

Le Capitaine George Costentenus, ou « The Greek Albanian », fut une figure emblématique des cirques à la fin du XIXe siècle. Son histoire, mêlant aventure, excentricité et mystère, en a fait une légende. Né en 1833 en Albanie, Costentenus était un homme polyglotte et aventurier. Sa vie fut marquée par une anecdote extraordinaire : selon ses dires, il aurait été enlevé par des Tartares chinois et entièrement tatoué contre son gré, en guise de punition pour avoir mené une rébellion. Cette histoire, aussi incroyable qu'elle puisse paraître, a largement contribué à sa renommée. Ces tatouages extravagants, couvrant l'intégralité de son corps, en firent une attraction hors du commun. Costentenus se produisit dans de nombreux pays, participant à des exhibitions publiques sous la direction de célèbres impresarios comme Phineas Taylor Barnum. Il fut notamment une star des Folies Bergère à Paris en 1889. La véracité des récits de Costentenus a toujours été sujette à débat. Certains historiens estiment que son histoire est largement romancée, voire inventée de toutes pièces, pour satisfaire la curiosité du public avide de sensations fortes. En effet, les tatouages de l'époque étaient souvent associés à des pratiques marginales ou criminelles, ce qui renforçait l'image exotique et mystérieuse du personnage. Quoi qu'il en soit, le Capitaine Costentenus reste une figure incontournable de l'histoire du spectacle. Son image, à la fois fascinante et repoussante, a marqué les esprits et a contribué à populariser l'art du tatouage. Aujourd'hui encore, son histoire continue d'intriguer et d'inspirer.

Folies-Bergère. La capitaine Costentenus Tatoué par ordre de Yakoob-Beg, chef des Tartares, de deux millions de piqûres et de 325 figures d'animaux. Anonyme , Dessinateur Imprimerie Lith. F.A. Appel , Imprimeur En 1889 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
À la fin du XIXᵉ siècle, Don Manuelo est présenté dans les foires et spectacles européens comme « le plus musclé et le plus tatoué des hommes de la Terre ». Son corps, entièrement couvert de tatouages, devient l’attraction principale du spectacle. Associant force physique et peau illustrée, il incarne l’une des figures les plus emblématiques des phénomènes humains, où le corps transformé est exhibé comme une œuvre vivante, à la fois preuve de singularité et objet de fascination.

Horace Ridler – The Great Omi (« l’Homme-Zèbre ») The Great Omi est le nom de scène de Horace Ridler (1892–1969), aristocrate britannique et ancien officier de l’armée. Après la Première Guerre mondiale, il entreprit une transformation corporelle radicale en faisant tatouer presque l’intégralité de son corps, visage compris, de larges motifs noirs évoquant des zébrures. Cette métamorphose volontaire fit de lui l’un des artistes tatoués les plus célèbres du XXᵉ siècle. Sur scène, il accentuait son apparence par des costumes élaborés, des bijoux de nez et des accessoires à connotation exotique, construisant le personnage spectaculaire de « l’Homme-Zèbre ». The Great Omi connut une carrière internationale, se produisant dans les plus grands cirques et foires, notamment chez Bertram Mills en Grande-Bretagne et au Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus aux États-Unis. Contrairement à de nombreux artistes de curiosités, il ne fut pas exposé pour une condition subie, mais pour une transformation corporelle choisie, faisant de son propre corps une œuvre vivante et un outil de réussite professionnelle. Figure emblématique du corps tatoué spectaculaire, Horace Ridler incarne une évolution majeure des spectacles de curiosités, où la singularité n’est plus seulement héritée, mais construite et revendiquée.

Connue sous le nom de scène La Bella Angora, cette femme entièrement tatouée fut l’une des attractions les plus marquantes des spectacles de curiosités de la fin du XIXᵉ siècle. Présentée sur les affiches comme « la reine de toutes les personnes tatouées », elle connut un important succès en Europe, notamment dans l’espace germanophone et en France, où ce type de spectacle attirait un public nombreux. Son véritable nom est parfois donné comme Aimée Marguerite Julie Chouinard, et son origine comme canadienne-française. Toutefois, ces informations ne sont pas formellement attestées par des sources d’archives contemporaines et doivent être considérées avec prudence. Comme pour de nombreuses figures des phénomènes de foire, son identité civile demeure en partie incertaine, éclipsée par une iconographie publicitaire omniprésente. La Bella Angora affirmait avoir été tatouée par des peuples autochtones d’Amérique, un récit fréquemment utilisé à l’époque pour renforcer l’exotisme et le mystère entourant les corps tatoués. Ce type de narration relève très probablement de la mise en scène commerciale, les tatouages étant le plus souvent réalisés par des professionnels occidentaux dans un cadre contractuel.

Le Tatoué des Folies-Bergère
Sous les lumières des Folies-Bergère, le corps devient récit. Celui de Georges Costentenus, connu du public parisien sous le nom de « Le Tatoué », attire tous les regards. De la tête aux pieds, sa peau est couverte de motifs serrés, mystérieux, presque hypnotiques. Chaque tatouage semble porter une histoire, réelle ou inventée, que le spectacle se charge de raconter. On dit qu’il fut capturé en Orient, tatoué de force au cours d’une longue captivité. Vraie aventure ou légende soigneusement entretenue, peu importe : au XIXᵉ siècle, le public vient autant pour voir que pour croire. Exposé chaque soir à un prix populaire, Le Tatoué incarne cette époque où le corps humain devient attraction, preuve vivante d’un ailleurs fantasmé et d’un monde encore mal connu. À travers cette figure singulière, se dessine tout un pan de l’histoire des phénomènes de foire : un mélange de fascination, de mise en scène et de poésie trouble, où la peau se fait spectacle et la curiosité, moteur des foules.
