01 Jan
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Six hippodromes à Paris au 19e siècle

Au 19e siècle, Paris ne connaît pas un seul hippodrome, mais plusieurs établissements successifs. Tous partagent une même ambition : offrir des spectacles équestres monumentaux capables de rassembler des milliers de spectateurs. Ces vastes arènes couvertes, inspirées de l’Antiquité, dépassent largement les dimensions des théâtres traditionnels.


1845–1856 : Hippodrome de l’Étoile

Hippodrome de l’Étoile – Vue intérieure, gravure publiée peu après l’inauguration du 3 juillet 1845.
Amphithéâtre circulaire pouvant accueillir jusqu’à 12 000 spectateurs, dédié aux pantomimes équestres à grand spectacle.
Source : L’Illustration, Journal universel, 1845 (Bibliothèque nationale de France, Gallica).

1845 : Le 3 juillet, l’Hippodrome de l’Étoile ouvre ses portes sur la place de l’Étoile. Conçu comme un immense amphithéâtre circulaire en bois, il peut accueillir jusqu’à 12 000 spectateurs. Sous la direction de Victor Franconi et Ferdinand Laloue, l’établissement est dédié aux « pantomimes équestres à grand spectacle », mêlant fresques historiques, reconstitutions militaires, courses de chars et cortèges monumentaux. 

1846–1853 : Le succès est immédiat. Les productions mobilisent parfois jusqu’à 300 chevaux et plusieurs centaines de figurants. Le public parisien découvre des spectacles fondés sur l’ampleur visuelle, le mouvement et la mise en scène de batailles célèbres. L’Hippodrome dépasse le cadre du théâtre traditionnel : ici, le texte cède la place à l’action et à l’effet de masse. 

1854 : La pantomime Silistrie, inspirée des combats de la Guerre d’Orient, attire plus de 200 000 spectateurs durant l’été. Ce triomphe confirme l’engouement pour les reconstitutions militaires spectaculaires, en résonance avec l’actualité internationale. 1854–

1856 : Les travaux d’aménagement de la place de l’Étoile entraînent la disparition progressive de l’établissement. L’Hippodrome ferme, mais son modèle spectaculaire survivra dans les implantations suivantes, notamment à la porte Dauphine.


1851–1856 : Arènes impériales de la Bastille

Les Arènes nationales (place de la Bastille), gravure d’après A. Renaud, vers 1852.
Amphithéâtre à ciel ouvert inauguré en 1851, pouvant accueillir près de 14 000 spectateurs.
Source : série « Paris et ses environs », Bibliothèque nationale de France (Gallica).


1851 : Les Arènes impériales sont inaugurées place de la Bastille. Conçues comme un vaste amphithéâtre à ciel ouvert pouvant accueillir près de 14 000 spectateurs, elles constituent le pendant estival de l’Hippodrome de l’Étoile. Leur implantation répond à l’engouement croissant du public parisien pour les spectacles de grande ampleur. 

1852–1854 : Les Arènes accueillent des pantomimes équestres, des reconstitutions historiques et des spectacles militaires mobilisant cavalerie, figurants et décors monumentaux. La configuration à ciel ouvert renforce l’effet de masse et permet des mises en scène encore plus vastes que celles des établissements couverts. 

1854–1856 : Le succès confirme l’attrait du public pour ces spectacles collectifs fondés sur le mouvement, la charge visuelle et la dimension spectaculaire. Toutefois, l’évolution urbaine du quartier et la réorganisation des lieux de divertissement entraînent la disparition des Arènes impériales au milieu des années 1850.


1856–1869 : Hippodrome de la place Dauphine (porte Dauphine / Passy)

Hippodrome de la Porte Dauphine, vue intérieure, gravure vers 1857–1860.
Amphithéâtre couvert du Second Empire, consacré aux fresques historiques et spectacles équestres à grand déploiement.
Source : presse illustrée parisienne, Bibliothèque nationale de France (Gallica).

1856 : Après la disparition de l’Hippodrome de l’Étoile, un nouvel établissement est édifié porte Dauphine, dans la plaine de Passy. Conçu par l’architecte Gabriel Davioud, l’Hippodrome de la place Dauphine reprend le modèle du vaste amphithéâtre circulaire couvert, adapté aux spectacles équestres monumentaux. 

1857–1865 : Sous le Second Empire, l’établissement devient l’un des hauts lieux du spectacle spectaculaire parisien. Il accueille de grandes fresques historiques, des reconstitutions militaires, des charges de cavalerie et des tableaux vivants mobilisant un nombre considérable de chevaux et de figurants. L’architecture couverte permet des représentations en toute saison, consolidant son succès auprès d’un public très large. 

1866–1869 : Si la tradition des pantomimes équestres demeure au cœur de la programmation, l’établissement s’inscrit progressivement dans un paysage des loisirs en mutation. En septembre 1869, un incendie détruit l’Hippodrome de la porte Dauphine, mettant fin à cette implantation emblématique du Second Empire.


1875–1893 : Hippodrome de l’Alma

Vue intérieure de l’Hippodrome du Pont de l’Alma, vers 1877–1880.
Grand établissement couvert pouvant accueillir environ 10 000 spectateurs, consacré aux spectacles équestres monumentaux et fresques historiques.
Source : Musée Carnavalet – Histoire de Paris / Bibliothèque nationale de France.

1875 : Un nouvel Hippodrome est édifié près du pont de l’Alma. Cette implantation marque le retour à un vaste établissement couvert dédié aux spectacles équestres monumentaux. La salle, pouvant accueillir environ 10 000 spectateurs, est conçue pour offrir un spectacle total dans un cadre architectural moderne mêlant métal et grandes verrières. 

1877 : L’établissement ouvre officiellement au public et s’impose rapidement comme l’un des grands lieux de divertissement de la capitale. Sous l’impulsion des entrepreneurs Charles Zidler et Joseph Oller, il dispose d’installations importantes : vastes écuries pouvant abriter près de 200 chevaux, selleries et ateliers pour l’entretien des véhicules de spectacle. 

Années 1880 : L’Hippodrome de l’Alma poursuit la tradition des fresques historiques et des spectacles à grand déploiement : reconstitutions militaires, cortèges, tableaux vivants et charges de cavalerie. Toutefois, l’atmosphère évolue. Le lieu accueille également fêtes, concerts et manifestations mondaines. La frontière entre spectacle équestre et divertissement de cabaret devient plus perméable : des artistes comme Jeanne Avril ou la Goulue s’y produisent avant d’être engagées au Moulin Rouge. 

1893 : À l’expiration de son bail, l’Hippodrome de l’Alma ferme définitivement. Sa disparition marque la fin d’un modèle spectaculaire né au milieu du 19e siècle, fondé sur la démesure, le mouvement et l’effet de masse, à mi-chemin entre cirque monumental et arène antique.


1885–1894 : Hippodrome du Champ-de-Mars

Hippodrome du Champ-de-Mars, façade principale, vers 1885–1890.
Nouvelle tentative d’implanter un grand établissement spectaculaire dans le Paris des Expositions universelles.
Source : presse illustrée parisienne, fin du 19e siècle, Bibliothèque nationale de France.

1885 : Un nouvel Hippodrome est implanté au Champ-de-Mars, dans un secteur marqué par les grandes Expositions universelles et les transformations urbaines de la fin du 19e siècle. L’établissement s’inscrit dans la tradition des vastes arènes couvertes destinées aux spectacles équestres et aux productions monumentales. 

1886–1890 : L’Hippodrome du Champ-de-Mars propose des spectacles mêlant exercices équestres, reconstitutions historiques et divertissements populaires. Toutefois, le contexte culturel évolue : le public parisien se tourne progressivement vers de nouvelles formes de spectacle, notamment le music-hall, les cafés-concerts et les établissements plus intimistes. 

1891–1894 : Malgré des tentatives de renouvellement de la programmation, l’établissement peine à retrouver l’ampleur des succès antérieurs. En 1894, l’Hippodrome du Champ-de-Mars disparaît, confirmant le déclin du modèle spectaculaire fondé sur les grandes fresques militaires et les charges de cavalerie.  


1900 : Hippodrome de la place de Clichy

Ancien Hippodrome de la place de Clichy devenu Gaumont Palace, vers 1911–1914.
Transformé en salle de cinéma au début du 20e siècle, l’édifice conserve dans son architecture monumentale la mémoire de sa vocation initiale d’hippodrome inauguré en 1900.
Source : Musée Carnavalet

1900 : À l’occasion de l’Exposition universelle, un nouvel Hippodrome est inauguré place de Clichy. Conçu pour accueillir environ 5 000 spectateurs, il s’inscrit dans la tradition des grandes arènes couvertes dédiées aux spectacles équestres et aux productions spectaculaires. 

1901–1906 : L’établissement propose encore des exercices équestres et des divertissements de grande ampleur, mais le contexte culturel a profondément changé. Le public parisien s’enthousiasme désormais pour le music-hall, les cafés-concerts et les nouvelles attractions visuelles qui émergent avec le cinéma. 

1907 : L’Hippodrome de la place de Clichy est transformé en salle de cinéma. Cette reconversion illustre l’évolution rapide des loisirs urbains au début du 20e siècle : le spectacle de masse ne disparaît pas, mais il change de forme, passant de l’arène équestre à l’écran.


Ces hippodromes successifs témoignent d’un goût 19e siècle pour la démesure, la mise en scène historique et le spectacle total. À mi-chemin entre le cirque, l’arène antique et le palais des fêtes, ils ont préparé le terrain aux grandes salles de music-hall et aux établissements de divertissement moderne.

Repères chronologiques : 

1845–1856 : Hippodrome de l’Étoile : Premier grand hippodrome parisien (12 000 places). 

1851–1856 : Arènes impériales de la Bastille : Établissement estival à ciel ouvert. 

1856–1869 : Hippodrome de la place Dauphine (porte Dauphine / Passy) : Grand établissement du Second Empire. 

1875–1893 : Hippodrome de l’Alma : 10 000 places, évolution vers un spectacle plus mondain. 

1885–1894 : Hippodrome du Champ-de-Mars : Nouvelle implantation spectaculaire. 

1900–1907 : Hippodrome de la place de Clichy : Devient cinéma en 1907.

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