

Guinguette parisienne, vers 1880–1890.
Scène de bal populaire aux portes de Paris : marinières, canotiers et danse endiablée sous les lampes à pétrole.
Source : presse illustrée française de la fin du 19e siècle.
Vers 1730–1780, les premières guinguettes apparaissent aux abords de Paris, principalement sur les rives de la Seine et de la Marne. Installées en limite de l’octroi, elles bénéficient d’un avantage décisif : échapper aux taxes frappant les boissons et marchandises entrant dans la capitale. Vin meilleur marché, repas simples et plein air attirent rapidement une population urbaine en quête de liberté et d’échappées dominicales.
Entre 1830 et 1890, la guinguette connaît son apogée. Elle devient un lieu central de la sociabilité populaire : on y danse, on y mange, on y boit, on s’y retrouve en famille ou entre amis. Accordéon, bals improvisés, tables sous les arbres et convivialité joyeuse en font un symbole durable des loisirs populaires. Peintres, écrivains et photographes fixent cette atmosphère légère et animée, contribuant à inscrire la guinguette dans l’imaginaire collectif.
À partir des années 1910–1930, les guinguettes entrent dans une phase de déclin progressif. L’urbanisation, la transformation des paysages périurbains, la disparition de certaines zones rurales proches de Paris et l’émergence de nouveaux loisirs modifient les pratiques. La guinguette ne disparaît pas totalement, mais elle se charge d’une forte dimension nostalgique, associée à une vision idéalisée des loisirs d’autrefois.
Depuis les années 1990–2000, on observe un regain d’intérêt pour la guinguette. Certaines renaissent sous des formes éphémères ou permanentes, s’adaptant aux goûts contemporains : musiques actuelles, cuisines variées, animations culturelles et usages hybrides. Le modèle se réinvente sans rompre totalement avec son héritage.
Aujourd’hui, les guinguettes offrent une grande diversité d’expériences. Certaines perpétuent l’esprit des bals populaires anciens, tandis que d’autres proposent des concepts renouvelés. Lieu de rencontre, de détente et de fête, la guinguette demeure une composante vivante du patrimoine culturel français, toujours capable de rassembler.

La Guinguette . Louis Le Mire, (1727?-1757). Graveur Source gallica.bnf.fr / BnF.
L’origine du mot guinguette demeure incertaine et fait l’objet de plusieurs hypothèses. Selon certaines sources, les premières guinguettes auraient vu le jour dans un quartier dit de la Guinguette, situé près des Invalides. Une autre théorie, largement répandue, rattache le terme au vin blanc léger et bon marché appelé guinguet, servi dans ces établissements. Ce vin, parfois un peu vif, aurait encouragé à « guinguer », c’est-à-dire danser et faire la fête.
Le mot pourrait également être lié à l’adjectif guinguet, signifiant « étroit » ou « de travers », en référence à la taille modeste de certains de ces lieux. Une hypothèse plus anecdotique évoque un certain Pierre Guinguet, qui aurait tenu un cabaret à Ménilmontant vers 1640, bien que cette version soit peu étayée par les sources.
Enfin, certains linguistes rapprochent le terme de l’ancien verbe ginguer, variante de giguer, signifiant 'gambader, sauter, folâtrer'.
En définitive, si l’étymologie exacte reste discutée, toutes ces hypothèses convergent vers une même idée : celle d’un lieu associé au mouvement, à la fête et à une forme de liberté des corps et des esprits.

Guinguette du Plessis-Robinson, 1921.Agence Rol. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Balançoires près des guinguettes du Plessis-Robinson, 1921.Agence Rol]. Source gallica.bnf.fr / BnF.