Figure majeure de la modernité picturale du 19ᵉ siècle, il ouvre la voie à une nouvelle manière de regarder le monde contemporain. Édouard Manet s’intéresse très tôt aux lieux de divertissement parisiens : cafés, théâtres, concerts, Folies-Bergère. Ce qui l’attire n’est pas seulement la scène, mais le jeu complexe des regards entre l’artiste, le spectateur et le peintre lui-même.
Dans ses scènes de café-concert, la lumière artificielle découpe les silhouettes, isole les figures, crée une distance subtile. Les personnages semblent présents et pourtant ailleurs, absorbés dans leurs pensées ou confrontés à leur propre reflet. Son œuvre marque une rupture. Le spectacle n’est plus idéalisé ni théâtralisé : il devient fragment de vie moderne. Chez lui, la scène et la salle se confondent, et le regard du spectateur fait partie intégrante de la composition. Avec Manet, le spectacle entre pleinement dans la peinture comme sujet de son temps, lucide, direct, résolument moderne.

Le Bar aux Folies-Bergère (1882)
Peint en 1882, un an avant sa mort, ce tableau est l’une de ses œuvres majeures.
Une serveuse se tient derrière un comptoir chargé de bouteilles. Derrière elle, un miroir reflète la salle des Folies-Bergère, avec ses lumières, son agitation, et un client dont la position trouble la perspective. Tout est modernité :
la lumière artificielle, la solitude au cœur de la foule, le spectacle vu depuis les coulisses du divertissement. Manet ne peint pas seulement une scène mondaine ; il peint la vie urbaine de son temps, ses illusions, ses reflets, ses ambiguïtés.

Autoportrait (vers 1878–1879)
Membre fondateur du groupe expressionniste Die Brücke, il s’impose comme l’une des figures majeures de l’avant-garde allemande du début du 20ᵉ siècle. Ernst Ludwig Kirchner s’intéresse très tôt aux lieux de divertissement urbains : cabarets, théâtres, scènes animées des grandes villes.
Ce qui l’attire n’est pas seulement le spectacle lui-même, mais l’énergie électrique qui circule entre la scène et la salle. Il peint des figures anguleuses, des lumières violentes, des couleurs acides. Les corps semblent vibrer, parfois se déformer sous l’intensité des éclairages artificiels. La scène devient un espace nerveux, presque instable. Son œuvre évolue au rythme des bouleversements du siècle. Derrière la représentation, on perçoit la tension de la modernité. Chez lui, le spectacle n’est pas décoratif : il est le reflet d’un monde en mutation.

Tanz im Varieté (Danse au cabaret / au théâtre de variétés)( vers 1911–1912)
Dans cette scène intérieure, Kirchner représente un espace de danse ou de cabaret bondé. Les figures sont serrées, presque compressées dans la composition. Les corps s’enlacent, se frôlent, se heurtent. Les visages anguleux, peints en verts, rouges, violets acides, traduisent une tension presque électrique. Les couleurs vibrent violemment : rose incandescent du sol, rouge des murs, éclairs de jaune et de vert. Le lieu du spectacle devient un espace d’intensité humaine.
Ce n’est pas une scène harmonieuse : c’est une modernité agitée, fiévreuse, où la danse semble à la fois fête et vertige.

Autoportrait 1915
Peint pendant la Première Guerre mondiale, cet autoportrait est l’un des plus célèbres de l’expressionnisme allemand. Kirchner se représente en uniforme, la main droite coupée — image symbolique de la mutilation intérieure qu’il ressent face à la guerre. Le regard est fixe, inquiet. Les couleurs sont acides, violentes.
Derrière lui, un modèle nu apparaît comme un souvenir d’atelier, un monde artistique menacé. Ce tableau n’est pas un simple portrait : c’est une déclaration d’angoisse et de rupture.
Peintre associé au cubisme puis aux recherches modernes du début du 20ᵉ siècle, il développe un langage plastique très personnel. Fernand Léger voit dans le spectacle un espace de formes et de rythmes. Il s’intéresse aux corps en mouvement, aux contrastes nets, aux volumes simplifiés. La scène devient presque mécanique, structurée par des lignes puissantes et des couleurs franches.
Ce qui le fascine, c’est la modernité visuelle : projecteurs, décors stylisés, silhouettes fragmentées. Il ne cherche pas le détail intime, mais la composition dynamique. Son œuvre évolue vers une célébration du monde contemporain. Chez lui, le spectacle participe d’une esthétique moderne, où l’homme et la machine dialoguent dans un même espace visuel.

Les Acrobates dans le cirque. 1918
Fernand Léger transforme la piste en architecture. Les acrobates ne sont plus des corps souples, mais des volumes cylindriques, presque métalliques, emboîtés comme des pièces de machine. Rouge, jaune, noir, blanc : les couleurs claquent avec netteté. Le cirque populaire devient ici le théâtre de la modernité. Le mouvement n’est plus seulement grâce : il devient rythme, construction et énergie.

Autoportrait vers 1905–1906
Géza Faragó (1877–1928) est un peintre et illustrateur hongrois, actif au début du 20ᵉ siècle. Connu pour ses affiches et ses scènes élégantes marquées par l’Art nouveau et le symbolisme, il s’intéresse aussi au monde du théâtre. Son œuvre mêle décor stylisé, atmosphère nocturne et goût pour la mise en scène, traduisant l’esthétique raffinée et parfois mélancolique des spectacles de son époque.

Teaterscen (Scène de théâtre). vers 1910–1915
Dans cette composition sombre et dramatique, trois comédiens se tiennent au bord de la scène, main dans la main, éclairés par une lumière presque irréelle. Derrière eux, le rideau plonge l’espace dans l’ombre. Faragó saisit l’instant fragile du salut, lorsque la fiction vient de s’achever. Le théâtre apparaît ici comme un monde suspendu entre lumière et obscurité, entre illusion et réalité.
Installé à Paris au début du 20ᵉ siècle, il développe un univers immédiatement reconnaissable, fait de couleurs intenses et de figures en suspension. Marc Chagall s’intéresse très tôt au monde du théâtre, du cirque et de l’opéra. Il ne se contente pas de les peindre : il crée aussi des décors et des costumes, notamment pour le ballet et l’Opéra de Paris. Le spectacle devient pour lui un espace de poésie et de rêve. Ce qui le fascine, ce sont les acrobates, les musiciens, les amoureux flottant au-dessus de la scène, les chevaux et les clowns qui semblent échapper à la pesanteur. La réalité se mêle au souvenir, au folklore, à l’imaginaire.
Son œuvre traverse les bouleversements du siècle, l’exil, la guerre, sans jamais perdre cette dimension onirique. Chez lui, le spectacle n’est pas seulement représentation : il devient monde intérieur, mémoire vivante et célébration lumineuse de la création.

Le Grand Cirque. 1956
Dans cette grande composition lumineuse, la piste du cirque devient un monde suspendu. Acrobates, écuyères, clowns et musiciens flottent dans un tourbillon de bleus, de verts et de rouges. Les corps semblent légers, presque libérés de la gravité. Au centre, la lumière rayonne comme une apparition. Les figures ne sont pas décrites avec précision réaliste : elles émergent comme des souvenirs ou des visions. Chez Chagall, le cirque n’est pas seulement un spectacle populaire.
Il devient poésie, rêve, mémoire d’enfance et célébration de la vie.

Le plafond de l’Opéra Garnier
En 1964, Chagall réalise le plafond de l’Opéra Garnier.
Une immense composition circulaire où compositeurs et personnages d’opéra tourbillonnent dans un ciel éclatant. Ici, le théâtre devient cosmos.
La musique, la couleur et le mouvement ne font plus qu’un.

Autoportrait : Moi et le village. 1911
Figure majeure de l’impressionnisme allemand, il joue un rôle déterminant dans l’ouverture de l’art allemand aux courants modernes européens, notamment à travers la Sécession berlinoise qu’il préside à partir de 1899. Max Liebermann s’intéresse aux scènes de la vie contemporaine, aux loisirs, aux espaces publics. Ce qui le fascine, c’est l’atmosphère, la vibration de la lumière et la présence humaine saisie dans son immédiateté. Son œuvre privilégie la sensation plutôt que le détail. Chez lui, le spectacle n’est pas seulement un événement mondain : il devient expérience collective, baignée de lumière et d’émotion partagée.

Concert à l’Opéra
La scène est à peine visible, noyée dans une lumière dorée qui se diffuse vers la salle. Les visages des spectateurs, vus de profil ou de dos, forment une masse attentive tournée vers l’éclat du plateau. Liebermann s’attache moins aux musiciens qu’à l’atmosphère vibrante du moment. La touche libre, presque fluide, restitue le murmure collectif d’une salle absorbée par la musique, où la lumière devient véritable protagoniste.

Autoportrait vers 1913–1916
Peintre associé au fauvisme puis à un style plus personnel, il développe une écriture légère et lumineuse. Raoul Dufy s’intéresse aux concerts, aux scènes musicales, aux fêtes et aux représentations théâtrales. Il peint la scène avec une touche libre, presque musicale. Ce qui le captive, c’est la couleur, le rythme, la joie visuelle. Les formes semblent danser, les lignes vibrer comme une partition. Son œuvre donne au spectacle une dimension festive et harmonieuse. Chez lui, la scène devient célébration, légère et lumineuse, d’un monde animé par la musique et le mouvement.

Le Cirque. 1934
Au centre de la piste éclatante d’un jaune lumineux, un écuyer en habit rouge et haut-de-forme dirige son cheval dans un mouvement souple. La composition est simple, presque théâtrale : une grande courbe rose suggère la balustrade, derrière laquelle le public est esquissé d’un trait rapide, presque calligraphique. Dufy ne cherche pas le détail réaliste. Il privilégie la couleur, la légèreté, l’instant.
La piste devient un cercle de lumière, le spectacle une fête visuelle. Chez lui, le cirque n’est ni dramatique ni mécanique : il est rythme, élégance et joie.

Autoportrait 1898