
Moyen Âge (à partir du XIIIe siècle) : Le terme kermesse apparaît dans les régions de langue néerlandaise. Issu de kerkmisse, littéralement « messe d’église », il désigne à l’origine la fête paroissiale organisée à l’occasion du saint patron. Autour de la célébration religieuse se développent rapidement des moments de rassemblement populaire, mêlant foires, jeux et réjouissances.
1400–1600 : La kermesse s’impose comme un rendez-vous annuel important dans la vie des villages et des bourgs. Si la dimension religieuse demeure centrale, l’aspect profane prend de plus en plus de place. Marchands, artisans ambulants et amuseurs accompagnent désormais la fête, qui devient aussi un espace d’échanges économiques.
1700–1900 : L’évolution se confirme. La kermesse est désormais avant tout une fête populaire, marquée par les jeux, les manèges, les stands de nourriture, les spectacles, les danses et les défilés. Elle joue un rôle social majeur, favorisant les rencontres et la convivialité. Les formes et traditions varient selon les régions, notamment en Belgique, dans le nord de la France, au Luxembourg et en Suisse romande. En Allemagne, des manifestations comparables portent les noms de Kirmes, Kirchweih, Kirchtag ou Kirchmess.

Kermesse flamande. Pierre II Brueghel. 1945-1985. Source gallica.bnf.fr / BnF.
1900–2000 : La kermesse se détache presque totalement de son origine religieuse dans de nombreux contextes. Elle devient un événement festif autonome, parfois associé aux fêtes communales, aux associations locales ou aux calendriers saisonniers, tout en conservant son rôle de rassemblement collectif.
Aujourd’hui : Le mot kermesse désigne aussi bien des fêtes traditionnelles que des manifestations scolaires de fin d’année ou des événements de bienfaisance organisés en plein air. Malgré l’évolution des formes, la kermesse perpétue un héritage ancien : celui d’un moment partagé, populaire et festif, au cœur de la vie sociale.

La kermesse de la Saint-Georges. 1559. Graveur présumé : Van Doetichum, Jan (15..-1605). Source gallica.bnf.fr / BnF.
Catalogue Théâtre & Fêtes – 1923-1924 Cet extrait du catalogue des Établissements Louis Leblanc, installés à Nançois-Tronville (Meuse), offre un panorama complet du matériel, des attractions et des décors destinés à l’organisation de kermesses, fêtes locales, spectacles et animations populaires au début des années 1920.
On y découvre une véritable boîte à outils du fêteur : attractions foraines simples, jeux d’adresse et de hasard, baraques, théâtres démontables, guignols, ménageries, stands de tir, maisons hantées, mais aussi costumes, instruments de musique en carton, décors, guirlandes, pavillons, buvettes et pâtisseries. Le catalogue s’adresse aussi bien aux comités des fêtes, municipalités et associations qu’aux organisateurs occasionnels, en proposant des solutions accessibles, modulables et adaptées à tous les budgets. Au-delà de son usage pratique, ce document constitue un témoignage précieux de la culture festive populaire de l’entre-deux-guerres. Il montre comment la kermesse, le spectacle et la fête s’organisent désormais de manière rationnelle et commerciale, tout en conservant un esprit ludique, collectif et profondément ancré dans la vie locale.
Extrait du catalogue : Théâtre & Fêtes Établissements Louis Leblanc Catalogue 1923-24






1917 : Cette photographie prise le 12 août 1917 par l’Agence Rol montre une kermesse organisée à Champigny en pleine Première Guerre mondiale. À l’arrière du front, ces fêtes prennent une dimension patriotique et caritative. Elles visent à maintenir le moral de la population et à collecter des fonds pour les œuvres de guerre.
La scène, installée comme un petit théâtre de plein air, est décorée de drapeaux tricolores. Devant un public nombreux et attentif, des notables prennent la parole, tandis qu’une jeune femme en robe claire occupe une place centrale, figure symbolique ou honorée de la fête. Plus que le divertissement, cette kermesse illustre la mobilisation civile et l’importance du spectacle comme lien social en temps de guerre.

Agence Rol. Agence photographique (commanditaire). 12 août 1917, kermesse Champigny. 1917. Source gallica.bnf.fr / BnF
1881–1882 : La kermesse annoncée sur cette affiche se tient à l’Hippodrome au Pont de l'Alma pendant la saison d’hiver 1881–1882. Elle s’inscrit dans une programmation régulière, organisée sur plusieurs mois, et non comme un événement ponctuel. La mention répétée des jours d’ouverture indique une manifestation durable, pensée pour attirer le public tout au long de la saison froide.
Cette kermesse associe jeux, divertissements variés et concert promenade, dans un espace couvert et chauffé. Elle répond à un double objectif : offrir un loisir accessible durant l’hiver et maintenir la fréquentation d’un grand établissement parisien en dehors des spectacles exceptionnels. Le prix d’entrée modéré confirme une volonté d’ouverture à un public large et familial, mêlant classes populaires et petite bourgeoisie urbaine.
Contrairement aux kermesses traditionnelles d’origine paroissiale, celle-ci relève d’un divertissement commercial organisé, intégré à l’économie du spectacle parisien. Elle ne met pas en avant d’invités prestigieux ou de vedettes identifiées, mais privilégie la variété des attractions et l’expérience collective. L’affiche dessinée par Jules Chéret participe à cette logique en valorisant une kermesse joyeuse, moderne et attractive, emblématique des nouveaux loisirs urbains de la fin du XIXe siècle.

Jules Chéret (1836-1932). Illustrateur. Hippodrome, au Pont de l'Alma..., saison d'hiver 1881-82... : concert promenade, kermesse.... 1881. Source gallica.bnf.fr
Vignettes de kermesse Cette planche montre une kermesse complète, mêlant hasard, adresse, force, curiosité et petits défis. Elle illustre parfaitement une culture du divertissement populaire fondée sur la participation directe, bien avant la mécanisation massive des fêtes foraines.

Du haut a gauche jusqu’en en bas à droite
1. Escarpolette – grande balançoire. Jeu de balancement très répandu dans les kermesses, procurant amusement et sensation de hauteur.
2. Roue de la chance / roue de loterie. Jeu de hasard permettant de gagner de petits lots selon l’arrêt de la roue.
3. Lutte foraine. Combat amical ou démonstratif, attirant le public par la force et l’affrontement physique.
4. Jeu de force à la masse. Épreuve consistant à frapper une cible pour faire monter un poids ou déclencher un signal.
5. Stand de confiserie / friandises. Vente de douceurs, élément incontournable des fêtes populaires.
6. Balance foraine (balance de pesée). Attraction de curiosité où le participant est pesé publiquement, mêlant jeu social et amusement.
7. Équilibriste sur corde. Numéro d’adresse inspiré des arts du cirque, présenté sur une installation légère.
8. Baraque à entrée payante (attraction de curiosité). Petite structure accueillant un numéro bref ou une attraction visuelle contre paiement.
9. Stand de cadeaux surprises / lots mystère. Jeu fondé sur le hasard, proposant des objets emballés ou dissimulés, dont le contenu est découvert après participation.
10. Jeu de tir sur figurines (tir aux balles). Jeu d’adresse consistant à lancer ou tirer des projectiles pour faire tomber de petits personnages ou cibles mobiles.
11. Jeu de table forain (jeu d’adresse et de précision). Jeu pratiqué sur table, demandant habileté et précision, très populaire dans les kermesses.