Music-hall

Naissance et affirmation d’un spectacle moderne

1852 : une invention londonienne

En 1852, à Londres, un cabaretier a l’idée nouvelle de présenter sur une scène des chanteurs professionnels devant un public venu autant pour boire que pour regarder. Il ouvre le Canterbury Music-Hall sur le site d’un ancien jeu de quilles attenant à la Canterbury Tavern, au 143 Westminster Bridge Road, dans le quartier de Lambeth.
Le succès est immédiat. Le lieu est reconstruit à trois reprises au fil des décennies. Le dernier bâtiment sera détruit lors des bombardements de 1942, mais l’idée, elle, a déjà largement dépassé ses murs.

Salle de spectacle de type café-concert ou music-hall, vers 1890.
Illustration représentant un vaste établissement de loisirs urbains mêlant scène ouverte, galeries superposées et tables disposées face au spectacle. La représentation chorégraphique, visible au centre, s’inscrit dans un programme continu associant danse, musique et numéros visuels, tandis que le public consomme et échange. Ce type de lieu, très répandu à Paris à la fin du XIXᵉ siècle, illustre la transformation du spectacle vivant en pratique sociale et populaire, annonçant le music-hall moderne.
Affiche sans lettre, salle non identifiée.
Source : gallica.bnf.fr / BnF.

1852–1870 : naissance d’un mot, naissance d’un genre
Le terme « music-hall » s’impose rapidement pour désigner à la fois un type de spectacle et l’établissement qui l’accueille. Il recouvre une forme nouvelle de divertissement : une succession de numéros où la chanson occupe une place centrale, entourée d’attractions visuelles, de danse, d’acrobaties, parfois de revues à grand spectacle ou de récitals portés par une vedette.
Le modèle traverse très vite la Manche. En France, le café-chantant puis le café-concert en constituent les devanciers directs. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ces lieux connaissent un essor considérable, tout en restant longtemps soumis à une réglementation stricte.

Salle de spectacle de type café-concert ou music-hall, vers 1890 : vue intérieure d’un établissement de loisirs urbains où le public assiste au spectacle attablé. L’architecture ouverte, les galeries superposées et la proximité de la scène traduisent une forme de divertissement fondée autant sur la sociabilité que sur la représentation. Le programme mêle danse, musique et numéros visuels, selon un modèle caractéristique des cafés-concerts et music-halls de la fin du 19e siècle.
Illustration anonyme.
Source : gallica.bnf.fr / BnF.

1870–1885 : du café-concert au spectacle composé
Les règlements de police imposent encore aux artistes de paraître en costume de ville, de se produire individuellement et sans véritable mise en scène. Peu à peu, sous la pression du public et des exploitants, ces contraintes s’assouplissent. Les établissements obtiennent le droit d’engager des artistes dits « de complément » : danseurs, acrobates, attractions visuelles.
Le spectacle s’enrichit, la scène se transforme, la mise en espace devient plus ambitieuse. Le music-hall, tel qu’on le reconnaît aujourd’hui, prend forme. La Belle Époque assiste aux débuts de sa prestigieuse carrière.

1886–1930 : Paris, capitale du music-hall
À Paris, Joseph Oller reprend et développe l’idée initiée à Londres par Charles Morton. Il contribue de manière décisive à structurer le paysage du divertissement parisien en fondant ou en dirigeant de grandes salles emblématiques : les Folies Bergère (1886), l’Olympia (1893), l’Alhambra (1904), Bobino (1917), le Casino de Paris (1917), l’ABC (1933), sans oublier les Folies Wagram, l’Apollo, le Concert Mayol ou le Palace.
Homme de spectacle visionnaire, Joseph Oller (1839–1922) est également cofondateur du Moulin-Rouge avec Charles Zidler et l’initiateur de manifestations populaires comme la Vachalcade de 1896.

Josep Oller i Roca dit Joseph Oller (1839-1922) est un homme de spectacle espagnol. Il est entre autres cofondateur du Moulin-Rouge avec Charles Zidler et responsable de la promenade de la Vache enragée ou Vachalcade en 1896.

1890–1930 : un modèle urbain et exportable
Le Moulin-Rouge devient la première salle à porter officiellement l’appellation de « music-hall ». Entre 1890 et 1930, ces établissements se concentrent principalement dans les actuels 9e, 10e et 18e arrondissements de Paris, au cœur de quartiers marqués par une intense vie nocturne et un fort attrait touristique.
Autour des salles se développent cafés, hôtels, kiosques et commerces, formant de véritables écosystèmes du spectacle. Le prestige parisien est tel que de nombreuses salles, en province comme à l’étranger, adoptent l’appellation de « music-hall de Paris », devenue synonyme d’élégance, de modernité et de spectacle total.

Carte postale représentant le music-hall Olympia, 28 boulevard des Capucines, Paris, vers 1900–1910.
Éditeur Lévy & Fils (LL). Source gallica.
bnf.fr / BnF.

Héritage
Le music-hall s’inscrit dans la continuité du café-concert tout en annonçant les formes modernes du spectacle populaire. Il marque une étape décisive dans la professionnalisation des artistes, la mise en scène du divertissement et la naissance d’une culture visuelle et musicale de masse, appelée à rayonner bien au-delà de Paris.

Coulisses de music-hall
Photographie attribuée à H. Zo.
Vers 1900–1910.
Carte photographique, scène de préparation d’une danseuse avant l’entrée en scène.