Arènes de la rue Fontaine-au-Roi, 35. Dimanche 22 octobre 1882, à 2 heure. Grande Lutte d’hommes par les plus forts Athlètes du Monde, les Lutteurs des Folies-Bergère. L'invincible PIETRO, proclamé le premier Champion de France. JOURSY, le terrible Lyonnais, François, l’intrépide Bordelais, Henri, l’élégant athlète Parisien Jeux herculéens par M. et Madame Joignerey (artistes de l’hippodrome) Enlèvement par les bras, étant suspendu par les pieds, d’un cheval vivant et de son cavalier, pesant 600 kilos. Exercices du canon par M. et Mme Joignerey Une excellente musique se fera entendre pendant les exercices. Avis – en cas de mauvais temps, la fête sera remise au dimanche suivant. A. Favier, Dessinateur Imprimerie Morris père et fil, Imprimeur En 1882. Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

À la fin des années 1890, les Folies-Bergère ne se contentent plus de danseuses, d’acrobates ou de curiosités : elles accueillent aussi les héros du ring. Cette affiche annonce la venue du boxeur américain James J. Corbett, présenté comme vainqueur de John L. Sullivan et de Charles Mitchell, pour une série limitée de soirées. Corbett (1866–1933), figure majeure de la boxe moderne, fut l’un des premiers champions à incarner une boxe plus technique et plus stratégique, loin des combats à mains nues des décennies précédentes. Sa présence sur une scène parisienne illustre parfaitement la porosité entre sport, spectacle et music-hall à la fin du XIXᵉ siècle : le champion devient attraction, le combat devient numéro. Cette affiche témoigne d’une époque où la lutte et la boxe quittent progressivement les baraques foraines pour entrer dans les grandes salles de divertissement, sous les projecteurs des capitales européennes.

Folies-Bergère... James J. Corbett... : affiche non identifiée.. 1890. Source gallica.bnf.fr / BnF
La lutte à mains plates est particulièrement associée à l'émergence de la lutte gréco-romaine (aussi appelée "lutte française" ou "lutte classique") au XIXe siècle en France. À cette époque, de nombreux sports de combat autorisaient des frappes. La "lutte à mains plates" est née pour se distinguer de ces pratiques plus violentes. L'objectif était de se concentrer sur les prises, les projections, les déséquilibres et la soumission de l'adversaire, plutôt que sur la frappe. En interdisant les coups de poing, cette forme de lutte était perçue comme plus sécuritaire et plus "sportive", mettant l'accent sur la technique, la force et la stratégie. Le terme "lutte à mains plates" ne soit plus couramment utilisé pour désigner la lutte sportive moderne (on parle de lutte gréco-romaine ou de lutte libre), il est essentiel pour comprendre les racines historiques et les principes de ces disciplines. Il met en lumière l'évolution des règles sportives vers une plus grande codification et une emphase sur la technique plutôt que sur la violence pure.

Folies-Bergère...grandes luttes à mains plates. Troupe Pietro : affiche non identifiée. 1883. Source gallica.bnf.fr / BnF.
1900 : Le Grand Prix de lutte aux Folies-Bergère
En 1900, les Folies-Bergère ne se contentent plus de chansons et de revues : elles accueillent aussi la lutte, élevée au rang d’événement international. L’affiche dessinée par Henri-Gabriel Ibels montre deux colosses figés dans un porté spectaculaire, transformant le combat en véritable tableau héroïque. À cette époque, la lutte dite « gréco-romaine » connaît un immense succès populaire. Les champions venus de toute l’Europe s’affrontent devant un public parisien avide de force, d’exotisme et de sensations. Le sport devient spectacle, et le spectacle emprunte au sport son intensité dramatique. Aux Folies-Bergère, la lutte n’est pas seulement un combat : c’est une mise en scène du corps puissant, magnifié par l’affiche, par la lumière et par la foule.

Ibels, Henri-Gabriel (1867-1936). Illustrateur. Grand Prix de lutte de Paris, championnat international aux Folies-Bergère : [affiche] / H.G.Ibels. 1900. Source : gallica.bnf.fr / BnF
À la fin des années 1890, les Folies-Bergère ne reculent devant aucune audace pour attirer le public. L’affiche annonce fièrement : « Le plus nouveau spectacle ! Le kangourou boxeur ». La scène relève autant de la curiosité exotique que du numéro sportif. Le kangourou, ganté comme un véritable pugiliste, affronte un boxeur humain sous le regard amusé — et peut-être incrédule — des spectateurs parisiens. Ce type de numéro mêle fascination pour l’Australie, goût du sensationnel et esprit forain. Le combat n’est pas un véritable affrontement sportif, mais un spectacle réglé, conçu pour surprendre et faire rire. Il témoigne d’une époque où le music-hall s’approprie tout : la lutte, la boxe, l’exotisme… et même les animaux.

À la fin des années 1890, les Folies-Bergère annoncent « Les lutteurs de Stamboul ». Le nom évoque l’Empire ottoman et joue clairement sur l’exotisme, très prisé à la Belle Époque. Stamboul, ancien nom d’Istanbul, devient un argument publicitaire autant qu’une promesse de puissance orientale. L’affiche montre deux corps massifs, saisis dans un mouvement spectaculaire. Plus qu’un simple combat sportif, il s’agit d’un numéro d’attraction. La lutte orientale fascine le public parisien : elle est perçue comme plus ancienne, plus virile, plus « authentique ». Qu’elle soit strictement traditionnelle ou adaptée au goût du music-hall, elle est mise en scène pour frapper les regards. À cette époque, les Folies-Bergère programment régulièrement des exhibitions de force : lutteurs, haltérophiles, boxeurs. La lutte quitte les foires et les arènes populaires pour entrer dans les grands établissements parisiens. Elle devient spectacle, scénographie, affiche colorée. Dans ces images, le combat est réel, mais il est aussi théâtre. Et c’est précisément là que se joue l’histoire : au croisement du sport, de la curiosité et du divertissement.

Les lutteurs de Stamboul. 189.. Source : gallica.bnf.fr / BnF
Le Petit Journal. Supplément illustré. Dimanche 31 mars 1895. Aux Folies-Bergère Lutte entre Pierri et Usouf Ismaïllolo. M. Marchand ne sait quoi imaginer pour intéresser le très nombreux public qui forme sa clientèle. C’est ainsi qu’après et avec des numéros superbes il nous offre des luttes comme on n’en a peut-être jamais vu à Paris. Non content d’avoir fait admirer la vigueur et la souplesse du Grec Pierri, il a fait venir quatre de ces lutteurs que le sultan entretient à grands frais. Les successeurs des gladiateurs de Bysance sont considérés comme imbattables et on les a bien prévenus que si leurs épaules touchaient à Paris ils feraient sagement de ne point revenir à Stamboul. Voici les noms charmants de ces athlètes : Usouf Ismaïllolo, Noviloasanolo, Isouf Mechmedolo et le bulgare Nicolas Petrof. Ce sont des lutteurs de toute première valeur et leurs exploits attirent tout Paris aux Folies-Bergère.

À la fin des années 1870–1890, les Folies-Bergère à Paris ne se contentent plus de chanson et de ballet. L’affiche conservée par la BnF annonce des « Luttes de femmes » : un numéro qui mêle sport, exhibition et curiosité scénique.
La lutte féminine, à cette époque, n’est pas encore un sport codifié comme elle le deviendra au XXe siècle. Elle s’inscrit dans la tradition des attractions de music-hall et des spectacles dits « athlétiques ». Les combattantes portent des tenues courtes, proches du maillot de gymnastique, qui accentuent à la fois la dimension sportive et la dimension spectaculaire du numéro. Le public vient autant pour la performance physique que pour la transgression des codes sociaux : voir des femmes lutter en public constitue alors un renversement des normes de genre. Ces combats sont généralement chorégraphiés ou encadrés, entre démonstration réelle de force et mise en scène théâtrale. Ils s’inscrivent dans une mode plus large des exhibitions de force — lutteurs, haltérophiles, boxeurs — qui fascinent les foules de la Belle Époque. La lutte féminine des music-halls n’est donc ni totalement sportive ni totalement burlesque : elle appartient à cette zone hybride où le corps devient attraction, défi, et objet de curiosité.

Folies-Bergère : luttes de femmes / [Charles Levy]]. 187.-189.. Source : gallica.bnf.fr / BnF
À la fin des années 1890, les Folies-Bergère ne se contentent plus d’opérettes, de ballets ou de numéros exotiques : elles accueillent aussi des champions de boxe. Cette affiche annonce la venue de Peter Jackson, présenté comme « colored champion of the world – champion nègre du monde », formule qui témoigne à la fois de sa renommée internationale et du regard racialisé de l’époque. Né en 1861 et originaire des Antilles britanniques, Peter Jackson est l’un des grands poids lourds de son temps. Son nom circule aux États-Unis, en Angleterre et jusqu’à Paris, où les salles de spectacle exploitent l’engouement pour la boxe moderne. Aux Folies-Bergère, le combat devient attraction, démonstration sportive et curiosité mondaine. L’affiche, conservée par la BnF, montre un athlète au torse sculpté, dans une posture de combat idéalisée. La boxe quitte alors les arènes populaires pour entrer dans le monde du spectacle, brouillant les frontières entre sport, exhibition et divertissement.

Folies-Bergère. Tous les soirs, du 8 au 15 décembre : Peter Jackson, colored champion of the world - champion nègre du monde : affiche non identifiée. 1890. Source gallica.bnf.fr / BnF
Tom Cannon est l’un des lutteurs professionnels les plus célèbres de la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Actif principalement en Grande-Bretagne, il s’impose comme une figure majeure de la lutte dite « professionnelle », à une époque où cette discipline oscille entre compétition réelle, démonstration athlétique et spectacle public. Reconnu pour sa technique, son endurance et sa connaissance des prises, Tom Cannon affronte de nombreux adversaires internationaux, issus aussi bien du monde de la lutte que de celui des hommes forts. Ses combats contribuent à structurer la réputation de la lutte anglaise, alors considérée comme l’une des plus rigoureuses d’Europe. Sa victoire sur l’homme fort français Bazin illustre la différence entre force spectaculaire et maîtrise technique : elle rappelle que la lutte repose moins sur la seule puissance que sur la stratégie, l’équilibre et l’expérience du combat. Tom Cannon incarne ainsi une figure charnière entre sport, spectacle et compétition, à un moment où ces frontières restent encore poreuses. (Voir : Les numéros. Les grandes attractions : Les hommes et femmes canon)

L'homme sur cette photographie est Ursus P. Jankowski (souvent appelé simplement Ursus), un célèbre athlète de force et lutteur professionnel actif au tournant du XXe siècle. Comme l'indique l'inscription sur la carte, il était titré Champion Athlète et Lutteur. Sa renommée s'étendait à travers toute l'Europe de l'Est et l'Asie centrale, couvrant la Russie, la Pologne, le Caucase et le Turkestan. Ursus Jankowski représentait l'archétype de l'homme fort massif de l'époque. Sur cette image, il arbore fièrement de nombreuses médailles et décorations sur son maillot, témoignant de ses victoires répétées dans des tournois de lutte gréco-romaine et des concours de force. Sa moustache en croc et sa stature imposante étaient sa signature. À cette période, les lutteurs comme Jankowski voyageaient de ville en ville, se produisant souvent dans des cirques ou des foires. Ils lançaient des défis au public et réalisaient des démonstrations de force brute, comme soulever des poids énormes ou tordre des barres de fer, entre deux combats de lutte. Il faisait partie de cette génération dorée de lutteurs russes et polonais qui ont dominé la scène internationale avant la Première Guerre mondiale, une époque où la lutte était l'un des sports les plus populaires et les plus suivis au monde.
