

Clémentine Delait (1865–1939) est l’une des femmes à barbe les plus célèbres de France. Originaire de Thaon-les-Vosges, elle tient avec son mari un café qu’elle transforme en « Café de la Femme à Barbe », faisant de sa pilosité faciale une identité assumée et visible. À la différence de nombreux « phénomènes » de son époque, Clémentine Delait choisit elle-même de se montrer au public. Elle pose pour des photographies et cartes postales qu’elle diffuse largement, cultivant une image à la fois élégante, fière et singulière. Figure locale respectée, elle incarne une forme rare d’indépendance dans un univers où la différence physique était le plus souvent exploitée.

Cette photographie représente Clémentine Delait posant volontairement pour une carte postale, vêtue d’une robe élégante et tenant un verre, tout en laissant apparaître sa barbe abondante. L’image joue sur le contraste entre les codes de la féminité bourgeoise et une singularité physique assumée, reflétant la manière dont elle maîtrisait elle-même sa représentation publique, loin des mises en scène contraintes des spectacles forains.
La famille poilue fut présentée comme attraction humaine au Folies-Bergère à Paris entre 1880 et 1900. Il s’agissait d’une famille réelle, dont plusieurs membres, adultes et enfants, étaient atteints d’hypertrichose congénitale, une affection génétique rare provoquant une pilosité très abondante sur le visage et parfois sur l’ensemble du corps. Présentée comme originaire de Birmanie, la famille était intégrée à une mise en scène jouant sur l’exotisme, selon les codes culturels de la fin du XIXᵉ siècle. Cette origine, souvent mise en avant dans les affiches, relevait parfois davantage de la construction publicitaire que d’une réalité strictement documentée. Leur présentation s’inscrit dans la tradition des exhibitions humaines de la Belle Époque, où les music-halls associaient numéros artistiques et curiosités corporelles.

Folies-Bergère. La famille poilue. Birmanie. Anonyme Entre 1880 et 1900 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Mr John Shelley, connu sous le nom de scène de l’homme à la barbe géante, fut une attraction présentée en Europe à la fin du XIXᵉ siècle. Annoncé lors de sa première tournée européenne en 1889, il était exhibé pour la longueur exceptionnelle de sa barbe, mesurant près de deux mètres, considérée comme une prodigalité de la nature. Les informations biographiques le concernant demeurent limitées, comme c’est souvent le cas pour les phénomènes de foire de cette période. Son identité civile, son origine exacte et le déroulement précis de sa carrière ne sont pas formellement établis. Le nom John Shelley relève très probablement d’un pseudonyme de scène, choisi pour sa lisibilité auprès du public européen. Cette figure s’inscrit dans la tradition des phénomènes de pilosité, très populaires à la Belle Époque, où la singularité corporelle était mise en scène comme spectacle.

Première visite en Europe. Mr John Shelley : l'homme à la barbe géante... [Non identifié]. 1889. Source gallica.bnf.fr
Julia Pastrana (1834–1860) fut une chanteuse et danseuse mexicaine atteinte d’hypertrichose, une maladie génétique rare provoquant une pilosité excessive. Cette particularité physique fit d’elle une attraction majeure des spectacles de curiosités du XIXᵉ siècle, où elle fut exhibée comme un « phénomène ». Artiste reconnue pour ses talents scéniques, Julia Pastrana subit cependant une exploitation extrême. Après sa mort, son corps fut embaumé et continuera d’être exposé pendant des décennies, prolongeant la déshumanisation dont elle avait déjà été victime de son vivant. Son histoire demeure l’un des exemples les plus tragiques de l’exploitation des corps singuliers dans l’histoire des spectacles forains.

Gravure sur bois publiée dans The Illustrated London News (Angleterre, vers 1862). Elle représente le corps embaumé de Julia Pastrana, exposé à Londres après sa mort.
Krao Farini naît vers 1876 en Asie du Sud-Est. Atteinte d’hypertrichose, une affection rare provoquant une pilosité abondante sur tout le corps, elle est très jeune prise en charge par l’impresario Guillermo Antonio Farini, qui la présente comme une curiosité vivante à l’époque où les théories évolutionnistes fascinent le public. Dès l’enfance, Krao est exhibée dans de nombreux théâtres, music-halls et foires en Europe et aux États-Unis. Les spectacles la montrent comme un prétendu « chaînon manquant » entre l’homme et le singe, dans une mise en scène exotique mêlant discours pseudo-scientifiques et sensationnalisme. À Paris, elle est notamment présentée à l’Alcazar d’Été, attirant une foule nombreuse. Derrière l’image spectaculaire, Krao reçoit une éducation soignée, apprend à lire et à écrire, et parle plusieurs langues. À l’âge adulte, elle mène une vie plus discrète, s’éloignant progressivement de la scène. Elle meurt en 1926 à Brooklyn.

Ce portrait photographique de Krao Farini, réalisé à l’âge adulte, montre une femme posant avec dignité, coiffée et parée avec soin, tout en laissant apparaître l’hypertrichose qui fit d’elle une figure célèbre des spectacles de curiosités. L’image contraste fortement avec les affiches sensationnalistes : elle révèle une personne réelle, humanisée, loin de la caricature animale construite par la scène et la publicité.

Cette photographie représente Krao Farini enfant, présentée dans les spectacles de curiosités de la fin du XIXᵉ siècle. Atteinte d’hypertrichose généralisée, elle est exhibée pour la pilosité abondante couvrant son corps et son visage. À ses côtés figure Guillermo Antonio Farini, son impresario, qui la mit en scène comme un prétendu « chaînon manquant » entre l’homme et le singe, selon les théories évolutionnistes mal comprises de l’époque. La pose, le décor sobre et la proximité de l’adulte renforcent l’illusion d’une observation quasi scientifique. Cette image illustre la manière dont la science populaire et le sensationnalisme furent utilisés pour justifier et légitimer l’exposition d’enfants dans les spectacles de curiosités.
Louis Coulon, né en 1826 à Vandenesse (Nièvre), exerçait le métier de meunier à Montluçon lorsqu’il devint connu pour la longueur exceptionnelle de sa barbe, mesurée à environ cinq mètres trente. Documentée par des photographies de studio à la fin du XIXᵉ siècle, sa barbe authentique attira l’attention des curieux et des savants, à une époque où la photographie servait à fixer et à attester les singularités humaines. Contrairement à de nombreux phénomènes de foire, Louis Coulon conserva son identité civile et semble être resté en marge du spectacle itinérant, incarnant une curiosité naturelle observée plus que mise en scène.


Photographies de studio réalisées à Nevers à la fin du XIXᵉ siècle par A. Berthand et Cie (cliché Bonnet).
Connue sous le nom de Mdlle Eva, Mademoiselle Eva est une femme barbue qui se produit sur les scènes européennes dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Son véritable nom demeure inconnu, comme pour beaucoup d’artistes de curiosités, dont l’identité se confond avec le personnage public. Par son apparence singulière, mêlant barbe fournie et féminité assumée, elle incarne ces corps hors norme qui fascinent autant qu’ils interrogent. À travers sa carrière, Mdlle Eva illustre un monde du spectacle où l’étrangeté devient art, et où certaines différences trouvent, le temps d’une représentation, une place et une reconnaissance.

MDLLE. EVA. Anonyme , Dessinateur Imprimerie Lithgow & Son , Imprimeur Entre 1880 et 1900 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Victor Preux (né en 1853 à Wasmes, près de Mons en Belgique) est l’un des phénomènes à barbe les plus remarquables de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Atteint d’une hypertrichose exceptionnelle, il est célèbre pour la longueur extraordinaire de sa barbe, annoncée jusqu’à 2,50 mètres, ce qui lui vaut d’être présenté comme un cas « unique au monde ». Victor Preux est exhibé dans les foires, expositions et spectacles de curiosités à travers l’Europe. Les photographies et cartes postales le montrent souvent entouré d’enfants ou de proches, tenant sa barbe déployée, afin d’en souligner visuellement la démesure. Contrairement aux femmes à barbe, sa pilosité est ici associée à une figure masculine âgée, presque patriarcale, accentuant l’étrangeté tout en inspirant une certaine solennité. Peu d’éléments sont connus de sa vie privée en dehors de son exploitation scénique, mais son image demeure l’un des témoignages les plus frappants de la fascination du XIXᵉ siècle pour les excès pileux et les corps hors norme.


