
Cette planche de la série Fariboles, publiée en 1855, propose un regard satirique sur l’apprentissage du théâtre au XIXᵉ siècle. Deux femmes cheminent ensemble, et le conseil donné à la plus jeune révèle toute l’ambiguïté de l’époque : avant de savoir incarner l’ingénue sur scène, il faudrait d’abord apprendre à la jouer « à la ville ».
Derrière l’élégance du dessin, Charles-Édouard de Beaumont évoque les attentes sociales pesant sur les jeunes actrices et la frontière floue entre vie quotidienne et jeu théâtral. Le théâtre n’apparaît pas encore comme un espace séparé, mais comme le prolongement d’un monde d’attitudes, de regards et de conventions. Une image légère en apparence, mais qui glisse une critique discrète des faux-semblants et des apprentissages tacites de la scène.

Beaumont, Charles-Edouard de , Dessinateur-lithographe Martinet, Aaron , Editeur Destouches, Pierre Louis Hippolyte , Imprimeur-lithographe En 1855 Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Tout est masque, même la déception. Derrière les costumes et les apparences, les codes sociaux persistent : on juge, on observe, on hiérarchise. L’ironie tient à ce paradoxe délicieux : dans un lieu voué à l’anonymat et au jeu, chacun continue à jouer son rôle, parfois malgré lui.

— Sais pas à quoi cela tient, on ne m’a pas dit le moindre mot aimable de la soirée ;
— Étonnant… Et cependant tu es masquée !
Aux répétitions de l'opéra d'Armide, une actrice qui devait représenter la maîtresse de Renaud ne mettait pas à remplir son rôle toute la flamme,
toute la douleur qu'elle devait éprouver.
Une de ses amies, voulant lui donner des conseils, lui disait :
— Si vous étiez abandonnée d'un homme que vous. Aimeriez tendrement, ne seriez-vous pas pénétrée d'une vive douleur ? Ne chercheriez-vous point quelque moyen suprême pour ramener près de vous l'infidèle ‘ !
— Moi ? répondit l'actrice, si j'étais trahie par mon amant, j'en chercherais immédiatement un autre.

Couverture du journal Le Sourire (1909), dessinée par Léonnec. La scène joue sur l’élégance légère de la Belle Époque : un bourgeois moustachu, tout sourire, s’incline devant une jeune femme juchée sur un fauteuil, cigarette à la main. L’attitude mutine de la modèle, son corset souple et la fumée qui serpente traduisent l’esprit grivois mais raffiné de la presse illustrée de l’époque. Le Sourire cultivait ce ton piquant, entre humour mondain et sensualité légère, reflet d’un Paris où théâtre, galanterie et caricature faisaient bon ménage.