
Les phoques artistes du music-hall (vers 1880–1900)
À partir des années 1880, les phoques deviennent des vedettes inattendues des scènes européennes, notamment dans les grands établissements de music-hall. Leur succès tient à une particularité rare chez les animaux de spectacle : ils évoluent avec aisance aussi bien dans l’eau que sur terre, ce qui permet des numéros variés mêlant bassins, estrades et accessoires. Leur dressage repose sur des exercices d’équilibre, de manipulation d’objets et de coordination collective. Les phoques apprennent à tenir un ballon sur le museau, à déplacer des objets, à “jouer” d’un instrument rudimentaire ou à participer à de petites scènes mimées. Le public est séduit par leur souplesse, leur regard expressif et leur apparente bonhomie.

Folies-Bergère. Immense succès tous les soirs Les phoques... : Affiche non identifiée. 1885. Source : gallica.bnf.fr / BnF
Le numéro repose souvent sur l’anthropomorphisme : on prête au phoque des attitudes humaines — musicien, sauveteur, pêcheur — créant un contraste comique entre l’animal marin et les gestes de la vie quotidienne. Ce n’est pas tant la performance technique qui fascine que cette illusion d’intelligence et de participation. Ces spectacles s’inscrivent dans une époque passionnée par la question de l’apprentissage animal et des frontières entre instinct et raison. Les animaux savants alimentent autant le divertissement populaire que les discussions scientifiques de la fin du 19ᵉ siècle.
Comme pour d’autres animaux de piste, la sensibilité contemporaine invite aujourd’hui à relire ces pratiques avec distance. Mais dans l’histoire du spectacle, les phoques occupent une place singulière : celle d’artistes marins ayant su conquérir la scène urbaine et participer, à leur manière, à l’essor du grand divertissement moderne.