Coulisses. Métiers

C’est à ne pas te reconnaître !

Dans les coulisses, certaines politesses grincent.
Sous couvert d’admiration — « que tu es jolie ainsi » — la phrase glisse aussitôt vers ce qui pique : méconnaissable. Plus qu’un éloge, c’est une manière élégante de rappeler que la transformation efface la personne… et peut-être aussi la rivale. Le dessin capte avec finesse cette guerre feutrée entre actrices, faite de sourires contraints, de compliments à double fond et de rivalités bien cachées derrière les plumes et les jupons. Ici, le théâtre commence là où la courtoisie devient arme.

— Ah ! chère, que tu es jolie ainsi ! c’est à ne pas te reconnaître !

Planche détachée (page 5) du journal : "Petit journal pour rire", n° 474. Le petit chose qu’est si spirituel -Ha ! ma chère, que tu es jolie ainsi ! c’est à ne pas te reconnaître !


Chatouilles

Sur scène, tout est tragédie : le décor antique, la pose héroïque, le corps étendu du personnage censé incarner la mort. Mais dans l’ombre du plateau, l’illusion se fissure. Au ras du sol, dans le trou du souffleur, une plume dépasse et vient chatouiller le pied de l’acteur étendu, bien vivant malgré son rôle funèbre. Le drame vacille, menacé par un fou rire. Avec une précision cruelle et malicieuse, Jacques Faizant s’attaque ici au sérieux théâtral. Il rappelle que le spectacle repose sur un équilibre fragile, constamment exposé à l’accident, à la blague, à l’humain. Un simple geste suffit à faire basculer la tragédie en comédie, et à révéler l’envers du décor : ce lieu où la grandeur de la scène cohabite toujours avec l’irrépressible esprit de jeu.


Dans les coulisses, le triomphe est souvent solitaire

Dans les coulisses, le triomphe est souvent solitaire.
L’acteur se félicite de sa performance, convaincu d’avoir « enlevé son auditoire ». Son partenaire acquiesce… tout en constatant l’évidence : la salle est vide.
Derrière le panache et l’illusion du succès, le dessin moque avec finesse l’aveuglement de l’artiste face à la réalité du public. Une satire douce-amère des vanités théâtrales, où l’enthousiasme survit parfois mieux que les spectateurs.

Le monde comique. 2e série. N°6 Dans les coulisses, par Dranier ‘Ah ! très cher, jamais je n’ai mieux chanté. J’ai enlevé mon auditoire. Tu as bien raison… il n’y a plus personne dans la salle.’


 Je reviens de suite

Au cœur de la scène, tout semble solennel : l’acteur déclame, le public écoute religieusement, le décor impose le respect. Mais dans le trou du souffleur, un détail fait basculer l’ensemble : un simple écriteau annonce « Je reviens suite ».
Le dessin joue sur ce décalage savoureux. Là où l’on attend l’infaillible gardien du texte, il n’y a plus que son absence, discrètement signalée. Une satire tendre du théâtre, où la grandeur de l’illusion repose parfois sur des rouages très humains… et parfaitement faillibles.


Le théâtre. Émile Marcelin.

Ces planches du Petit Journal pour rire jouent avec les clichés propres à chaque théâtre parisien. Chaque salle devient un caractère : aux Français, on évoque la tragédie noble et les poses théâtrales ; à l’Opéra-Comique, l’élégance chantante et un certain panache ; à l’Ambigu, le mélodrame outré et spectaculaire ; ailleurs, la farce et la caricature dominent. Le dessinateur force les attitudes, exagère les costumes et les expressions pour mieux moquer les styles, les publics et les réputations des scènes parisiennes du 19e siècle. 

C’est à la fois une satire du théâtre… et des spectateurs qui s’y reconnaissaient.

"Petit journal pour rire", n° 42. Le théâtre. Marcelin, Emile (1825-1887). Séléné. Bibliothèque numérique de Bordeaux.


Propos de coulisses

Dans les coulisses, les passions ne sont pas moins vives que sur la scène. Deux comédiens en costume échangent une menace à demi voilée : l’« effet » manqué, c’est la réplique ratée, l’entrée mal placée, le moment théâtral gâché. La galanterie du ton « ma biche » contraste avec la violence de la promesse. Derrière eux, un pompier de service observe, silhouette discrète mais réglementaire. Une scène de théâtre… avant même que le rideau ne se lève.

— Tu sais que si tu me fais encore manquer mes effets, ma biche, je te flanquerai ma main sur la scène !