

Eugen Sandow est l’une des figures majeures de la culture physique à la fin du XIXᵉ siècle. D’origine prussienne, il devint célèbre en Europe et aux États-Unis pour sa force, mais surtout pour la mise en valeur esthétique de son corps, inspirée des canons de la statuaire antique.
Il ne se présentait pas uniquement comme un homme fort, mais comme un modèle de discipline corporelle, associant entraînement, hygiène de vie et maîtrise de soi. Sandow joua un rôle fondamental dans la naissance du culturisme moderne et dans la transformation du corps athlétique en objet d’admiration publique. Sandow débute sa carrière sur les scènes de music-halls, de théâtres et de variétés à la fin du XIXᵉ siècle. Il s’y produit lors de démonstrations de force et surtout de poses plastiques, où il présente son corps comme une œuvre vivante, inspirée de l’Antiquité. Ces exhibitions attirent un large public et relèvent pleinement du spectacle populaire. En revanche, il se distingue progressivement des foires et des exhibitions foraines classiques. Contrairement aux « phénomènes » exhibés pour leur étrangeté, Sandow cherche à imposer une image respectable, éducative et moderne du corps athlétique. Il transforme la force en idéal esthétique et moral, s’adressant aussi bien aux élites qu’au grand public.

Photographie promotionnelle liée à l’ouvrage Strength and How to Obtain It, publié au tournant du XXᵉ siècle.
Ce type d’image participe à la diffusion d’un nouveau discours sur le corps : non plus seulement spectaculaire ou monstrueux, mais éducatif et normatif. Sandow y apparaît à la frontière entre l’artiste de scène, l’athlète et le pédagogue, incarnant une évolution majeure du spectacle de force vers la culture physique moderne.

Affiche Sandow, The Human Dumbbell Affiche de la fin du XIXᵉ siècle faisant la promotion d’un numéro de force de Eugen Sandow, présenté dans le cadre des spectacles de vaudeville dirigés par Florenz Ziegfeld Jr.
F. Rollon, présenté comme phénomène de force, fut un athlète exhibé au tournant de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle pour son développement musculaire exceptionnel. Sa carrure hors norme, obtenue par un entraînement intensif, faisait de lui une figure emblématique des spectacles et démonstrations de force physique. Contrairement aux prodiges naturels, Rollon incarnait une force construite, résultat du travail du corps, de la discipline et des méthodes d’entraînement modernes. Il s’inscrit ainsi à la frontière entre le spectacle de curiosité et la naissance de la culture physique, qui se développe fortement à cette période en Europe.

Les photographies diffusées de F. Rollon participaient à la fascination pour le corps masculin hypertrophié, présenté comme une performance visuelle autant qu’une démonstration de puissance. (Le prénom de F. Rollon n’est pas connu avec certitude. Comme de nombreux phénomènes de force de la période, il est principalement identifié par son nom de scène.)
Henry Joignerey est un homme fort français actif à la fin du XIXᵉ siècle, figure emblématique des spectacles de force de la Belle Époque. Il se produit notamment au Concert de La Scala, boulevard de Strasbourg à Paris, l’une des grandes salles de café-concert où se mêlent numéros athlétiques, acrobaties et attractions spectaculaires. Sa renommée repose sur un numéro particulièrement frappant : soulever un cheval et son cavalier tout en étant suspendu, exploit présenté comme atteignant 750 kilos. Comme souvent à l’époque, le chiffre participe autant à la fascination qu’à la performance réelle, la démonstration étant conçue pour impressionner et nourrir le mythe de la force surhumaine. Henry Joignerey s’inscrit dans une tradition d’hommes forts se réclamant de l’imaginaire antique — d’où le surnom d’« Hercule » — et incarnant une vision héroïque et spectaculaire du corps masculin. Si sa vie privée demeure peu documentée, sa carrière témoigne de l’âge d’or des spectacles de force, où la puissance physique devient un art de scène et un argument publicitaire majeur.

Cette affiche annonce un spectacle de force présenté au Concert de la Scala, situé boulevard de Strasbourg à Paris, à la fin du XIXᵉ siècle. Elle met en avant Henry Joignerey, surnommé « l’Hercule », réalisant un numéro spectaculaire consistant à soulever un cheval et son cavalier, pour un poids annoncé de 750 kilos.
Par son graphisme et ses chiffres impressionnants, l’affiche illustre parfaitement le sensationnalisme et l’esthétique héroïque des spectacles de force de la Belle Époque.
Jack de Fer, de son vrai nom Jean-François-Marie-Ferdinand de Fer, plus couramment appelé Jean Fer, fut l’un des hommes forts français les plus remarqués de la fin du XIXᵉ siècle. Athlète de spectacle, il incarne cette époque où la force physique devient un véritable numéro de scène, mêlant performance réelle et mise en scène héroïque. Connu pour ses démonstrations de puissance spectaculaires — notamment des numéros de portés et de résistance —, il se produisit dans les grandes salles parisiennes, en particulier aux Folies-Bergère, haut lieu du divertissement populaire. Son nom de scène, Jack de Fer, participe pleinement à l’imaginaire forain de l’époque, évoquant une force brute, presque mythique, destinée à frapper l’imagination du public. Figure emblématique du monde du spectacle, Jean Fer illustre la frontière alors ténue entre athlétisme, attraction et représentation, à une époque où les hommes forts étaient à la fois artistes, performers et symboles vivants de la puissance humaine.

Affiche publicitaire des Folies-Bergère (Paris), fin XIXᵉ siècle.
Ce type d’illustration servait à promouvoir les grands numéros de force présentés sur scène, en exagérant volontairement la puissance et l’héroïsation du corps. Les hommes forts, comme Jack de Fer, y étaient représentés dans une posture quasi mythologique, destinée à frapper l’imaginaire du public et à attirer les foules.
Kate Brumbach (1884–1952) est l’une des femmes fortes les plus célèbres de l’histoire du cirque et des spectacles de force. Née en Autriche dans une famille d’artistes de cirque, elle grandit dans un environnement où la force physique est un art transmis de génération en génération. Très jeune, elle se distingue par une puissance exceptionnelle. Son nom de scène, Sandwina, lui est donné après avoir vaincu le célèbre homme fort Eugen Sandow lors d’un défi public, exploit rare et largement médiatisé. Dès lors, elle devient une attraction internationale, se produisant en Europe et aux États-Unis, notamment dans les grands cirques et music-halls. Sandwina réalise des numéros impressionnants : elle soulève des haltères dépassant ceux de nombreux hommes forts, porte des personnes à bout de bras et accomplit des démonstrations de force tout en conservant une apparence féminine soignée, brouillant volontairement les codes de genre de son époque. Mariée à un homme de petite taille, souvent intégré à ses numéros, elle contrôle en grande partie sa carrière et jouit d’un statut respecté, loin de l’exploitation subie par d’autres artistes. Elle se retire progressivement de la scène dans l’entre-deux-guerres et meurt en 1952.

Cette photographie montre Kate Brumbach, dite Sandwina, posant aux côtés de son mari, de petite taille. La composition joue volontairement sur le contraste des gabarits afin de souligner la force et la stature exceptionnelle de l’artiste.
Sous le nom de Nino se cache un artiste ou un chef de troupe de la Belle Époque, principalement connu pour le spectaculaire numéro de la Roue de Nino, présenté notamment lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Plus qu’un individu précisément identifié, Nino représente une signature artistique, associée à un exploit collectif mêlant force, équilibre et coordination humaine. Le numéro consistait en une grande roue métallique actionnée par les corps mêmes des artistes, qui prenaient place à l’intérieur et autour de la structure. L’attraction reposait sur l’endurance physique, la maîtrise du mouvement et la synchronisation parfaite des participants, transformant l’effort humain en machine vivante. Présentée comme l’un des temps forts des spectacles de l’époque, la Roue de Nino incarne l’engouement de la fin du XIXᵉ siècle pour les prouesses physiques, les dispositifs mécaniques et la célébration du corps mis à l’épreuve. Elle témoigne d’un moment où le spectacle exaltait la force humaine autant que le progrès technique, dans une mise en scène spectaculaire mais fondée sur un effort bien réel.

Sous le nom de Leitner, se dessine la silhouette d’un homme devenu symbole de la force à la Belle Époque. De son vrai nom Jean-Amable Leitner, il appartient à cette génération d’athlètes de spectacle pour lesquels la puissance du corps ne se mesurait pas seulement en kilos soulevés, mais aussi en regards émerveillés. Surnommé « l’Hercule moderne », Leitner se produisit sur les scènes de music-hall et dans les grandes salles de divertissement, où ses démonstrations de force impressionnaient autant qu’elles fascinaient. Portés extrêmes, exercices de résistance, domination de charges imposantes : chaque numéro participait à construire l’image d’un homme défiant les limites ordinaires du corps humain. Chez Leitner, la force était réelle, mais elle était aussi racontée. Mise en scène, amplifiée, presque mythifiée, elle s’inscrivait dans un imaginaire où l’athlète devenait héros. Il incarne ainsi une époque où la puissance physique était un spectacle à part entière, à la frontière du sport et du théâtre, et où l’homme fort occupait une place centrale dans le paysage du divertissement populaire. À travers son parcours se lit tout un pan de l’histoire du spectacle : celui d’un monde où la fascination pour le corps, ses limites et ses exploits, nourrissait l’émerveillement du public et façonnait des figures devenues, avec le temps, presque légendaires.

Affiche vers 1900 annonçant Leitner, “l’Hercule moderne”, présenté au Casino de Paris. Par une mise en scène spectaculaire montrant l’homme de force soutenant des chevaux cabrés, cette illustration incarne le goût du sensationnel et la fascination pour les prouesses physiques dans les spectacles parisiens de la fin du XIXᵉ siècle.
Les frères Jadin forment un trio d’hommes forts actifs à la fin du XIXᵉ siècle. Le groupe est composé de Victor, Léon et Paul Jadin, trois frères qui se produisent ensemble dans le monde des spectacles de force et des exhibitions athlétiques. Leur carrière repose sur des démonstrations de puissance physique combinant levées de poids, bris de chaînes, portés humains et exercices d’équilibre. À une époque où la force est encore largement présentée comme un spectacle autant que comme une discipline, ils incarnent une tradition d’athlètes-artistes, mêlant performance réelle et mise en scène. Présentés comme une véritable dynastie, les frères Jadin exploitent l’image de la force familiale et collective, renforçant l’impact de leurs numéros auprès du public. Ils s’inscrivent dans la lignée des grands hommes forts de la Belle Époque, figures populaires situées à la frontière du sport, du cirque et de la foire.

Affiche française de la fin du XIXᵉ siècle consacrée aux frères Jadin, présentés comme « les rois des athlètes ». Elle met en scène leurs principaux numéros de force et souligne leur dimension familiale à travers des médaillons nommant Victor, Léon et Paul.
Louis Cyr (1863–1912), de son vrai nom Cyprien-Noé Cyr, fut un homme fort canadien devenu l’une des figures les plus célèbres de la force physique à la fin du XIXᵉ siècle. Né au Québec, il acquiert une renommée internationale grâce à des démonstrations de puissance exceptionnelles, réalisées publiquement devant témoins. Sa force hors norme, exercée dans des épreuves de levée et de résistance, lui valut une réputation durable et largement reconnue de son vivant. Louis Cyr demeure aujourd’hui une figure emblématique de l’histoire de la force humaine et du spectacle physique de son époque.

Photographie réalisée à la fin du XIXᵉ siècle, représentant Louis Cyr lors d’une démonstration publique de force. L’image montre l’athlète supportant le poids de deux policiers assis sur un tonneau, utilisés à la fois comme charge réelle et comme témoins de l’exploit. Ce type de photographie avait pour fonction de documenter et d’attester visuellement les performances exceptionnelles, à une époque où l’image servait de preuve auprès du public. Entre spectacle et démonstration, ce document illustre le recours croissant à la photographie pour fixer et authentifier les exploits physiques hors normes.

Affiche publicitaire américaine consacrée à Louis Cyr, imprimée à la fin du XIXᵉ siècle, très probablement vers 1898. Elle est destinée au marché nord-américain et s’inscrit dans la grande tradition des affiches de défi et de promotion des hommes forts.
Niram est un artiste de force et d’acrobatie actif à la fin du XIXᵉ siècle, connu pour ses démonstrations dites de « travail herculéen » présentées dans les grandes salles de spectacles populaires, notamment les hippodromes. Sa spécialité repose sur des numéros combinant force extrême, équilibre et suspension, où il supporte, souvent en position renversée, des structures portant chevaux et cavaliers. Ces performances, soigneusement mises en scène, s’inscrivent dans la tradition des hommes forts de la Belle Époque, qui cherchaient à repousser les limites du corps humain tout en fascinant le public par des images spectaculaires. Peu d’éléments sont connus sur sa vie personnelle, mais Niram incarne pleinement cette génération d’artistes pour qui la force physique devient un art scénique, à mi-chemin entre prouesse athlétique, acrobatie et mythe héroïque.

Cette affiche annonce un spectacle de force herculéenne présenté à l’Hippodrome, mettant en vedette Niram. Elle le représente exécutant un numéro spectaculaire en position renversée, soutenant une structure portant plusieurs chevaux et leurs cavaliers, image conçue pour impressionner le public et illustrer l’extrême puissance attribuée à l’artiste.
Samson. Le plus fort homme du monde
Sous le nom de scène Samson, se cache Victor Delamarre (1888–1961), l’un des plus célèbres hommes forts canadiens du début du XXᵉ siècle. Né au Québec, Delamarre acquiert une renommée internationale grâce à des performances de force exceptionnelles, dont certaines restent encore aujourd’hui des références dans l’histoire de l’haltérophilie et du spectacle athlétique. Contrairement à de nombreux « monstres de foire » du XIXᵉ siècle, Samson incarne une force authentique, mesurée et démontrée publiquement. Il se produit dans des salles prestigieuses, notamment en Europe, où il est présenté comme “The Strongest Man on Earth”. Son image s’inscrit à la croisée du sport, du music-hall et du divertissement populaire, à une époque où la force physique devient un spectacle à part entière. Son nom, son identité et ses exploits ne font l’objet d’aucun doute sérieux : Victor Delamarre appartient pleinement à l’histoire des grands hommes forts, entre prouesse réelle et mise en scène spectaculaire.

Affiche du Royal Aquarium de Londres, haut lieu du divertissement populaire au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Elle met en scène Victor Delamarre, dit Samson, célèbre homme fort canadien, présenté comme « le plus fort homme du monde ». L’image illustre la mise en spectacle de la force réelle à travers une iconographie héroïque et théâtralisée, caractéristique de l’époque.
Connue sous le nom de scène Sandwina, Katie Brumbach (1884–1952) naît au sein d’une famille de circassiens austro-hongrois. Fille de l’homme fort Philipp Brumbach, elle grandit dans l’univers du cirque et s’entraîne dès l’enfance aux disciplines de force. Sa taille — environ 1,84 m pour 85 kg — et sa puissance physique hors norme la distinguent très tôt. Sa carrière prend un tournant décisif lorsqu’elle bat le célèbre Eugen Sandow lors d’un défi de force, soulevant un poids supérieur au sien. De cet exploit naît son nom de scène : Sandwina, version féminine de Sandow. Elle devient rapidement l’une des attractions majeures des cirques et des théâtres de vaudeville en Europe puis aux États-Unis. Sur scène, Sandwina impressionne par des numéros spectaculaires : soulèvement d’hommes adultes, port de poids extrêmes, démonstrations de puissance alliées à une maîtrise parfaite du corps. Contrairement à d’autres phénomènes de foire, elle est présentée comme une athlète accomplie, incarnant une force féminine assumée, sans renoncer à son identité de femme. Mariée à Max Heymann, lui-même homme fort, elle poursuit sa carrière tout en menant une vie familiale, défiant ainsi les stéréotypes de son époque. Jusqu’à sa retraite, Sandwina demeure une figure respectée du monde du spectacle, sy

Cette photographie montre Sandwina, réalisant l’un de ses numéros les plus célèbres : le port simultané de plusieurs hommes adultes. L’image, prise au début du XXᵉ siècle, illustre sa force exceptionnelle et son statut d’athlète de spectacle, symbole d’une puissance féminine qui bouscule les codes de son époque.