Le théâtre, le cirque, l’opéra et le music-hall n’ont pas seulement vécu sur les scènes : ils ont aussi vécu sur les toiles. Depuis que les salles s’illuminent et que les foules se pressent aux portes des théâtres, des cirques et des cafés-concerts, les peintres observent. Ils regardent la scène, bien sûr, mais aussi les artistes, les coulisses, les loges, les regards du public, les silences avant l’entrée en scène. Ils peignent la lumière artificielle, les costumes, la tension, la fatigue, la grâce, tout ce qui ne dure qu’un instant et que la toile rend immobile.

La classe de danse 1874. Edgar Degas
Le spectacle offre aux artistes un terrain d’expérimentation unique : contrastes violents de lumière, mouvement suspendu, visages transformés par le maquillage, foule attentive ou distraite. Il permet aussi d’explorer autre chose que le divertissement : la condition de l’artiste, la fragilité du corps, la solitude sous les projecteurs, la comédie sociale qui se joue autant dans la salle que sur la scène.
Pour parcourir ces regards, j’ai choisi une traversée en deux temps. D’abord, trois chemins pour approcher le spectacle : la scène en train de se jouer, les artistes qui l’incarnent, puis les coulisses et le public, là où le théâtre devient parfois miroir du monde. Un même peintre pourrait appartenir à plusieurs de ces espaces, mais cette approche permet d’entrer progressivement dans la salle, puis d’en franchir le rideau.

Une loge de théâtre 1889. Henri de Toulouse-Lautrec
Ensuite viennent quatre grandes figures pour qui le spectacle ne fut pas un simple sujet, mais un véritable territoire artistique : Dame Laura Knight et son cirque vivant, Edgar Degas et la danse observée au plus près, Henri de Toulouse-Lautrec et la modernité électrique des nuits parisiennes, Pablo Picasso et ses saltimbanques mélancoliques. Chez eux, le spectacle devient langage personnel, presque autobiographique. Ces peintres sont, eux aussi, des artistes du spectacle, non pas sur les planches, mais dans le silence de l’atelier, attentifs, comme les comédiens et les danseurs, à ce fragile instant où tout se joue.
Entre le chevalet et le rideau levé, le spectacle ne s’est pas éteint ; il s’est simplement déposé sur la toile, immobile en apparence, mais encore traversé de lumière et de mémoire.

Famille de Saltimbanques 1905. Pablo Picasso
Bien sûr, les œuvres que vous découvrez ici ne remplacent pas la rencontre avec la toile elle-même. Rien ne vaut la matière de la peinture, l’échelle d’un tableau, la vibration d’une lumière observée de près, dans le silence d’un musée ou d’une salle d’exposition.
Ces images sont une première porte entrouverte, une invitation. Si elles éveillent votre curiosité, si elles vous donnent l’envie d’aller voir ces œuvres « en vrai », alors le voyage aura déjà commencé.