
Divertissements, promenades et sociabilité festive
1600–1700 : les premiers jardins de divertissement
Dès les années 1600, apparaissent en France, et notamment autour de Paris, des lieux mêlant promenade, musique et divertissement. Inspirés à la fois des jardins aristocratiques et des foires populaires, ces espaces offrent au public urbain un cadre aménagé pour le loisir : allées, bosquets, estrades, buvettes.
On ne s’y rend pas seulement pour assister à un spectacle, mais pour voir et être vu, flâner, écouter de la musique et profiter d’une sociabilité détendue.
1700–1789 : entre plaisir mondain et divertissement populaire
Au cours des années 1700, les jardins de plaisirs se multiplient. Certains accueillent une clientèle relativement aisée, d’autres s’ouvrent à un public plus large. On y trouve concerts en plein air, jeux, attractions mécaniques, feux d’artifice et parfois spectacles chantés ou dansés.
Ces lieux se situent souvent aux marges de la ville ou dans des espaces récemment urbanisés, profitant d’une réglementation plus souple que celle des théâtres révélant un goût croissant pour les loisirs collectifs.
1790–1815 : recompositions après la Révolution
La Révolution française bouleverse profondément l’organisation des spectacles. La disparition temporaire des privilèges et le redécoupage urbain favorisent l’émergence de nouveaux établissements d’agrément.
Dans les jardins publics ou privés, les divertissements se recomposent : musique, danses, attractions foraines et réjouissances populaires cohabitent, souvent de manière saisonnière. Ces espaces deviennent des lieux d’expérimentation pour des formes de spectacle plus libres et plus accessibles.
1815–1850 : l’âge d’or des jardins d’agrément
Entre les années 1815 et 1850, les jardins de plaisirs connaissent un véritable apogée. À Paris comme en province, ils attirent une population nombreuse le dimanche et lors des fêtes.
On y trouve orchestres, chanteurs, attractions visuelles, jeux d’adresse, loteries, parfois même des débuts de spectacles de variétés. Le jardin d’agrément est un lieu total : on y mange, on y boit, on y écoute, on y danse, sans hiérarchie stricte entre les pratiques.

Café concert aux Champs Élysées. Yon. Illustrateur. Scènes et mœurs de Paris. Source gallica.bnf.fr / BnF
1850–1880 : concurrence et transformation
À partir du milieu des années 1800, l’essor des cafés-concerts, puis des grandes salles de spectacles, modifie le paysage du divertissement urbain. Les jardins d’agrément doivent s’adapter : certains se dotent de structures couvertes, d’autres renforcent leur offre d’attractions ou de spectacles musicaux.
Certains établissements évoluent vers des formes plus proches du music-hall, tandis que d’autres conservent une vocation plus familiale ou saisonnière.
1880–1914 : du jardin au parc de loisirs
À la fin des années 1800 et au début des années 1900, les jardins de plaisirs se transforment progressivement en parcs de loisirs. Les attractions mécaniques gagnent en importance, les spectacles se standardisent, et la promenade devient parfois secondaire.
Cette évolution annonce les formes modernes du divertissement de masse, tout en marquant le déclin des jardins de plaisirs traditionnels fondés sur la flânerie et la convivialité chantée.
1914–1950 : disparition ou reconversion
Les guerres, l’urbanisation accélérée et l’évolution des loisirs entraînent la disparition de nombreux établissements d’agrément. Certains sont lotis, d’autres reconvertis en salles de spectacles, en parcs publics ou en équipements urbains.
Le modèle du jardin de plaisirs, tel qu’il existait au XIXe siècle, cesse progressivement d’exister comme forme dominante.
Les jardins de plaisirs et établissements d’agrément ont joué un rôle essentiel dans l’histoire des loisirs populaires. Ils ont servi de laboratoire aux pratiques festives modernes, favorisant la rencontre entre musique, spectacle, promenade et sociabilité.
Ils constituent un chaînon fondamental entre la fête foraine, la guinguette, le café-concert et les formes ultérieures du divertissement urbain, rappelant qu’avant d’être enfermée dans des salles, la fête s’est longtemps vécue en plein air, au rythme des saisons et des rencontres.

Spectateurs. (Café-Concert) (à la Scala, à la Pépinière, à l’Eldorado, à l’Alcazar, à la Glacière !, aux Ambassadeurs ! Paris Illustré – 1er aout 1886 4ème année / n° 50
‘Les cafés-concerts d’été aux Champs-Élysées Celui de l’Horloge, installé devant le Palais de l’Industrie, est recouvert d’un immense ciel vitré destiné à protéger le public et les artistes du mauvais temps. On y trouve de bons chanteurs et chanteuses, un excellent orchestre, et surtout un public convaincu et sage. Jamais de scandale, jamais de bruit : c’est en cela que cet établissement se distingue nettement des Ambassadeurs.
Les cafés-concerts des Ambassadeurs et de l’Alcazar d’été sont alors connus de tous les Parisiens. Leur directeur, M. Ducarre, est depuis longtemps locataire de la Ville de Paris. Il dirige plus de quatre cent trente personnes et engage près de trois mille cinq cents francs de frais avant même le lever de rideau. À cela s’ajoute le très productif restaurant des Ambassadeurs, ouvert toute l’année, qui contribue largement à la prospérité de l’établissement.
À l’Alcazar d’été, les spectateurs écoutent presque religieusement Mmes Duparc, Demay et le brillant Paulus. Le régisseur, M. Delormel, auteur de la plupart des chansonnettes du vaste répertoire des cafés-concerts, dirige la scène avec autorité et précision. Mais aux Ambassadeurs, le lundi est un jour à part. La jeunesse du high-life a adopté cette soirée pour semer le désordre. La police est prévenue ; on double l’escouade des gardiens de la paix. Rien n’y fait. On hurle, on hue, on conspue.
Les gardiens expulsent une dizaine de tapageurs à chaque représentation, mais les expulsés rentrent aussitôt par une autre entrée. Ce va-et-vient incessant contribue, paradoxalement, à la fortune du concert. Sur la scène, on jette des sous, des soucoupes, des petits balais, des noyaux.
L’année précédente, au mois d’août, un artiste, furieux d’être hué, s’écria avec un parfait mépris en lorgnant un groupe d’élégants farceurs :
« Eh quoi ! Messieurs, pas encore aux bains de mer ? » Source : Paris Illustré, 1er août 1886, 4e année, n° 50.’

Recueil. Cafés-concerts, France. Documents iconographiques. 1849-1936. Paris. Le Concert des Champs-Élysées. (1874) Source gallica.bnf.fr / BnF