
Une scène pleine d’ironie : prenant au pied de la lettre l’obligation des lampes à l’huile au théâtre, un couple en apporte en abondance. Le trait d’humour souligne les contraintes d’éclairage avant l’électricité, à la fois indispensables… et sources d’inquiétude pour la sécurité.

— On nous a dit qu’il fallait des lampes à l’huile pour les théâtres. Alors nous avons pensé qu’abondance de biens ne nuirait pas.
Le dessinateur joue clairement avec une forme volontairement ambiguë : la loge prend l’apparence de deux volumes arrondis qui évoquent les seins de la spectatrice. C’est un clin d’œil visuel assez typique de l’humour de presse, où l’architecture du théâtre se transforme en caricature du corps.Une manière malicieuse de rappeler que, dans la salle aussi… certains regards se posent ailleurs que sur la scène.

Dans une loge de théâtre, un homme scrute la scène à l’aide de jumelles tandis que sa compagne observe surtout son attitude. Le dispositif censé rapprocher le spectacle révèle surtout une curiosité déplacée. Par un jeu de regards et de distances, l’illustration rappelle que, bien souvent, le véritable spectacle se joue aussi dans la salle.

« Tu comprends, Bobonne,
ça rapproche tellement, ces jumelles ! »
Sous le prétexte de rassurer le public, l’ordre et la morale s’invitent jusque dans la fête. Le rire naît de ce décalage : vouloir encadrer l’excès, surveiller le plaisir, transformer le bal en affaire sérieuse. Une satire douce-amère de cette époque où l’on prétend protéger tout en bridant.

Pour rassurer complètement le public, tous les danseurs adopteront des costumes de pompier.
Au théâtre, on vient pour voir… et parfois surtout pour être vu.
Les modes rivalisent d’audace, les chapeaux s’élèvent, s’élargissent, s’ornent jusqu’à devenir de véritables architectures.
Entre la scène et la salle, le regard circule mal : le spectacle se joue aussi au balcon, dans l’enchevêtrement des silhouettes, des coiffes et des vanités.
Une comédie muette où l’élégance gêne la vue, et où le public devient, malgré lui, partie prenante du spectacle.

La scène déborde, l’émotion aussi. Emporté par l’action, un spectateur interpelle l’acteur comme si le drame était réel, oubliant un instant la frontière entre la salle et le plateau. L’image se moque avec tendresse de cette illusion théâtrale où le public, pris au jeu, croit encore pouvoir infléchir le destin des personnages. Un rappel malicieux de la puissance du théâtre… et de la naïveté qu’il suscite parfois.

— L’Acteur. — Misérable traître, fais ton acte de contrition, tu vas mourir !…
— Le Père Boniface. — Arrête donc ! arrête donc, mon fils de garce ! va pas l’tuer, t’en as trois enfants !
Le dessin joue sur un renversement délicieux : ce ne sont plus les spectateurs qui regardent la scène, mais la scène sociale qui se donne en spectacle. L’avant-scène devient un théâtre du regard, où bijoux, décolletés et postures attirent autant l’attention que le rideau levé. Une satire douce-amère du théâtre mondain, où l’on vient autant pour voir… que pour être vu.

Au spectacle La dame. C’est fou, Monsieur, l’avant-scène est archi-comble ! Le monsieur. En effet, il y a du monde au balcon !
Théâtre des Bouffes Parisiens, Les petits prodiges. 1858. Dessinateur Nadar (1820-1910) ? Journal pour rire (journal amusant) 16 janvier 1858 (Nadar) Source gallica.bnf.fr / BnF

‘. Qu’y dort pendant la musique à Strauss !… qu’y n’est pas muselé… et qu’y va s’fair’ fich’ en contravention !...’

‘Un titre qui n’est pas ‘gouté’ par tout le monde.’

Reconnaissance légitime du théâtre des Variétés envers Déjazet.

Petits et grands prodiges renouvelés chaque soir par l’incomparable Offenbach.

Autre. Il en joue aussi bien.

Les petits prodiges de L. Offenbach.

Aussi n’est-il pas étonnant qu’il soit encombré de demandes de nourrices.

Le succès des ‘Petits Prodiges’ est tel que tous les théâtres se l’arrachent.
Ici, le théâtre déborde de toutes parts. Sur scène, le drame se transforme en tumulte : portes enfoncées, acteurs pourchassés, gestes trop larges, situations qui échappent à tout contrôle. Dans la salle, le public n’est pas en reste : on rit, on commente, on s’agite, on participe presque à la représentation. Le dessin joue sur la frontière fragile entre la scène et la foule. Le spectacle n’est plus seulement ce qui se passe derrière le décor, mais ce qui naît de l’emballement général : acteurs dépassés, spectateurs emportés, théâtre devenu joyeuse mêlée. Une caricature vive et populaire, qui rappelle qu’au XIXᵉ siècle le théâtre pouvait être autant un lieu de désordre jubilatoire qu’un temple du texte et du silence.

Au théâtre aussi, l’intimité déborde.
Les jeunes mariés savourent le spectacle… tandis que le voisin découvre, un peu trop tard, que certaines émotions ne restent jamais cantonnées à l’avant-scène.
Le rire naît de ce léger déplacement : quand la salle devient, malgré elle, partie intégrante de la comédie.
