Honoré Daumier

Honoré Daumier et le théâtre : la comédie humaine en coulisses

Au 19e siècle, Honoré Daumier (1808–1879) observe le théâtre comme il observe la politique : avec un œil aigu, ironique et profondément humain. Collaborateur régulier de journaux satiriques tels que Le Charivari, il croque la scène parisienne dans toute sa vérité — celle des acteurs, des spectateurs… et des illusions.

Chez Daumier, le théâtre n’est pas seulement le lieu de la représentation, mais celui du dévoilement. Il dessine les comédiens en répétition, les tragédiennes exaltées, les acteurs emphatiques, les directeurs calculateurs. Il montre aussi les spectateurs : bourgeois assoupis, amateurs trop enthousiastes, dandys distraits. La salle devient un miroir social.

Ses séries comme Croquis pris au théâtre ou Les Comédiens de société révèlent un univers à la fois comique et mélancolique. Les corps sont parfois lourds, les gestes excessifs, les expressions caricaturales, mais jamais gratuites. Derrière l’humour, Daumier capte la fragilité des ambitions, la vanité des poses, la sincérité des émotions.

Il aime particulièrement les moments intermédiaires : la répétition, l’attente en coulisses, la fin d’une tirade. Là, le masque tombe. L’acteur redevient homme ou femme, vulnérable, concentré, fatigué. Le théâtre devient alors une métaphore de la société tout entière : chacun y joue son rôle.

À travers ses dessins, Daumier nous laisse une chronique précieuse de la vie théâtrale parisienne vers 1830–1870. Un regard libre, parfois mordant, mais toujours habité par une profonde compréhension de la comédie humaine.

Et dans ses croquis, entre deux éclats de rire, on entend presque les murmures des coulisses.


Au théâtre Français. 

Le théâtre ne se joue pas seulement sur scène. À force de solennité et de grands sentiments, l’émotion s’épuise, l’attention flanche, et le public décroche. L’image pointe avec ironie ce décalage discret entre la tragédie proclamée et la réalité des spectateurs, rappelant que même les chefs-d’œuvre peuvent lasser quand le rideau tarde à tomber.

Actualités. 577 . Au théâtre Français. - Voyons, mon ami..., allons nous-en ! .... je t'assure que L'OEDIPE-ROI est fini!...... Daumier, Honoré , Dessinateur-lithographe Martinet (imprimeur-libraire) , Editeur Destouches, Pierre Louis Hippolyte , Imprimeur-lithographe 8-11-1858 Musée Carnavalet, Histoire de Paris


Ballet de cul-de-jattes

Cette lithographie, publiée chez Martinet et imprimée par Destouches, s’inscrit pleinement dans la grande tradition de la caricature théâtrale du XIXᵉ siècle. Longtemps attribuée à Honoré Daumier, elle en partage incontestablement les thèmes et le regard : satire des convenances, critique de la morale bourgeoise et mise en scène de situations absurdes révélant l’hypocrisie sociale. La scène montre un directeur cherchant à concilier spectacle et respectabilité, organisant un ballet où les danseuses, entravées par d’imposants jupons, se meuvent dans une chorégraphie impossible. Le comique naît précisément de cette contradiction : vouloir montrer sans montrer, séduire sans choquer.
Qu’elle soit de la main de Daumier ou issue de son cercle, l’image témoigne de cette ironie mordante propre aux caricaturistes de l’époque, où le théâtre devient un miroir grinçant des mœurs, des peurs et des faux-semblants de la société.

Les imprimés de danse du Charivari (entre 1833 – 1869) Bibliothèque publique de New York


Déesse mais pas fière Humour

Cette scène théâtrale joue sur l’écart entre le rôle proclamé et la réalité visible. L’actrice, emportée par l’élan tragique de son texte — « la mort seule pourra me séparer de mon enfant » serre dans ses bras non pas un nourrisson, mais un volumineux édredon. Le pathétique du discours se heurte ainsi au trivial de l’accessoire, révélant toute la mécanique de l’illusion théâtrale.

Le dessin s’inscrit dans la grande tradition de la caricature du XIXᵉ siècle, attentive aux coulisses, aux répétitions et aux artifices du jeu dramatique. Le regard porté n’est ni cruel ni moqueur, mais finement ironique : il observe les excès de la déclamation, les conventions du théâtre bourgeois et la distance parfois comique entre le texte et ce que la scène donne réellement à voir.

Souvent rapprochée de l’œuvre de Honoré Daumier, cette image lui est toutefois attribuée avec réserve. Le style, le sujet et l’intention rappellent fortement ses Croquis pris au théâtre, sans qu’une attribution formelle et incontestable puisse être affirmée .


Répétition d'une pièce dramatique

En pleine répétition, l’actrice déclame avec emphase une tirade déchirante, serrant contre elle ce qui devrait être son enfant. Mais dans ses bras, ce n’est qu’un édredon, lourd et informe. Par ce détail volontairement prosaïque, Honoré Daumier pointe la mécanique du jeu dramatique : avant l’illusion de la scène, il y a l’apprentissage, la répétition, l’objet de fortune qui remplace l’émotion réelle. Le pathétique naît ici du décalage, entre la grandeur des mots et la trivialité de ce qu’ils incarnent provisoirement.

Répétition d'une pièce dramatique. Daumier, Honoré , Dessinateur-lithographe. Destouches, Pierre Louis Hippolyte , Imprimeur-lithographe Martinet (imprimeur-libraire) , Editeur. En 1858 Musée Carnavalet, Histoire de Paris Illustration : ‘-Non barbare ! … la mort seule pourra me séparer de mon enfant ! ...’