Divertissement en usage jadis à la cour de nos rois, et qui semble avoir tenu le milieu entre la mascarade primitive, qui n’était qu’une simple danse costumée et masquée, et le ballet de cour, entremêlé de chants et de danses, avec une véritable action scénique, tel qu’on commença à l’exécuter sous Henri IV et sous Louis XIII. Déjà la boutade présentait comme une sorte de petit canevas théâtral, très bref à la vérité, très rapide encore, mais auquel certains récits de chant venaient donner un sens particulier et offrant quelque précision.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie
Sous les règnes d'Henri IV (1589-1610) et de Louis XIII (1610-1643), le théâtre et le spectacle en France étaient en pleine évolution, marquant le début de ce qui deviendrait l'âge classique du théâtre français.

Ballet des Fées de la forêts de Saint-Germain. Musiciens de campagne. Dessin de Daniel Rebel (1578-1637)
Ballet en cinq actes et vingt-six entrées, dansé par Louis XIII et son entourage au Louvre le 9 février 1625
Les Enfants- sans-Souci sont une de ces sortes de corporations artistiques qui, avec les Confrères de la Passion, les Clercs de la Basoche et la compagnie des Sceaux, donnèrent, vers la fin du moyen âge, l’impulsion à notre théâtre et répandirent chez nous le goût des jeux scéniques. Tandis que les Confrères faisaient en quelque sorte profession du théâtre, que les Clercs mêlaient, comme une distraction agréable et intelligente, l'exercice de cet art à des travaux plus sévères, les Enfants-sans-souci et les Sots se recrutaient parmi de jeunes fils de famille fortunés qui aimaient le plaisir et à qui s'adjoignaient quelques jeunes poètes partageant leurs goûts, tels que Clément Marot, que l'on sait presque sûrement avoir fait partie de leur compagnie. Les Confrères de la Passion s’adonnaient à la représentation des mystères et des miracles ; les Basochiens, les Sots et les Enfants-sans-Souci, essentiellement turbulents et frondeurs, s’attachèrent particulièrement à la satire. Les jeux des Enfants-sans-souci aux halles avaient lieu dans l’après-dîner, comme tous les spectacles jusqu’au dix-huitième siècle.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Le comédien masqué jouant de la guitare Jacques Callot (1592-1635) Source gallica.bnf.fr / BnF
Le jeu-parti était un petit poème musical d’une forme très particulière, qui était en grande vogue parmi nos trouvères du moyen âge, et que ceux-ci s’en allaient chanter, aux jours de fête, dans les manoirs et dans les châteaux. On trouve dans les poésies d’Adam de la Halle, l’admirable trouvère d’Arras, toute une série de jeux-partis amoureux qui sont de petits bijoux. Compositeur aussi élégant qu’il était bon poète, Adam écrivait à la fois ses vers et sa musique, et ses jolis jeux-partis ont autant de saveur et de grâce au point de vue musical qu’au point de vue poétique.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.

Un jeu-parti avec musique et illustration dans le Chansonnier d'Arras du XIIIe siècle

Vignette dans "Le Ménestrel". 1856. Gustave Doré (1832-1883) : Dessinateur. Source gallica.bnf.fr / BnF
Au XIXe siècle, l'univers du spectacle parisien était bien différent de celui que nous connaissons, et le terme même de « loge » revêtait un sens particulier. Loin de ne désigner qu’un balcon de théâtre, il servait à nommer les petits théâtres de genre secondaire qui s'installaient par dizaines au cœur des grandes foires de la capitale. À cette époque, on ne se rendait pas au théâtre de Nicolet ou de Bienfait, mais on allait voir les spectacles de la loge de Nicolet, de la loge de Lalauze ou de la loge de Bienfait. Ces structures légères mais foisonnantes animaient sans relâche la foire Saint-Germain sur la rive gauche, la foire Saint-Laurent sur la rive droite, ou encore la foire Saint-Ovide.
Cette organisation marquait une évolution majeure par rapport au Moyen Âge, une période où il n'existait quasiment aucun édifice spécifiquement réservé à l'art théâtral. Les représentations se déroulaient alors essentiellement en extérieur, sous des formes multiples et souvent improvisées. À cette époque lointaine, le théâtre était encore loin d'être institutionnalisé et ses acteurs, tout comme les dramaturges, n'étaient pas encore considérés comme des artistes de premier plan dans la hiérarchie sociale. C'est donc dans la chaleur et le tumulte de ces loges foraines que le théâtre populaire a progressivement trouvé son refuge et construit son histoire.

Représentation de La Farce de Maître Pathelin, une farce célèbre du Moyen Âge.
Gravure du XIXe siècle. (source Wikipédia)
Loge
C’est ainsi qu’on désignait, au siècle dernier, les petits théâtres de genre secondaire qui vivaient eu compagnie si nombreuse dans nos grandes foires, les foires Saint- Germain, Saint-Laurent, Saint-Ovide, etc. On ne disait pas alors : le théâtre de Nicolet, ou le théâtre de Lalauze, ou le théâtre de Bienfait, mais la loge de Bienfait, celle de Lalauze ou celle de Nicolet.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie.
La représentation des mystères est la première manifestation dramatique qu’aient vu naître les temps modernes. C’est là l’origine première de notre théâtre, et l’essai primitif d’un art dans lequel plus tard nous devions passer maîtres. Le mystère, au surplus, n’est pas particulier à la France, et, soit sous le même titre, soit sous des dénominations différentes, on l’a vu briller simultanément ou successivement aussi en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre. C’est donc dans l’Église chrétienne que l’art dramatique moderne, qui devait plus tard être maudit par elle, bégaya ses premiers accents et c’est dans l’église que fut représenté, au XIe siècle, le premier véritable mystère, celui qui avait pour titre ‘Les Vierges sages et les Vierges folles’.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Histoire du théâtre par l'image. Compagnie Liebig.
Représentation d’un ‘Mystère’ au moyen âge Le moyen âge n’avait pas de théâtre à proprement parler comme l’antiquité. On représentait souvent les pièces appelées ‘Mystères’, de caractère religieux, sur les places publiques, dans les cours appropriées, etc. La scène était une construction en bois à 3 étages (l’Enfer, la Terre et le Ciel). Les acteurs n’étaient généralement pas des gens du métier, mais de bons bourgeois et des artisans. Les représentations duraient au moins toute la journée et souvent même elles se prolongeaient pendant des semaines entières et provoquaient toujours une affluence énorme de spectateurs. A cette époque les coulisses n’existaient pas encore et on se servait que de quelques décors mobiles. En dehors des ‘Mystères’, il y avait aussi les farces de carnaval que l’on désignait sous le nom de comédies scolaires.

Une Passion est un mystère, forme théâtrale qui s’est développée au cours des XIVe et XVe siècles, dont le sujet est la Passion du Christ. Ce genre dramatique médiéval met en scène les souffrances, la mort et la résurrection du Christ. Les représentations de Passions au XIVe siècle devant le parvis des cathédrales sont à l'origine du théâtre que nous connaissons aujourd’hui (Georges Duby, le Temps des cathédrales). Une Passion est représentée à Oberammergau en Allemagne, dans le sud de la Bavière, tous les dix ans depuis 1633 (pendant la guerre de Trente Ans), date à laquelle il y eut une peste dans le village. La dernière représentation a eu lieu en 2010. À Paris, dans le quartier de Ménilmontant, une représentation a lieu chaque année depuis 1932 (c'est la plus vieille pièce de théâtre de Paris)

Histoire du théâtre par l'image. Compagnie Liebig.
Fidèle à un vœu prononcé en 1633, les habitants du village bavarois d’Oberammergau jouent la Passion du Christ chaque décennie. Illustration Chromo. La passion à Oberammergau Dans l’une des plus belles vallées de l’Oberland bavarois, dans le village d’Oberammergau, ont lieu tous les dix ans des représentations de la Passion universellement renommées. Elles sont données par des paysans du village avec accompagnement d’une musique composée par un de leurs anciens instituteurs et organistes (Dedler, mort en 1822), sur une scène en plein air qui représente une rue de Jérusalem. Devant cette scène s’étend en amphithéâtre la vaste salle pour les spectateurs. Aux représentations participent environ 550 personnes exclusivement prises parmi les gens de l’endroit. Les représentations ont lieu le dimanche et le lundi et durent environ 9 heures.
La sotie (ou sottie) est une forme théâtrale satirique apparue au Moyen Âge, principalement jouée à Paris à partir du XVe siècle. Elle traite de l’actualité politique, sociale et morale sous le couvert du rire et connaît son apogée entre 1450 et 1520. Les soties sont interprétées par les Sots, également appelés « Enfants-sans-Souci », une confrérie d’acteurs actifs à Paris dès la fin du XVe siècle. Leur satire repose sur un principe fondamental : la société tout entière est composée de fous. Ce postulat leur permet de critiquer ouvertement les institutions, les pouvoirs et les comportements humains. Les comédiens portent un costume de sot, auquel ils ajoutent les attributs des rôles qu’ils incarnent : juge, soldat, moine, noble ou homme de pouvoir. Cette superposition de signes rend la satire immédiatement lisible par le public.

La Foire Saint-Germain : la Comédie-Italienne mêlée aux marchands et aux figures populaires du théâtre de foire (vers 1680–1720)
Source : Bibliothèque nationale de France (BnF).
Dans son étude publiée en 1878, La Sotie en France, Émile Picot recense 26 pièces de ce genre. Il souligne que la sotie est souvent intégrée à des spectacles composites, jouée aux côtés d’une farce et d’une moralité. Dans ce cadre, elle ouvre généralement la représentation et joue le rôle de parade bouffonne. Si la sotie n’a pas toujours bénéficié d’une liberté totale, sa portée critique suscitant parfois la censure, sa période la plus brillante se situe sous le règne de Louis XII (1498–1515), moment où la satire théâtrale trouve un équilibre singulier entre audace politique et tolérance du pouvoir.
La confrérie des Sots, qu'on appelait aussi la Sotie et dont le chef prenait le titre de Prince des Sots, fut, avec les Clercs de la basoche et le Enfants sans Souci, une de ces sociétés de jeunes gens épris des jeux scéniques qui se formèrent, vers la fin du quatorzième siècle, pour donner l'essor à leur goût pour le théâtre et lutter, à force de gaîté, de verve et de bonne humeur, contre les tendances à l'austérité et le caractère parfois trop sérieux des mystères et des miracles représentés par les Confrères de la Passion.
Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’en rattachent. Paris 1885. Librairie de Firmin-Didot et Cie

Passée de sots. Dessin du XVIIe siècle
Au XVIe siècle, les soties sont interprétées par les Sots, appelés aussi « Enfants-sans-Souci ». Les Sots fondent leur système de satire sur cette hypothèse que la société tout entière est composée de fous. Par-dessus leur costume, ils revêtent les attributs qui désignent tel ou tel état, telle ou telle fonction : le juge, le soldat, le moine, le noble, etc.