Entre frisson et maîtrise absolue, les lanceurs de couteaux, de haches et les avaleurs de sabre appartiennent à cette famille d’artistes qui jouent avec la peur… sans jamais la laisser gagner. Leur art repose sur une précision millimétrée, une discipline rigoureuse et une confiance totale — envers leur partenaire, envers leur geste, envers leur corps. Le lanceur trace une trajectoire invisible dans l’air.
L’avaleur, lui, transforme son propre corps en scène. Ces numéros apparaissent dans les foires européennes dès le XVIIIe siècle et deviennent incontournables dans les cirques, les théâtres de variétés et les music-halls du XIXe siècle. Ils côtoient les acrobates, les dresseurs, les illusionnistes et les “phénomènes”, partageant le même objectif : provoquer l’émotion immédiate.
Le lancer de couteaux est souvent associé aux traditions foraines et aux spectacles dits “de tir”, héritiers des démonstrations d’adresse militaires.
Quant à l’avalement de sabre, il trouve ses origines bien plus anciennes, notamment dans des pratiques rituelles d’Asie du Sud, avant d’être adopté par les spectacles occidentaux au XIXe siècle.

Cette image n’est pas un document historique, mais une création contemporaine inspirée de l’esthétique des numéros de ‘cible vivante’.
Contrairement à certaines illusions scéniques, ces disciplines ne relèvent pas uniquement du trucage.
L’avalement de sabre, par exemple, est une pratique réelle nécessitant un entraînement spécifique du corps et une connaissance anatomique précise.
De même, le lancer de couteaux repose sur la rotation contrôlée de la lame et sur une distance calibrée avec exactitude. Derrière le spectaculaire, il y a une technique.
Car au fond, le public ne vient pas seulement voir un couteau voler ou une lame disparaître.
Il vient sentir, l’espace d’un instant, le frisson du risque… parfaitement maîtrisé.
Dans le cadre rustique d’une scène de foire, une artiste à la posture altière défie le danger avec une élégance imperturbable. Son identité n’est pas documentée avec certitude, mais elle incarne la figure emblématique de la « cible vivante » du tournant des années 1890–1910. Appuyée contre un large panneau de bois brut, elle croise les bras avec assurance tandis que des couteaux, fichés tout autour de son corps, dessinent sa silhouette avec une précision redoutable. La richesse de son costume contraste avec la violence potentielle du geste : ici, l’immobilité devient un art, et le sang-froid une discipline.

Juan Caicedo (Mexique ? – États-Unis ?). Vers 1890-1905
Ces photographies, réalisées par le studio J. J. Gintner à Buffalo (New York), présentent un duo de lanceur de couteaux actif à la fin du XIXᵉ siècle, très probablement entre 1888 et 1895. Le numéro est typique des spectacles de foire et du vaudeville américain : un lanceur, souvent costumé dans un style évoquant l’Espagne ou le Mexique — esthétique prisée à l’époque pour accentuer l’exotisme et le danger — projette couteaux ou haches autour de sa partenaire, immobile contre une planche de bois. La disposition en spirale ou en éventail des lames témoigne d’un effet visuel soigneusement mis en scène, destiné autant à impressionner le public qu’à produire une image forte pour la promotion.

Le numéro présenté appartient à la tradition spectaculaire dite de la “knife throwing act” :
– la partenaire est placée contre une planche verticale,
– les couteaux sont lancés autour du corps, parfois entre les membres,
– le danger est réel, même si la mise en scène accentue la tension dramatique.

Dans certaines images, on distingue également des haches, ce qui suggère un numéro élargi mêlant différentes armes blanches. L’esthétique du duo — costume folklorisant du lanceur, robe ornée pour la partenaire — correspond à une mise en scène exotisée fréquente dans les spectacles nord-américains de l’époque, où l’origine “mexicaine” était souvent soulignée pour renforcer l’attrait sensationnel du numéro.

Il est cependant important de noter que :
l’identification à Juan Caicedo repose sur des recoupements iconographiques et des mentions secondaires ;
aucune source biographique exhaustive ne permet, à ce stade, d’établir une certitude absolue. Comme souvent dans l’histoire des arts forains, les artistes étaient parfois célèbres en leur temps… puis presque entièrement oubliés, ne survivant que par quelques cartes photographiques.

Cette photographie semble s’inscrire dans l’esthétique des spectacles forains et du vaudeville du début du 20e siècle, période où les numéros d’arts du risque étaient souvent mis en scène avec une forte dimension visuelle et symbolique. L’artiste pose devant un éventail d’épées disposées en halo derrière elle. Il s’agit très probablement d’une composition de studio destinée à évoquer la maîtrise du danger plutôt qu’un instant capté en pleine performance. L’appellation « The Sword Maiden » ou un rattachement à une troupe spécifique (type Walters) circule parfois dans certaines archives ou bases iconographiques, mais ces identifications demandent confirmation documentaire solide (affiche, programme, mention nominative). L’esthétique drapée, inspirée de l’Antiquité, correspond à une pratique fréquente dans les spectacles du tournant 1900–1930 : donner aux numéros d’armes une dimension « artistique » ou « classique », plus noble que la simple attraction foraine.

Cette image montre une « cible vivante » dans une version modernisée du numéro de lancer de couteaux, probablement années 1920–1930.
Le décor géométrique éclairé à l’électricité et l’esthétique de revue situent la scène dans l’univers du music-hall, où le danger spectaculaire devient mise en lumière théâtrale.

Lanceuse de haches et de couteaux. États-Unis ? Vers 1920–1930.
Photographie probablement issue d’un cirque ou d’un sideshow itinérant américain. L’esthétique du décor peint, la typographie visible à l’arrière-plan et le style vestimentaire situent vraisemblablement la scène dans l’entre-deux-guerres. Le numéro repose sur un classique des arts du risque : l’assistant attaché contre une cible de bois, tandis que la lanceuse projette haches et couteaux à quelques centimètres du corps. Le danger réel — même maîtrisé — constitue l’essence même de la tension dramatique. La posture du partenaire, à la fois résigné et théâtral, participe au jeu scénique autant que la précision technique de l’artiste. Il pourrait s’agir d’une photographie promotionnelle destinée à attirer le public, plus que d’un instant pris pendant la représentation elle-même. Aucun nom n’est associé à cette image à ce jour. Comme souvent dans l’histoire des spectacles populaires, les visages nous parviennent, mais les patronymes se sont effacés.

Notes : Cette photographie, souvent attribuée à tort à un tournage hollywoodien, semble en réalité provenir d’un numéro de cirque ou de fête foraine américaine des années 1930 ou 1940.
Sally the Swallower. XXIᵉ siècle.
Dans l’éclat des projecteurs contemporains, l’artiste connue sous le nom de scène Sally the Swallower perpétue une tradition dont les origines remontent à l’Antiquité. Capturée par l’objectif de Greg Inda, elle incline la tête vers l’arrière pour aligner parfaitement la gorge et permettre à la lame d’acier de descendre, geste d’une précision extrême qui défie l’instinct même de protection du corps. Vêtue d’un costume inspiré à la fois du cabaret et de l’esthétique burlesque, corset rayé, ornements scintillants, bijoux de scène, elle transforme un acte fondé sur le risque réel en une performance visuelle presque chorégraphiée. À la différence des numéros de lancer de couteaux du tournant du XXᵉ siècle, l’avalage de sabre repose entièrement sur la maîtrise interne : contrôle de la respiration, relâchement musculaire, discipline répétée jusqu’à l’extrême précision. Ce cliché suspend un instant de concentration absolue. La grâce du costume contraste avec la froideur métallique de la lame. L’art de l’avalage de sabre demeure aujourd’hui encore l’une des disciplines les plus fascinantes — et les plus périlleuses — du spectacle vivant.

Sally the Swallower. XXIᵉ siècle. Photographie : Greg Inda
Wortham & Wirth (États-Unis). Vers 1925–1935
Cette photographie montre une artiste attachée à un panneau de lancer sous l’enseigne « W & W », probablement celle du circuit forain américain Wortham & Wirth. Le décor et le costume, caractéristiques des années 1920–1930, situent la scène dans l’univers des sideshows itinérants. Le numéro de lancer de couteaux – ou de haches – était alors un classique des attractions populaires américaines. L’esthétique mêle tension dramatique et mise en scène stylisée : le panneau devient cadre, l’artiste devient cible, et le danger — réel ou savamment contrôlé — constitue le cœur du spectacle. L’identité de l’artiste n’est pas indiquée sur ce document. Comme souvent dans les spectacles forains, le nom s’efface parfois derrière l’enseigne.
