
1870–1900 : À la fin du 19e siècle, l’escamoteur de rue fait pleinement partie du paysage urbain. On le croise sur les places, aux abords des marchés, dans les foires et lors des fêtes populaires. Quelques mots lancés d’une voix assurée suffisent à former le cercle. Puis viennent les cartes, les pièces, les balles qui disparaissent et réapparaissent sous les doigts agiles. L’art ne repose pas sur de grands appareils mais sur la précision des mains, le sens du rythme et ce bagout indispensable pour retenir la foule.
1900–1914 : Au début du 20e siècle, alors que les théâtres, les cafés-concerts et les music-halls attirent un public de plus en plus nombreux, l’escamoteur continue d’exercer son art au grand air. Son spectacle se construit au plus près du public, dans une interaction constante. Les passants deviennent volontiers assistants d’un instant ; chacun peut être interpellé, invité à tenir une carte ou à vérifier une pièce. La magie se joue à hauteur d’homme, dans une proximité qui fait tout son sel.

Escamoteur ! Allons, messieurs, un peu de courage à la poche ; voilà mon petit bureau. Encore un pauvre million et j'exécuterai de suite, quelques tours d'adresse et de passe-passe que vous ne verrez faire qu'à̀ moi seul Source gallica.bnf.fr / BnF.
1914–1930 : Malgré les bouleversements sociaux et l’essor du cinéma, ces formes de magie populaire persistent. Elles constituent pour beaucoup un moyen de subsistance modeste mais réel. Le chapeau circule après le numéro ; les pièces tombent au gré des sourires et des surprises. Il s’agit moins d’un divertissement institutionnel que d’un échange direct entre artiste et public, fragile et immédiat.
Ainsi, bien avant la généralisation des grandes illusions de scène et des plateaux équipés, l’escamoteur de rue incarne un théâtre à ciel ouvert, vivant et accessible. Son art rappelle que la magie n’est pas toujours affaire de décors spectaculaires : elle naît souvent d’un geste précis, d’un regard complice et d’un cercle de spectateurs rassemblés autour d’un simple bout de trottoir.
Sur les places publiques du 1700–1800, l’escamoteur installe sa petite table et rassemble la foule. Quelques gobelets retournés, des noix muscades, parfois une balle de chiffon : le spectacle peut commencer. Par l’adresse et la rapidité des mains, l’objet disparaît, réapparaît, change de place. Le public s’étonne, soupçonne, se rapproche. C’est le règne du passe-passe.
On parle de tours de gobelets lorsque les objets voyagent d’un récipient à l’autre, surgissant là où on ne les attend pas. Le procédé est ancien : il repose sur la dextérité, la distraction du regard et l’art de capter l’attention au bon moment.
Le terme gibecière vient du petit sac que le bateleur porte en bandoulière. Il y conserve son matériel : balles, pièces, dés, parfois accessoires secrets. De là l’expression tours de gibecière, qui désigne ces manipulations ambulantes exécutées au milieu de la foule.
Ces tours, simples en apparence, constituent l’une des formes les plus anciennes de la prestidigitation. Avant les grandes illusions de théâtre, avant les appareils sophistiqués, il y avait la main, la parole et le cercle des curieux. Un art direct, populaire, où l’illusion naît au creux des doigts.

Duplessi-Bertaux, Jean (Paris, en 1747 - Paris, 29–09–1818), graveur Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Tours de gibecière, de gobelets, de passe-passe
Ce sont les tours que les escamoteurs de bas étage exécutaient autrefois sur les places publiques, en présence de la foule étonnée et naïve. Ces tours consistaient pour eux à faire passer et repasser rapidement de menus objets, tels que des muscades, d’un endroit dans un autre par l’effet de l’adresse et de l’agilité des mains. De là le nom de fours de passe-passe. Et comme ils se servaient pour cela de plusieurs gobelets sous lesquels ils faisaient passer tour à tour les objets, on disait aussi tours de gobelets. Enfin, comme le petit matériel était contenu dans une gibecière qu’ils portaient sur eux, on disait encore tours de gibecière.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie