Installé à Paris au début du 20ᵉ siècle, il adopte le nom de sa mère, Pablo Picasso (1881–1973), pour signer son œuvre. Au début du siècle, Picasso traverse ce que l’on appellera plus tard sa période “rose”. Il s’intéresse alors aux saltimbanques, aux acrobates, aux arlequins, ces figures itinérantes du cirque qui vivent en marge et sous les projecteurs à la fois. Ce qui le touche n’est pas tant l’éclat du spectacle que la solitude de l’artiste. Les corps sont graciles, les regards souvent mélancoliques. Le cirque devient une métaphore silencieuse de la condition humaine : être vu, applaudi, mais profondément seul.
Son œuvre évoluera vers d’autres ruptures majeures de l’histoire de l’art, mais cette période consacrée au monde du cirque demeure essentielle. Elle révèle déjà son regard singulier : le spectacle n’est plus seulement un décor, il devient symbole, questionnement, miroir intérieur.

Les Saltimbanques (1905)
Dans Les Saltimbanques, Picasso montre une troupe de cirque isolée dans un paysage presque vide. Les figures semblent proches mais séparées, comme suspendues hors du temps. Le spectacle devient solitude, fragilité, poésie mélancolique

Arlequin au café, vers 1901–1905
Dans cette scène de la période rose, Picasso représente un arlequin assis à une table, costume à losanges éclatants, visage grave et presque figé. À ses côtés, une femme élégante détourne le regard, tandis qu’un musicien joue en arrière-plan. Le décor évoque un café ou un cabaret, mais l’atmosphère reste silencieuse, presque mélancolique. Derrière les couleurs vives du costume, l’arlequin apparaît solitaire, comme suspendu entre le rôle qu’il incarne et la fragilité de l’homme qu’il demeure.

Autoportrait de 1907