
Jean-Eugène Robert-Houdin (1805–1871) est considéré comme le père de la magie moderne. Horloger de formation, il introduit au milieu des années 1840 une magie élégante et théâtralisée dans son théâtre parisien du Palais-Royal. Abandonnant les pratiques de foire, il impose une nouvelle image du magicien en costume, mêlant mécanique de précision, illusion et mise en scène. Son influence sera telle que Harry Houdini choisira son nom en hommage.

Jean Eugène Robert-Houdin
1845 – Fondation du théâtre En 1845,
Jean-Eugène Robert-Houdin fonde à Paris un théâtre entièrement consacré à l’illusionnisme moderne.
Il s’installe 8, boulevard des Italiens, au cœur du Paris des spectacles.
Ce lieu marque une rupture décisive : la magie quitte les foires et les tréteaux pour entrer au théâtre, dans un cadre bourgeois, avec des numéros fondés sur la mécanique, l’optique et la science. Adresse : 8, boulevard des Italiens, Paris

Théâtre. Robert-Houdin. 8, Boul. des italiens. La Stroubaïka persane. Tous les soirs. Nouveau truc merveilleux. Par le persan Djelfah. El. Nadir. Présenté par M.M. Jacobs / Duperrey Dessinateur : Anonyme Imprimeur : Charles Lévy Entre 1882 et 1888 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
1845–1852 – L’âge Robert-Houdin
Robert-Houdin y présente ses grandes créations : automates, expériences de prestidigitation, illusions dites « scientifiques ».
Le théâtre devient une référence européenne et attire un public cultivé, curieux de modernité.

Théâtre. Robert Houdin. 8. boul. des italiens. Le nain jaune Grand truc Extraordinaire. Anonyme, Dessinateur. Lévy, Charles, Imprimeur. Après 1888. Musée Carnavalet.
Le Nain jaune Présenté au Théâtre Robert-Houdin, Le Nain jaune appartient à cette génération de « grands trucs » où la magie quitte la simple table du prestidigitateur pour investir tout l’espace scénique. Le principe repose sur l’apparition répétée d’un petit personnage qui surgit de boîtes, de cadres ou de vitrines, disparaît aussitôt, puis réapparaît ailleurs, donnant l’illusion d’une mobilité instantanée. L’effet ne tient pas à un geste isolé, mais à une orchestration précise de trappes, de compartiments secrets, de changements de volumes et de circulations invisibles sous le plateau. Le personnage semble tour à tour enfermé, libéré ou déplacé, tandis que le décor lui-même devient acteur du tour. Héritier direct de la tradition fondée par Jean-Eugène Robert-Houdin, ce type de numéro illustre l’évolution de la prestidigitation vers une magie pleinement théâtrale, où machinerie, lumière et perspectives travaillent ensemble. Plus qu’un simple effet de surprise, Le Nain jaune se construit comme une petite dramaturgie mécanique : entrée du personnage, montée de l’étrangeté, accélération des apparitions, puis résolution finale. On n’y admire pas seulement l’adresse, mais la capacité du plateau à se transformer en coffre d’illusions. Ce tour témoigne ainsi d’un moment charnière de l’histoire de la magie, lorsque l’ingénierie scénique devient partenaire du magicien et que l’émerveillement naît autant du décor que du geste.
1852 – Départ de Robert-Houdin
En 1852, Robert-Houdin quitte la scène et vend le théâtre.
Il se retire à Blois, où il poursuivra des travaux scientifiques et écrira ses mémoires.
Le théâtre conserve cependant son nom, devenu une véritable marque.

Théâtre Robert-Houdin La malle des indes. Truc merveilleux entièrement nouveau exécuté tous les soirs, crée par M. Robert-Houdin fils & Brunnet. Barbizet, dessinateur. Imprimerie Michelet, imprimeur. Entre 1880 et 1900. Musée carnavalet.
1852–fin du XIXᵉ siècle
Continuité et transformations Après Robert-Houdin, le théâtre reste actif sous différentes directions.
Il accueille de nombreux illusionnistes français et étrangers, et continue de défendre une magie théâtrale, rationnelle et spectaculaire. L’adresse du boulevard des Italiens demeure la référence principale durant cette période.

Théâtre Robert-Houdin. 8, bd. des italiens tous les soirs. Tout paris Revue de Mr. Lemercier de Neuville. Anonyme, dessinateur. Lévy, Émile, Imprimeur. Entre 1886 et 1892. Musée Carnavalet.
Fin du XIXᵉ siècle
Un nom devenu mythique À la fin du XIXᵉ siècle, le nom « Robert-Houdin » est solidement ancré dans l’imaginaire collectif.
C’est à cette époque que le jeune Ehrich Weiss adopte le nom de scène Harry Houdini, en hommage explicite au fondateur du théâtre, sans lien institutionnel avec le lieu parisien. (Voir : Les numéros. Les grandes attractions. Les magiciens : Les magiciens)

Théâtre Robert-Houdin. 8, boulevard des italiens. Direction Dicksonn Tous les soirs à 8h. ¼. Séance fantastique par Mr.Dicksonn. Anonyme, dessinateur. Lévy, Charles, imprimeur. Entre 1882 et 1888. Musée carnavalet.
Début du XXᵉ siècle – Déclin et fermeture Avec l’essor du music-hall, du cinéma et de nouvelles formes de divertissement, le théâtre perd progressivement de son influence.
L’établissement finit par fermer définitivement au début du XXᵉ siècle (la date exacte varie selon les sources), et le lieu est absorbé par les transformations urbaines du quartier.

Théâtre Robert-Houdin. 8 brd des italiens Les spectres et le manoir du diable. Anonyme, dessinateur Lévy, Émile, imprimeur Entre 1880 et 1900 Musée carnavalet.
Une anecdote peu connue et savoureuse. En 1845, lorsque Jean-Eugène Robert-Houdin ouvre son théâtre au Palais-Royal (puis boulevard des Italiens), il ne veut pas d’une baraque foraine bruyante comme celles des foires. Il impose le silence, des fauteuils élégants, un décor raffiné et… un magicien en habit noir, ganté de blanc, comme un homme du monde. Un soir, raconte-t-on, un spectateur sceptique interrompt le spectacle en criant que les “miracles” ne sont que des trucages grossiers. Robert-Houdin s’avance calmement et propose au contestataire de monter sur scène pour vérifier lui-même les appareils. Le public retient son souffle. Le spectateur examine, touche, fouille… ne découvre rien. Robert-Houdin reprend alors son numéro avec une précision redoublée et conclut, sourire discret :
« Monsieur a tout vu… sauf l’essentiel. » L’essentiel, c’était la mise en scène.
Au Théâtre Robert-Houdin, la magie ne se présentait plus comme un prodige tapageur, mais comme un art théâtral maîtrisé, presque scientifique. Cette élégance nouvelle transforma durablement la perception de l’illusionnisme.

Théâtre Robert-Houdin Direction Dicksonn Grand succès Tous les soirs le medium du désert truc crée par Mr. Dicksonn. Anonyme, dessinateur. Imprimerie delanchy & Cie, imprimeur. Entre 1880 et 1900. Musée carnavalet.

Tous les soirs à 8 h. Théâtre Robert-Houdin. 8, boul. des italiens Polyorama, fantasmagorie, évocations, illusions, physique, magie, prestidigitation. Anonyme, dessinateur. Lévy, Émile, imprimeur. Entre 1873 et 1883. Musée carnavalet.

La triple malle des Indes. Théâtre Robert-Houdin et Brunet. Tous les soirs séance à 8 heures Anonyme, Dessinateur. Imprimerie Michelet, Imprimeur. Entre 1880 et 1900. Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Le tour de la Triple Malle des Indes a été présenté pour la première fois par Jean-Eugène Robert-Houdin au Théâtre Robert-Houdin à Paris en 1845
Voici une description du tour : La première malle : Robert-Houdin montrait une malle vide et l'ouvrait pour que le public puisse la voir à l'intérieur. La deuxième malle : Ensuite, il ouvrait une deuxième malle, également vide, qu'il plaçait à l'intérieur de la première malle. La troisième malle : Enfin, il ouvrait une troisième malle, encore une fois vide, qu'il plaçait à l'intérieur de la deuxième malle. Le mystère : Après avoir fermé et verrouillé les malles, Robert-Houdin récitait quelques incantations, puis il ouvrait les malles successivement pour révéler qu'elles étaient maintenant remplies d'objets divers, tels que des oiseaux, des fleurs et d'autres articles magiques. Ce tour était particulièrement impressionnant car il défiait la logique et les lois de l'espace. Le public était émerveillé par la transformation des malles apparemment vides en une série d'objets magiques. La Triple Malle des Indes est devenue emblématique dans l'histoire de la magie et a contribué à renforcer la réputation de Robert-Houdin en tant que l'un des plus grands magiciens de son époque.