dépassement, où la différence, le temps d’un concert, se transformait en art.

Hermann Untman, le Paganini du pédalier, au London Pavilion Music-Hall’ Gravure issue de la presse illustrée britannique du XIXᵉ siècle, probablement publiée dans The Illustrated London News.