

Daisy Hilton et Violet Hilton (1908–1939) comptent parmi les jumeaux siamois les plus célèbres du XXᵉ siècle. Nées en Angleterre, elles étaient unies au niveau des hanches et des fesses, une configuration connue sous le nom de pygopagie. Bien qu’elles partagent une partie de leur circulation sanguine, elles possédaient des organes distincts et une grande autonomie individuelle. Très jeunes, elles furent intégrées au monde du spectacle, d’abord dans les foires, puis dans les théâtres de vaudeville, où elles devinrent de véritables artistes de scène. Contrairement à de nombreuses curiosités humaines simplement exposées, Daisy et Violet chantaient, dansaient et jouaient de plusieurs instruments, dont le piano, le saxophone et la clarinette. Leur notoriété atteignit un sommet avec le cinéma. Elles apparurent notamment dans le film Freaks de Tod Browning, œuvre emblématique qui marque la transition entre les spectacles de curiosités et le divertissement moderne. Malgré leur succès, leur vie fut marquée par des abus et des batailles juridiques pour obtenir leur indépendance vis-à-vis de managers exploitants. Après une célébrité mondiale, elles connurent un déclin brutal et terminèrent leur vie dans une relative pauvreté, travaillant ensemble dans une épicerie en Caroline du Nord.

Cette photographie montre Daisy et Violet Hilton dans une mise en scène élégante et intimiste, très éloignée du sensationnalisme des foires du XIXᵉ siècle. Vêtues de robes modernes et coiffées avec soin, elles sont représentées comme des jeunes femmes cultivées et respectables. Le livre ouvert, la posture calme et le décor feutré participent à une image volontairement rassurante et civilisée. L’objectif n’est plus de choquer, mais de normaliser leur apparence, tout en laissant deviner leur union physique. Cette image illustre parfaitement l’évolution du regard porté sur les êtres doubles au XXᵉ siècle : moins de monstruosité affichée, davantage de mise en scène artistique et humaine.

Cette photographie montre Daisy Hilton et Violet Hilton à l’apogée de leur carrière. Jumeaux siamois unies par le bassin, elles sont ici présentées comme de véritables artistes de scène, loin de l’imagerie brute des spectacles de curiosités.
Cette photographie représente Liao Tun-Yung et Liao Sien-Sung, deux frères jumeaux nés en Chine à la fin du XIXᵉ siècle. Ils étaient unis par le thorax, plus précisément au niveau du cartilage xiphoïde, la partie inférieure du sternum. Ce type de jonction est connu sous le nom médical de xiphopagie. Recrutés très jeunes, les frères Liao furent emmenés en Europe et aux États-Unis, où ils se produisirent dans des cirques, foires et musées de curiosités. Présentés sous différents noms de scène, ils étaient exhibés comme des curiosités médicales vivantes, leur corps partagé constituant l’élément central de l’attraction. Le terme de « jumeaux siamois », utilisé à leur sujet comme pour beaucoup d’autres couples similaires, ne renvoie pas à leur origine géographique. Il s’est imposé au XIXᵉ siècle après la célébrité mondiale de Chang et Eng Bunker, deux frères originaires du Siam (actuelle Thaïlande) présentant une jonction presque identique. Le destin des frères Liao illustre la fascination durable pour les êtres doubles, à la frontière entre médecine, spectacle et exotisation, dans un monde où la différence corporelle était transformée en attraction publique.

Les frères Giacomo Tocci et Giovanni Battista Tocci, nés en Italie vers 1877, comptent parmi les paires de jumeaux siamois les plus célèbres du XIXᵉ siècle. Ils présentaient une configuration anatomique exceptionnelle de jumeaux dicéphales (dicephalus tetrabrachius), avec deux têtes, deux torses et quatre bras, mais un seul abdomen, un seul bassin et deux jambes. Exposés dès leur plus jeune âge par leur père, les frères Tocci furent présentés à travers l’Europe et les États-Unis dans divers lieux de divertissement. Ils apparaissaient dans des foires, des cirques, des musées de curiosités, et parfois dans des théâtres, où leur présence constituait une attraction à part entière. Il ne s’agissait pas de spectacles au sens dramatique, mais d’exhibitions humaines, accompagnées de commentaires explicatifs et d’une mise en scène destinée à souligner leur singularité. Bien qu’ils possèdent deux jambes, chacun ne contrôlait qu’un seul membre inférieur, ce qui les empêchait de marcher de façon coordonnée. Leurs déplacements nécessitaient assistance, renforçant la fascination exercée sur le public. Leur cas marqua durablement l’imaginaire collectif et inspira notamment l’écrivain Mark Twain, qui s’en inspira pour sa nouvelle Ces jumeaux extraordinaires. L’histoire des frères Tocci illustre la manière dont les êtres doubles furent exposés à la frontière entre médecine, curiosité scientifique et spectacle, dans une époque où la différence corporelle devenait un objet de fascination publique.

Cette photographie représente les célèbres sœurs Rosa Blažek et Josepha Blažek (1878–1922), des jumeaux siamois originaires de Bohême (actuelle République tchèque). Leur cas illustre une autre forme remarquable de jonction corporelle et constitue l’un des destins les plus riches et documentés de l’histoire des êtres doubles. Rosa et Josepha étaient des jumeaux pygopages, unis au niveau du bassin et du sacrum. Elles partageaient une structure pelvienne commune, mais disposaient de deux cœurs, deux poumons et deux systèmes nerveux distincts, leur permettant une grande autonomie individuelle malgré leur union permanente. Contrairement à de nombreux artistes réduits à leur seule anomalie physique, les sœurs Blažek développèrent de véritables talents artistiques. Musiciennes accomplies, elles jouaient notamment du violon et du xylophone, et se produisaient régulièrement dans des foires, cirques et théâtres en Europe et aux États-Unis. Le piano visible à l’arrière-plan de cette photographie rappelle l’importance de la musique dans leur carrière. Leur histoire personnelle dépasse largement le cadre du spectacle. En 1910, Rosa donna naissance à un fils, Franz Blažek, un événement exceptionnel et l’un des rares cas documentés où l’une des sœurs siamoises mit au monde un enfant en bonne santé. Le jeune garçon visible à droite sur la photographie est très probablement Franz. Les sœurs Blažek s’éteignirent à Chicago en 1922, à quelques minutes d’intervalle, après que l’une d’elles eut contracté une pneumonie. Leur destin demeure l’un des plus saisissants témoignages de la complexité des vies menées par les êtres doubles, à la croisée de la médecine, du spectacle et de l’intimité familiale.

Cette photographie du début du XXᵉ siècle montre les sœurs Blazek à l’âge adulte, accompagnées du fils de Rosa, Franz. Jumelles siamoises unies par le bas du dos (pygopages), elles sont ici assises devant un piano, tandis que l’enfant se tient à leurs côtés. Ce cliché revêt une importance particulière dans l’histoire médicale et sociale : en 1910, Rosa donna naissance à Franz, marquant la première maternité documentée d’une jumelle siamoise ayant mis au monde un enfant en bonne santé. L’image témoigne à la fois de leur vie familiale, de leur condition exceptionnelle et de la fascination durable qu’elles suscitèrent, bien au-delà de leur carrière de spectacle. (Rosa Blazek est à droite, légèrement tournée vers l’enfant. Josepha est à gauche.)

Sœurs Blazek – Phénomène vivant Cette affiche de la fin du XIXᵉ siècle annonce les représentations des sœurs Blazek, célèbres jumelles siamoises, au Jardin de Paris, près des Champs-Élysées. Présentées comme un « phénomène vivant », elles sont décrites de manière spectaculaire : un seul corps, deux têtes, quatre bras et quatre jambes.
Nées esclaves en Caroline du Nord, elles furent exploitées dès l’enfance dans les spectacles de curiosités, avant de devenir de véritables artistes reconnues à l’échelle internationale. Dotées d’une éducation rare pour l’époque, elles parlaient plusieurs langues, jouaient du piano et se produisaient en chantant en harmonie, l’une soprano, l’autre alto. Atteintes d’une malformation congénitale appelée jumeaux conjoints pygopages, elles partageaient un même bassin et deux jambes, tout en conservant des personnalités distinctes. Après l’abolition de l’esclavage, elles poursuivirent leur carrière par choix et connurent un succès suffisant pour racheter la plantation où elles étaient nées esclaves, afin d’y installer leur famille. Ce document illustre toute l’ambiguïté des spectacles du XIXᵉ siècle, où exploitation, curiosité scientifique et reconnaissance artistique s’entremêlent. Millie et Christine McKoy demeurent aujourd’hui des figures emblématiques de résilience, ayant su transformer une condition imposée en une trajectoire artistique et humaine exceptionnelle.

Cette gravure du XIXᵉ siècle est la couverture d’une brochure intitulée History and Medical Description of the Two-Headed Girl. Elle représente une jeune femme à deux têtes partageant un même corps, typique des êtres doubles exposés dans les spectacles de curiosités.

Cette affiche du XIXᵉ siècle annonce les représentations de Millie et Christine McKoy, célèbres sœurs siamoises afro-américaines connues sous le nom de scène « The Two-Headed Nightingale ». Présentées comme « la huitième merveille du monde », elles se produisent ici à St. James’s Great Hall, un lieu dédié aux spectacles et aux curiosités.
La femme à trois jambes et deux corps — Valentino
Cette affiche de la fin du XIXᵉ siècle annonce l’exhibition de la femme à trois jambes et deux corps, présentée comme « la plus grande curiosité du monde » au Valentino, situé 251 rue Saint-Honoré à Paris. La mise en scène joue sur l’ambiguïté anatomique et l’effet de fascination, caractéristiques des spectacles de curiosités de la Belle Époque. L’identité de la personne n’est pas mentionnée, l’affiche privilégiant une désignation descriptive destinée à renforcer l’impact spectaculaire.
Note : Présentée sous le nom de scène de Mademoiselle Blanche, la femme à trois jambes et deux corps demeure mal identifiée. Des rapprochements existent avec Blanche Dumas, mais aucun document ne permet d’établir avec certitude que l’artiste du Valentino et ce cas médical soient une seule et même personne.

VALENTINO/ 251, RUE ST HONORE/ LA PLUS GRANDE/ CURIOSITE/ DU MONDE/ LA/ FEMME/ A/ 3 JAMBES/ 2 CORPS/ TOUS LES SOIRS/ DE 8 HEURES/ A MINUIT Anonyme , Dessinateur Lévy, Emile , Imprimeur Entre 1873 et 1883 Musée Carnavalet, Histoire de Paris