01 Jan
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Antoine Watteau (1684–1721)

Peintre du début du 18ᵉ siècle, il est aujourd’hui associé aux fêtes galantes et à une sensibilité nouvelle, plus subtile et mélancolique. Antoine Watteau s’intéresse aux comédiens italiens, aux figures d’Arlequin, de Pierrot, aux scènes inspirées du théâtre de la commedia dell’arte. Ce qui l’attire n’est pas seulement le costume ou la posture, mais l’atmosphère fragile qui entoure ces personnages.

Ses figures semblent à la fois jouer et rêver. Elles sont présentes sur la scène, mais déjà ailleurs, comme suspendues dans un instant d’attente ou de silence. La lumière est douce, les gestes retenus, les regards souvent empreints de mélancolie. Son œuvre introduit une dimension nouvelle dans la représentation du spectacle : moins éclatante que les grandes mises en scène officielles, plus intime, presque introspective. Chez lui, le théâtre devient poésie visuelle, entre grâce et nostalgie.

Les Comédiens italiens, vers 1720 

Ici, la troupe entière apparaît, réunie dans un décor à la fois réel et stylisé. Costumes éclatants, gestes théâtraux, attitudes suspendues : on sent la scène, mais aussi l’après-scène.
Watteau ne peint pas une représentation précise ; il peint l’esprit du spectacle.


Autoportrait vers 1716–1718


Everett Shinn (1876–1953)

Membre du groupe des Ashcan School, il s’attache à représenter la vie urbaine américaine du début du 20ᵉ siècle. Everett Shinn est fasciné par les théâtres et les scènes de Broadway. Il observe les spectacles, mais aussi l’architecture des salles, les balcons, les lustres, l’atmosphère vibrante des représentations. Ce qui le captive, c’est l’instant lumineux : la scène éclatante face à la pénombre du public. Il peint les théâtres comme des écrins de lumière, où le regard circule entre les acteurs et les spectateurs. Son œuvre témoigne d’une modernité américaine émergente. Le spectacle y devient symbole de la grande ville, de son énergie et de son désir de divertissement.

Scène de concert, 1905 

Une jeune interprète en robe bleu profond se détache sous la lumière de la scène. Son corps légèrement penché, le regard tourné vers le public, elle semble suspendue entre mouvement et silence, tandis que l’orchestre apparaît dans l’ombre au premier plan. La touche rapide d’Everett Shinn capte l’éclat des projecteurs et l’atmosphère vibrante de la salle. Le décor reste esquissé : l’essentiel est dans la lumière qui isole la figure et transforme l’instant en apparition.


Spectatrices au théâtre (vers 1906–1908) 

Dans cette scène vue en plongée, Shinn place le regard au niveau du balcon. Trois jeunes femmes, coiffées de larges chapeaux, se penchent vers la scène invisible. La rampe décorée, les lumières floues et les tons poudrés créent une atmosphère vibrante et légèrement brumeuse. La scène elle-même n’apparaît pas : ce sont les spectatrices qui deviennent le véritable sujet. Shinn capte l’élégance mondaine et la concentration silencieuse d’un instant suspendu. Le théâtre n’est plus seulement un spectacle, mais un lieu d’observation sociale et d’émotion partagée.


Autoportrait 1901


Georges Rouault (1871–1958)

Formé d’abord comme apprenti verrier, il garde toute sa vie le goût des contours épais et des couleurs profondes. Georges Rouault s’intéresse aux figures du cirque et du théâtre, notamment aux clowns, aux juges, aux prostituées, aux artistes marginalisés. Ce qui l’attire n’est pas le spectacle éclatant, mais la vérité humaine dissimulée sous le maquillage.

Les visages sont graves, souvent mélancoliques. Le clown devient figure tragique, presque spirituelle. La lumière ne flatte pas : elle révèle les failles. Son œuvre évolue vers une expression de plus en plus intérieure. Chez lui, le spectacle n’est plus divertissement, mais méditation sur la condition humaine, entre masque et vérité.

Le Vieux Clown (vers 1917–1920) 

Le visage est lourd, marqué, presque fatigué. Les couleurs, rouges profonds, bleus sombres, vibrent sous un réseau de contours noirs.
Ce clown ne fait pas rire. Il regarde. Il porte la solitude derrière le maquillage. Rouault transforme la figure du spectacle en image de la condition humaine.


Autoportrait 1944


Jean Béraud (1849–1935)

Peintre attentif à la vie mondaine de la capitale, il devient l’un des observateurs les plus précis de la société parisienne de la fin du 19ᵉ siècle. Jean Béraud s’intéresse aux théâtres, aux loges, aux soirées élégantes, aux entractes où se croisent artistes, spectateurs et personnalités du monde. Ce qui l’attire n’est pas seulement la scène, mais l’espace social qu’elle crée autour d’elle.

Il peint les foyers illuminés, les couloirs feutrés, les conversations discrètes, les regards échangés entre deux actes. Les costumes sont soignés, les attitudes naturelles, presque prises sur le vif. Son œuvre restitue le spectacle comme phénomène mondain et urbain. Chez lui, le théâtre ne s’arrête pas au rideau : il se prolonge dans la salle, dans les loges, dans cette société qui vient autant se montrer que regarder.

Représentation au Théâtre des Variétés (vers 1885–1890)

 Dans cette scène animée du Théâtre des Variétés, Jean Béraud capte la vie mondaine parisienne avec précision et vivacité. L’orchestre occupe le premier plan, tandis que sur le côté de la scène deux enfants semblent participer au spectacle, baignés dans une lumière chaude. Mais, fidèle à Béraud, le véritable sujet n’est pas uniquement la scène. Les loges, les regards, les silhouettes penchées au balcon composent un second spectacle. Le théâtre devient un lieu social, où l’on vient autant voir que se montrer.


Autoportrait 1909

Note : Le nom complet de l’artiste est Jean-Georges Béraud. Il est toutefois le plus souvent mentionné et signé simplement « Jean Béraud » dans les catalogues et les musées.


Joseph Lorusso (1966– )

Joseph Lorusso est un peintre figuratif contemporain reconnu pour ses scènes intimes, souvent baignées d’une lumière chaude et théâtrale. Son travail s’inscrit dans une tradition figurative assumée, attentive aux gestes, aux silences et aux relations humaines. Il peint des instants suspendus : cafés, salons, intérieurs feutrés, scènes de spectacle. Chez lui, la lumière devient presque tactile, enveloppant les personnages d’une atmosphère sensuelle et contemplative.

Scène au théâtre (vers 2005) 

Dans cette composition, deux femmes observent la scène à l’aide de jumelles de théâtre. L’une tient un éventail entrouvert, l’autre se penche légèrement, absorbée par ce qu’elle voit hors champ. La scène reste invisible. Ce sont les regards et la tension discrète des gestes qui font le tableau. Le théâtre devient lieu d’observation autant que de représentation, espace de curiosité, de désir et de présence.


Philip Pearlstein (1924–2022)

Peintre américain majeur du 20ᵉ siècle, il s’impose à partir des années 1960 comme l’une des figures centrales du renouveau figuratif américain. Connu pour ses nus traités avec une précision frontale et sans idéalisation, Philip Pearlstein développe une peinture attentive au réel, débarrassée d’effets dramatiques. Ami de jeunesse d’Andy Warhol à Pittsburgh, il traverse les courants dominants de son époque en affirmant un regard indépendant, rigoureux et profondément observateur.

Andy Warhol at the Opera, vers 1948 

Dans cette scène vibrante, le jeune Andy Warhol apparaît de profil, penché vers la scène illuminée. Les balcons rouges et dorés enveloppent la salle d’une lumière chaude, tandis que la scène, minuscule au loin, semble presque irréelle. Philip Pearlstein concentre le regard sur les spectateurs autant que sur le spectacle. Les visages absorbés dominent la composition : l’opéra devient moins une représentation qu’une expérience visuelle, où l’on regarde autant qu’on est regardé.


Autoportrait 1986


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